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Pétrole au plus bas depuis 2009 : quels sont les pays producteurs qui entrent en zone de risque ?

Publié le 21 août 2015
Si en juin 2014 le prix du baril de brut s'élevait à 115 dollars, il a depuis été divisé par deux. Ainsi, en un mois, les prix de référence du baril ont perdu 10 dollars. Et les premières victimes de cette chute sont les pays producteurs qui payent un lourd tribut.
Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de...
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Stephan Silvestre
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Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de...
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Si en juin 2014 le prix du baril de brut s'élevait à 115 dollars, il a depuis été divisé par deux. Ainsi, en un mois, les prix de référence du baril ont perdu 10 dollars. Et les premières victimes de cette chute sont les pays producteurs qui payent un lourd tribut.

Atlantico : Au cours de cette semaine, le prix du pétrole est tombé à son plus bas niveau depuis 2009, à 41.35 USD. Quels sont les pays producteurs les plus menacés par cette situation ? Dans quelles proportions ?

Stephan Silvestre  : Le WTI, et surtout le Brent qui sert de référence en Europe et dans une grande partie du monde, ont effectivement atteint des niveaux extrêmement bas. En dollars constants, le pétrole est presque revenu à son niveau des années 1990, que l’on peut considérer comme plancher. Les causes de cette chute étant en grande partie structurelles, on peut s’attendre à ce que cette situation perdure pendant encore un à deux ans.

Les pays qui en pâtissent le plus sont les émergents dont l’économie est basée sur la rente pétrolière, à savoir l’Iran, l’Irak, le Venezuela et le Nigeria, l'Angola et l'Algérie en tête. Les pays du golfe Persique vont aussi souffrir, mais ils disposent de suffisamment de réserves pour tenir et certains ont su diversifier leur économie, notamment les Émirats Arabes Unis. 

Pour un certain nombre de pays producteurs, comme l'Iran, le prix actuel du baril ne permet pas de "boucler" le budget. Quelles sont les conséquences sur les économies de ces pays ? Des risques politiques sont-ils prévisibles ? 

Pour l’Iran, la situation est critique car à cette chute de la rente se conjugue l’effet des sanctions économiques qu’il subit, en particulier de la limitation du commerce de pétrole et du blocage du système bancaire (nul doute qu’il s’agit là d’un effet recherché par Riyad). Le projet d’accord récemment négocié avec les Occidentaux est vital pour le pays.

En admettant qu’il soit ratifié par les parties américaine et iranienne, il faudra des années avant que la levée des sanctions produise ses effets. Il faudra aussi plusieurs années avant que les équipements de production permettent de rehausser significativement les volumes de pétrole extraits. En attendant, l’économie iranienne continuera de pâtir d’un pétrole bon marché. En revanche, si les sanctions ne sont pas levées, l’avenir du régime est compromis.

Il en va de même pour le Venezuela : le système mis en place par Chavez est basé sur la redistribution de la rente pétrolière aux populations via l’aide sociale ; le niveau actuel des cours ne permettra pas à son successeur, Maduro, de pérenniser ce système et de maintenir son régime. Le problème est critique aussi pour l’Algérie, dont le budget dépend à 70% du pétrole : une période d’incertitude s’annonce à la succession de Bouteflika. Pour les pays africains, Nigeria, Angola, Congo ou Gabon, pour lesquels la rente pétrolière représente 60% à 90% des ressources des États, leurs situations financières vont inévitablement se détériorer.

Toutefois, il n’y aura probablement pas d’impact politique, les populations étant malheureusement rompues aux conditions économiques précaires. Enfin, il y a le cas de la Russie, toujours deuxième exportateur mondial. La politique poutinienne visant à baser l’économie – et accessoirement la stratégie – russe sur le secteur énergétique s’avère néfaste lorsque les cours sont bas. La Russie est moins dépendante aux marchés financiers (spots ou futures) car une grande partie de sa production est négociée via des contrats long terme. Toutefois, les prix longs termes finissent aussi par baisser lorsque les marchés spots restent durablement bas, ce qui est le cas actuellement. Ce pays n’a donc pas fini de manger son pain noir, même si le risque politique est très faible tant le contrôle du le pouvoir en place est strict. 

Comment expliquer que les pays producteurs ne choisissent pas de restreindre leur offre afin de soutenir les cours ? Quels sont les effets recherchés ?

Tout d’abord, les pays producteurs sont avant tout concurrents entre eux et chacun cherche à accroître ses parts de marché. Chaque pays veut bien que les autres baissent leur production, mais pas lui-même !

Ensuite, au sein même du cartel de l’OPEP, il y a des désaccords. Le seul pays à disposer de suffisamment de marges de manœuvre est l’Arabie Saoudite. Mais elle a décidé sciemment de maintenir son niveau de production pour affaiblir les cours. Sa stratégie est de tuer les sociétés américaines qui exploitent les huiles de schiste aux États-Unis afin de maintenir ses parts de marché.

Mais cette stratégie est hasardeuse. Les exploitants disposent de nombreux puits qui sont en veille et qui pourront produire très rapidement dès que les cours remonteront. De plus, les technologies nécessaires à l’exploitation de ce pétrole non conventionnel sont maintenant bien rodées et nul doute que l’exploitation pourra continuer à faible coût. 

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime qu'en 2015 la demande augmentera de 1,6 million de barils par jour (mbj) grâce à une "croissance économique qui se consolide" et une baisse des prix attractive pour les consommateurs. Les récents développements des prix invalident ils cette prévision ? L'accord sur le nucléaire iranien a-t-il eu une influence ? Ou s'agit-il plus simplement d'une conséquence de la dévaluation chinoise ?

La demande continue de croître chaque année de 1 à 1,5 mbj pour des raisons structurelles : les pays émergeants continuent de se développer, de construire et de s’équiper en véhicules. Pour les années à venir, le rythme pourrait s’infléchir en raison du ralentissement chinois. Mais le problème vient surtout de l’offre qui, elle, continue de croître. Il est donc probable que les prix resteront bas encore un moment.

L’accord sur le nucléaire iranien est susceptible de permettre une hausse de la production de pétrole iranien. Cependant, les infrastructures d’exploitation iraniennes sont vétustes et manquent de pièces de rechange. De plus, le blocage du système bancaire empêche le négoce du pétrole, mais aussi des équipements de production. La remontée en puissance de l’Iran prendra donc plusieurs années. L’annonce de cet accord est déjà dans les cours.

Quant à la dévaluation du yuan, elle a pour objet de redonner un coup de fouet à la croissance chinoise. Cela fonctionnera à court terme et entraînera une légère hausse de la demande énergétique chinoise. Mais cet effet ne durera pas. Par ailleurs, cette manipulation monétaire va renchérir le coût du pétrole pour les Chinois. L’effet sera somme toute modéré étant donné la faiblesse du coût du pétrole en ce moment. 

Propos recueillis par Rachel Binhas

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Anguerrand
- 16/08/2015 - 16:46
Le pétrole perd la moitié de sa valeur
et pendant ce temps la l'état discrètement a augmenté de plus de 4 centimes les taxes. A la pompe on a " gagne" 20 centimes/ litres la proportion des taxes en pourcentage à donc explosé. Le plein d'essence est devenu le plein de taxes. L'automobiliste vache à lait.