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Gare au loup

Donald Trump : Pourquoi le chien dans le jeu de quilles de la politique américaine représente une menace pour son parti, et les autres…

Publié le 14 août 2015
Lors du premier débat entre les candidats à la primaire républicaine, Donald Trump a concentré toute l'attention sur lui. Provoquant des fous rires, des hués et des applaudissements, il a prouvé une fois de plus qu'il allait falloir compter sur lui dans cette élection, et que sa force de nuisance était peut-être plus importante que prévue.
François Durpaire
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François Durpaire est historien et écrivain, spécialisé dans les questions relatives à la diversité culturelle aux Etats-Unis et en France. Il est également maître de conférences à l'université de Cergy-Pontoise.Il est président du mouvement...
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François Clemenceau est rédacteur en chef International au Journal du Dimanche. Il était précédemment rédacteur en chef de la matinale d’Europe 1 après avoir été correspondant de la radio à Washington pendant sept ans. Son blog USA 2008 sur la campagne...
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Lors du premier débat entre les candidats à la primaire républicaine, Donald Trump a concentré toute l'attention sur lui. Provoquant des fous rires, des hués et des applaudissements, il a prouvé une fois de plus qu'il allait falloir compter sur lui dans cette élection, et que sa force de nuisance était peut-être plus importante que prévue.

Atlantico : Quel est son pouvoir de nuisance au sein du parti républicain ? Jusqu'à quel point peut-il déjouer les pronostics ?

François Clemenceau : La difficulté des pronostics, à quinze mois d’une élection présidentielle américaine, c’est qu’ils ne correspondent pas à la réalité du terrain, c’est-à-dire à ce que pense au fond de lui-même l’électeur qui est certain de se rendre aux urnes entre février et juin 2016. Si le pronostic actuel consiste à tenir compte de ce que représente Donald Trump dans les sondages nationaux ou dans ceux réalisés dans les premiers Etats qui voteront dans les primaires (Iowa, New Hampshire, Caroline du Sud…), il est incontestable que Trump a progressé par rapport à ses principaux concurrents. Mais les autres critères dont on doit impérativement se servir tiennent aux moyens mis en œuvre sur le terrain  (nombre de permanences, de salariés, de comités de soutien, les visites régulières du candidat…), aux soutiens apportés au niveau local et national par des personnalités reconnues par l’électorat conservateur (anciens élus, dirigeants locaux, figures morales et religieuses, chefs d’entreprise), et enfin au rôle de la presse. Si Trump dispose aujourd’hui d’un grand pouvoir de nuisance au sein du processus des primaires, c’est parce que les médias ont mis en valeur sa capacité à empêcher le Parti Républicain de maitriser les termes du message. D’où les apostrophes des autres candidats, lors du débat de Fox News, sur l’authenticité du conservatisme de Trump et sur les contre-vérités qu’il assène avec un culot redoutable. Trump va donc continuer à semer le trouble jusqu’à ce que phénomène de buzz trouve ses limites. Et toute la difficulté d’ici là pour ses rivaux est de tenir bon sans jouer dans la surenchère, ce qui serait catastrophique pour le Parti dont le message serait dès lors passablement brouillé.

François Durpaire : Vous l’avez dit dans votre présentation : il y a lui et les autres. C’était bien hier non pas dix candidats mais 1+9... Et l’ampleur de cette prouesse, on la mesure quand on sait que face à lui, qui n’avait jamais débattu, qui n’est pas un politicien professionnel, il avait trois sénateurs en exercice, trois gouverneurs en exercice et un fils et frère de président... Contrairement à son expression, il n’avait pas face à lui des « politiciens stupides » et il a réussi à être encore une fois au centre du jeu... Quel est le « Trump  effect » ? Transformer un débat politique en téléréalité... Beaucoup de show, et peu de substance... Alors cela va-t-il servir ou desservir le parti ? Certes, cela suscite de l’intérêt autour de ce qui se passe chez les républicains... Beaucoup d’Américains attendent déjà le 16 septembre, date du prochain débat, sur le thème : « Mais que va-t-il encore dire ? »... Dans le même temps, peu pense qu’il se passera quelque chose d’intéressant lors du premier débat démocrate le 13 octobre. Trump peut-il déjouer les pronostics ? Oui, il a déjà commencé à le faire : tous les analystes politiques ont pronostiqué son effondrement après les « gaffes » répétées (mais sont-ce des « gaffes » ou des marques de fabrique ?).

Donald Trump peut-il aller jusqu'à se présenter en indépendant ? Si oui, quelles conséquences sur l'élection présidentielle ? 

François Clemenceau : Il a dit qu’il pourrait le faire s’il ne sortait pas gagnant des primaires, ce qui risque de lui coûter très cher. Car autant les électeurs républicains sont prêts à lui accorder une sympathie provisoire pour son talent de perturbateur anti-langue de bois, autant ils ont une certaine conception de la règle du jeu. Soit Trump se définit comme conservateur et doit quitter la course définitivement s’il est battu dès le printemps prochain, ce qui l’oblige à soutenir celui qui sera choisi à sa place pour emmener le camp républicain dans la bataille finale de la présidentielle. Soit il estime que la droite le bloque dans sa posture anti-establishment et il peut se présenter comme candidat indépendant. Dans ce cas, le plus tôt serait le mieux, s’il veut faire valoir son honnêteté. Mais dans les deux cas de figure, on voit bien déjà depuis hier que cette menace le déstabilise dans sa crédibilité. Si toutefois, Trump menait campagne, tôt ou tard, comme candidat indépendant, il se retrouverait dans le rôle de Ross Perot en 1992 et 1996. Milliardaire, tonitruant et imprévisible, tout comme Trump, il avait attiré jusqu’à un tiers des électeurs dans les intentions de vote en juin 1992 avant de finir en novembre à 19%. Même si ses électeurs venaient à égalité des camps républicains et démocrates, se score avait nui à la dynamique du candidat républicain, le président sortant George H. Bush. Même scénario en 1996 : à la tête du parti de la Réforme cette fois, il ne fit que 8% mais cette campagne gêna le chef de file des républicains, Bob Dole, dans sa volonté de reprendre la Maison Blanche à Bill Clinton. La différence entre Perot et Trump, c’est que ce dernier est nettement plus vulgaire et populiste que le premier et que les thèmes sur lesquels il surfe endommagent nettement la campagne de la droite.

François Durpaire : Si par « il peut », vous entendez, « en a-t-il les moyens ? », la réponse est certainement et tient dans un chiffre : plus de 4 milliards de fortune personnelle... S’il dépensait tout, il serait deux fois plus puissant financièrement que la somme des dépenses engagées par les deux candidats Obama et Romney lors de la dernière élection... Si par « il peut », vous entendez « en a-t-il vraiment le désir ? », seul lui répondra en temps voulu... Mais ce qui est sur c’est que dans l’histoire récente, les candidats indépendants milliardaires ont peu réussi aux candidats républicains. Sur les 19 millions de voix qui se sont portées sur Ross Perot en 1992, il en aurait fallu seulement 5 à George Bush pour qu’il l’emporte sur Clinton...

Que peuvent faire ses concurrents républicains pour lui barrer la route ? Il parait si imprévisible que les recettes politiques traditionnelles ne fonctionnent pas sur lui... 

François Clemenceau : A ce stade, pas grand-chose. Il va falloir attendre la rentrée pour voir comment Trump se positionne sur des sujets d’actualité qui vont au-delà de la présentation de sa personnalité et de son programme, qui, il faut le reconnaitre, est extrêmement sommaire. Comment réagira-t-il en politique étrangère quand il s’agira de rediscuter de l’Iran, de Cuba ou de l’Ukraine ? N’étant pas élu, il n’a rien à perdre. Mais à force de grossir le trait sur des sujets socio-économiques qui comptent pour les électeurs, il pourrait bien lasser. La plupart des spin doctors des candidats républicains hésitent à leur conseiller l’indifférence, en attendant que l’effet de mode s’estompe, ou l’attaque tous azimuts pour détruire la crédibilité de Trump.

François Durpaire : Le renvoyer rapidement dans les cordes puis enchaîner très rapidement sur ce qu’ils ont à proposer de positif aux Américains. Celui qui va gagner sera celui qui proposera une voie d’avenir crédible au peuple américain. Et c’est là que les neuf ont échoué cette nuit. Regardez Jeb Bush qui a plus parlé de son bilan de gouverneur de Floride que de ce qu’il ferait comme président ? Et que pensez de leur positionnement par rapport à Obama ? Il ne suffit pas de dire ce qu’ils déferont (assurance santé, accord sur le nucléaire iranien, plan climat etc.) : il faut aussi dire ce qu’ils feront...

Donald Trump peut-il devenir le meilleur allié d'Hillary Clinton ? Ou bien à l'inverse, son pire ennemi ? Pourquoi ? 

François Clemenceau : Nul doute qu’il est, à ce stade, son allié objectif. En perturbant le jeu des républicains et en poussant les uns et les autres à se définir par rapport à ses provocations, il permet à Hillary Clinton de dénigrer à peu de frais ceux qui pourraient être ses adversaires dans la bataille finale. Mais s’il se confirme que le clan Clinton a clairement conseillé à Trump de se présenter à la présidentielle dans le camp républicain ou en tant qu’indépendant, les candidats conservateurs pourront jouer la carte de la manipulation et du machiavélisme des Clinton. De là à se transformer en meilleur opposant d’Hillary, il reste de la marge. Le fait qu’il ait contribué à sa campagne de sénatrice en 2000 dans l’Etat de New York et au financement de la Fondation Clinton ne le place pas dans la meilleure des positions pour attaquer frontalement la candidate démocrate.

François Durpaire : Son allié assurément. C’est la remarque judicieuse de Rand Paul la nuit dernière : Trump est le complice de Hillary Clinton en ce qu’il lui facilite la tâche. Imaginez l’effet de la présence de Donald Trump dans un débat télévisé triangulaire où il distribuerait les points entre Hillary Clinton et Jeb Bush... Perspective excitante pour le politologue et mortifère pour les républicains... De nouveau un retour vers le passé. Alors que le George Bush, briguant un second mandat, mettait en garde contre l’absence d’expérience du jeune Clinton, Ross Perot scella le sort du président : « Il n'a certainement pas l'expérience qui vous fait créer pour ce pays un déficit de 30 milliards de dollars par mois »... Les Clinton, je peux vous l’assurer, n’ont pas un mauvais souvenir des candidats indépendants...

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Commentaires (4)
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Texas
- 08/08/2015 - 15:48
De Ted Cruz...
...à Ben Carson , en passant par Scott Walker et Rand Paul , les Républicains ont un choix de candidats de qualité bien meilleur qu' en 2012 . D,Trump , pour l' instant , semble phagocyter l' electorat de Droite , fatigué ( lui aussi ) par le politiquement correct et les cartels de Washington .
vangog
- 08/08/2015 - 13:45
Les autres ont l'air tellement tièdes par rapport à lui...
tous très pensée-unique, presqu'effeminés...vive Donald, le vilain petit canard!
Texas
- 08/08/2015 - 12:01
Encore une faute ..
.." une large part des électeurs ne se reconnaît plus " . Une analyse des causes du succès de Mr Trump dans les sondages devrait vous amener à reconnaître que malgré une majorité Républicaine récente au Senat , beaucoup d' électeurs sont déçus par l' inconsistance de l' opposition . Et de ces faits , vous pourriez même tirer quelques similitudes avec notre politique interieure , en lieu et place d' éloges pour Mr Bush ( par défaut ) ou Mr Juppé pour ce qui nous concerne .