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Une histoire érotique de Versailles : quand Lauzun, caché sous le lit de Mme de Montespan, épiait ses ébats avec le Roi
Publié le 10 août 2015
Versailles, lieu de pouvoir ? Oui, mais aussi lieu de plaisir, de désir et de débauche. Du modeste pavillon de chasse de Louis XIII, le jeune Louis XIV fait une garçonnière pour y abriter ses premières amours avec la timide Louise de La Vallière, puis décide, au grand dam de Colbert, d'aménager le lupanar de ses jeunes années. Extrait de "Une histoire érotique de Versailles", de Michel Vergé-Franceschi et Anna Moretti, publié chez Payot (1/2).
Michel Vergé-Franceschi, spécialiste de l'Ancien Régime, est professeur d'histoire moderne à l'université de Tours et Lauréat de l'Académie des Sciences morales et politiques. Il est l'auteur chez Payot de Colbert. La politique du...
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Anna Moretti est docteur en esthétique de l'université de Corse, spécialiste de la féminité et de la sensualité en littérature.
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Versailles, lieu de pouvoir ? Oui, mais aussi lieu de plaisir, de désir et de débauche. Du modeste pavillon de chasse de Louis XIII, le jeune Louis XIV fait une garçonnière pour y abriter ses premières amours avec la timide Louise de La Vallière, puis décide, au grand dam de Colbert, d'aménager le lupanar de ses jeunes années. Extrait de "Une histoire érotique de Versailles", de Michel Vergé-Franceschi et Anna Moretti, publié chez Payot (1/2).

L’événement qui suit est si incroyable qu’il pourrait apparaître comme pure affabulation. Pourtant il est réél, et Saint- Simon avoue : ce fut « la plus hasardeuse hardiesse dont on ait jamais ouï parler ».

La galerie des Glaces est l’un des plus beaux endroits de Versailles. Il était l’un des préférés de Mme de Montespan, car ici sa beauté se reflétait et se répétait à l’infini dans des milliers de miroirs.

Ce jour- là, en passant avec le roi et sa suite par la galerie, elle s’arrêta un instant pour contempler sa nouvelle robe. Cette habitude des femmes à ralentir leur pas dans ce lieu amusait beaucoup Louis, mais le roi s’y plaisait aussi, surtout quand il était accompagné d’une très belle femme. Et Dieu, que Françoise- Athénaïs était belle ! Elle portait une mouche de beauté en forme de coeur au- dessus de sa bouche vermeille ; on appelait cela une « baiseuse8 » ; ses cheveux étaient étagés en pyramide et constellés de papillons et de fleurs en pierreries. Néanmoins, la partie la plus séduisante de son habit était son profond décolleté avec son col « berthe » de tulle brodé. Louis pensa que cela ne valait pas la peine de richement broder le col des robes de sa ravissante maîtresse car les regards des hommes, aussi bien que ceux des femmes d’ailleurs, n’étaient attirés que par l’opulente poitrine de la favorite. Elle se savait splendide. Le roi la savait voluptueuse… Le désir que cette femme éveillait en lui semblait à Louis surnaturel. Il ne pouvait pas lui résister, il ne pouvait que faire l’amour à sa femelle9 adorée… partout, et tout le temps…

Il fit un signe aux quelques courtisans qui les accompagnaient encore à cette heure tardive pour qu’ils les laissassent seuls. Les « petits démons », comme disait Louis, apparurent dans les yeux de Françoise- Athénaïs qui fixait le reflet du roi dans le miroir. Dès que les portes furent fermées aux deux extrémités de la galerie, le roi céda à sa passion. « C’est un sacrilège, Madame, que de cacher des seins comme les vôtres, lui murmurat- il à l’oreille. Le décolleté est tellement profond qu’on y voit presque les mamelons. Vous excitez les hommes, vous provoquez votre roi. Montrez- les- moi. Je suis fou de désir ! »

« Votre Majesté, vous êtes imprudent, vous pouvez attendre jusqu’à ce soir ! » Sa maîtresse essaya de le raisonner, mais sans trop de conviction non plus. Ce jeu lui plaisait ; son pouvoir sur le plus puissant souverain de l’univers la flattait ; le désir de Louis l’enflammait et le fait qu’une douzaine de courtisans les attendaient, et peut- être même les entendaient, l’excitait.

Elle sortit avec générosité ses seins du corset. Mme de Montespan observait toujours la réaction de son amant dans une glace, mais, telle Vénus au miroir, elle admirait encore plus sa beauté irrésistible. Le roi s’agenouilla devant elle. Elle fut la seule de ses maîtresses à le voir ainsi.

« Vous êtes une déesse, ma Vénus, aucun mortel ne peut être digne de votre amour, même le Roi- Soleil. Je ne peux que baiser vos pieds. » La blonde divine retroussa alors son jupon10 et lui tendit son petit pied joliment chaussé. Louis voulut enlever la chaussure et le bas en soie pour baiser ce pied nu, mais Françoise- Athénaïs le retira des mains du roi en minaudant et, d’une façon autoritaire, lui dit : « Assez ! Vous êtes attendu, Votre Majesté ! Gardez, Louis, votre ardeur pour cette nuit ! » Seule la mère de Louis, la feue Anne d’Autriche, se permettait de lui parler sur ce ton à l’époque où elle était régente du royaume, et Françoise- Athénaïs l’imitait… au moment même où le roi succombait à ses désirs les plus enfouis.

« Quittons la galerie, Louis ! Les glaces ne nous valent rien. Souvenez- vous, Votre Majesté. Lauzun11 »…

En 1669, Louis XIV avait en effet promis au jeune duc la charge de grand maître de l’artillerie de France. Imprudent, Lauzun s’en vanta. Louis XIV révoqua sa promesse ! Le duc vint alors jusqu’à Versailles pour tenter d’obtenir le soutien de Mme de Montespan. Habile et menteuse, elle l’assura de son appui, « le soir même ». Cependant, tourmenté et ambitieux, le duc voulut s’en assurer. Ce fut la cause de sa disgrâce. Afin d’être sûr de la favorite, il décida de se glisser sous le lit même de Mme de Montespan !

Le duc n’eut pas trop de mal à convaincre la femme de chambre12 de la belle marquise de le faire entrer jusque dans cette pièce intime. La petite brune gloussa quand Lauzun lui fit cette étrange proposition ; elle refusa d’abord avec une apparente fermeté mais une coquette somme d’argent et la promesse d’une discrétion absolue lui firent accepter le marché. Quand le duc se cacha sous le lit13, la petite coquine tourna la grande glace vénitienne installée dans la chambre de façon à ce que l’homme puisse observer tout ce qui se passerait14. La servante avait sûrement quelques raisons de vouloir se venger…

La nuit tombée, Mme de Montespan entra – superbe – dans sa chambre. Sa servante commença à défaire les lacets de sa robe ; les mouvements de la petite brune étaient lents et sensuels. Elle alla jusqu’à se mettre en retrait pour que Lauzun ait une meilleure vue sur le corps de la royale maîtresse15.

« Dépêche- toi Daphné16 ! Je n’ai qu’une hâte : me débarrasser de ce maudit corset qui m’empêche de respirer ! »

Daphné retira le corset. Les seins opulents de Mme de Montespan furent enfin libres. La beauté de cette jeune femme parut alors à Lauzun incroyablement provocante. Le temps qu’il se concentre sur la splendide poitrine, la servante aida sa maîtresse à enlever sa jupe ; et Lauzun découvrit alors la nudité divine de la marquise, libérée des baleines rigides de sa robe. Cette vue lui coupa le souffle. En retirant les baleines, Daphné s’attarda un peu sur la croupe de sa maîtresse. Le miroir17, ingénieusement installé depuis la fin d’après- midi, permettait de voir Françoise- Athénaïs de dos comme de face.

Daphné aida alors sa maîtresse à faire sa toilette du soir avant de recevoir le roi. Elle dénoua les cheveux de la marquise et Lauzun admira la chevelure longue, blonde et ondulée qui recouvrit le dos nu de la femme, tombant jusqu’à ses reins. Le duc rêvait de caresser ces cheveux soyeux ; d’y passer un peigne d’ivoire à la place de la jeune servante dont les gestes lascifs semblaient faits exprès pour taquiner l’homme caché sous le lit.

Ronde et charnelle, Françoise- Athénaïs semblait faite pour l’amour. Telle Vénus qui symbolise le regard, elle semblait avoir été créée elle aussi pour être admirée.

Françoise- Athénaïs ne s’aperçut évidemment pas du comportement de Daphné, quelque peu étrange ce soir- là et frisant même l’insolence : tantôt, elle touchait par inadvertance son sein, tantôt elle glissait sa main tout au long de son dos sans aucune raison particulière. La ravissante marquise se mirait dans la glace dans une sorte d’observation jouissive d’elle- même… « Peut- on, pensait Lauzun, reprocher à Vénus d’être absorbée par son reflet… »

Toute beauté vit une relation narcissique, exclusive et orientée vers elle- même, comme si la puissance érotique d’un corps magnifique suffisait à son propriétaire. Cependant, la marquise entretenait un rapport ambivalent avec la vision fantasmée du miroir : il lui fallait toujours un oeil, caché ou non, posé sur elle pour exister…

Le miroir de sa chambre avait été jusque- là le seul témoin silencieux des ébats amoureux de deux jeunes corps splendides. Cette nuit- là, la glace renvoyait les jeux de regards entre l’homme caché, qui épiait la femme qui se mirait dans la glace, et la servante, qui essayait d’apercevoir l’éclat dans l’oeil fantasmant du duc. Le regard de Lauzun fut happé par la chair blanche et généreuse de la marquise. Il ressentit un besoin fou de la posséder ; il en oubliait jusqu’à la raison pour laquelle il avait décidé d’importuner l’intimité de cette femme.

La servante congédiée, la maîtresse s’allongea sur le lit en attendant Louis, le corps à la renverse. Elle s’admira à nouveau dans le miroir, cette fois- ci pour trouver la pose la plus séduisante possible pour recevoir son royal amant. Elle entrouvrit ses jambes. Lauzun fut hypnotisé par l’entrejambe de la marquise, qui s’annonçait comme une promesse de plaisir. Françoise- Athénaïs changea de position et s’allongea alors sur le côté : le miroir refléta alors la volupté de ses seins et la largeur de ses hanches.

À ce moment- là, le roi la rejoignit. « Ma déesse ! » s’exclama Louis en voyant sa maîtresse offerte. « Je suis votre déesse le jour ; la nuit, je suis votre pute18, mon maître… » lui répondit la femme. Louis se jeta sur sa maîtresse. Le miroir offrit alors à Lauzun tantôt une vue magnifique sur une paire de fesses rondes et galbées, tantôt le spectacle des beaux seins de Françoise-Athénaïs se balançant au rythme donné par l’ardeur du roi. Il y avait quelque chose d’animal dans les ébats du couple adultérin. Leurs mots et leurs gestes ne connaissaient aucun interdit. L’un se donnait à l’autre tout entier. Le duc était absolument subjugué par la scène. Il ne sortit de sa stupeur qu’avec le cri du roi…

Quand ce dernier fut parti, Lauzun ne savait plus où il en était19. Il est clair qu’il voulait et qu’il aurait dû quitter la chambre de l’irrésistible marquise dès celle- ci endormie. La pire des choses pour le duc serait d’être pris en flagrant délit ! Il comprenait parfaitement bien le cauchemar qui l’attendait alors dans ce cas. Cependant, le désir de voir, de voir encore, lui joua un très mauvais tour car le plaisir de voir incognito déclenche en général une pulsion incontrôlable d’être vu. L’oeil fantasmant finit toujours par être un oeil aveuglé… Et Lauzun fut aveuglé par la beauté divine de Madame de Montespan ; mais un simple mortel qui voit une déesse nue se doit de payer cher pour cette insolence, tel le chasseur Actéon transformé par Diane en cerf déchiré par ses propres chiens…

Dès que la porte fut refermée derrière Louis, Lauzun surgit devant la marquise épuisée20. Françoise- Athénaïs poussa un cri d’horreur et s’apprêtait à appeler au secours, mais le duc, ferme et violent à la fois, lui ferma la bouche d’autorité avec sa main. Il était excité : la chair de la marquise était si près, si accessible. Cependant, il sut maîtriser sa pulsion. Mais son désir inassouvi se convertit en rage ; il fallait s’en débarrasser pour ne pas exploser, pour ne pas violer la marquise ou, plus simplement, la frapper. Il se souvint soudain pourquoi il se trouvait dans cette chambre et s’expliqua alors la cause de son agressivité : la marquise avait oublié d’évoquer la question de la charge promise puis refusée au duc21 ! Il ne put plus se contrôler…

Pute à chien ! Pute à chien, s’écria- t-il avec férocité. Tu ne sais que baiser, tu ne penses qu’à ça ! Pute à chien. Tu ne tiens pas tes promesses22 ! » Et puis, tournant les talons, il quitta la chambre. Retrouvant quelque peu ses esprits23, après la peur due à cette apparition, Françoise- Athénaïs resta d’abord perplexe. Quel comportement inexplicable ! Ce duc qui l’insulte dans sa propre chambre et qui part aussitôt après comme si c’était lui l’offensé ! Mais, rapidement, la colère s’empara d’elle quand elle se rendit compte de quelle scène Lauzun venait d’être le témoin.

Ni Madame de Montespan ni Louis ne pardonnèrent cette insolence : admirer Vénus en train de s’ébattre avec Apollon coûta au duc pas moins de dix ans de prison. À Pignerol, il devint le compagnon d’un homme célèbre et d’un prisonnier inconnu. Lauzun se mit ainsi à cohabiter avec Fouquet et l’homme au masque de fer24. Lorsqu’il fut libéré, la galerie des Glaces venait d’être achevée.

Extrait de "Une histoire érotique de Versailles", de Michel Vergé-Franceschi et Anna Moretti, ©Editions Payot & Rivages, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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