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Un peu plus qu’un show

Comment Donald Trump parvient à incarner l’Amérique qui gagne dans une société en perte de repères

Publié le 23 juillet 2015
Provocateur, xénophobe, milliardaire, Donald Trump, nouvelle coqueluche des électeurs républicains n'en finit plus de faire parler de lui. Dans le cadre des primaires républicaines, ce magnat de l'immobilier se positionne, contre toute attente, comme un concurrent sérieux.
François Clemenceau
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François Clemenceau est rédacteur en chef International au Journal du Dimanche. Il était précédemment rédacteur en chef de la matinale d’Europe 1 après avoir été correspondant de la radio à Washington pendant sept ans. Son blog USA 2008 sur la campagne...
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Sylvain Cypel est journaliste, spécialiste des Etats-Unis. Après avoir été rédacteur en chef de Courrier International, il a été le correspondant du Monde à New-York. Aujourd'hui, il collabore à l'hebdomadaire le 1 et au site d'information...
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Provocateur, xénophobe, milliardaire, Donald Trump, nouvelle coqueluche des électeurs républicains n'en finit plus de faire parler de lui. Dans le cadre des primaires républicaines, ce magnat de l'immobilier se positionne, contre toute attente, comme un concurrent sérieux.

Atlantico : Candidat aux primaires républicaines, Donald Trump, qui faisait jusqu'alors figure de concurrent pas crédible, semble connaître un regain d'attention chez les électeurs républicains. Provocateur, ouvertement xénophobe et assez caricatural, comme expliquer que Donald Trump se retrouve ainsi sous le feu des projecteurs ? Est-il la seule incarnation du côté spectacle que la vie politique américaine peut parfois revêtir ? Qu'est ce qui vient alimenter sa soudaine popularité ? Est-elle partie pour s'inscrire dans la durée ?

Sylvain Cypel : Il est important de tenir un discours qui correspond à la fraction la plus dure et la plus conservatrice du parti républicain. D'abord parce qu'elle est importante, elle est la plus militante, la plus mobilisée, son impact sur le processus électoral des primaires est primordial. Il devient problématique pour le candidat élu, quand il s'agit d'élargir son électorat potentiel au centre. Mais pour se faire élire, il faut ne pas avoir cette fraction là du parti contre soi. Quand je dis cette fraction, c'est plus de la moitié du parti aujourd'hui. Ce n'est pas seulement le Tea Party, mais le Tea Party est un constitutif de cette fraction. J'ai lu une étude qui décrivait les gens attirés par Trump. Ce sont des gens, conservateurs américains, déçus par le parti républicain, qui trouvent que le parti n'en fait pas assez. Et enfin, voilà un homme qui souvent correspond à leur idéal type du succès professionnel. Voilà un homme qui a construit une fortune. Après, peu importe comment il l'a construite, que ça soit à Atlantic City, le Las Vegas de la côte Est américaine. Mais peu importe, le succès économique en soi est un très bon point pour lui. Et voilà un homme qui dit ce qu'on veut entendre, c'est à dire que tous les immigrés sont des assassines, des violeurs, ça ça leur plait, voilà ce qu'ils demandent à entendre. On est au début du processus, je lis ce que tous les chroniqueurs américains disent. Tout le monde dit que Trump ne sera pas désigné par le parti, car à un moment où à un autre, l'appareil du parti se mobilise. Il ne faut pas uniquement gagner la primaire, il faut gagner l'élection présidentielle. Un candidat comme Trump générera un rejet de la majorité de l'électorat américain. Mais on ne peut pas exclure que quelqu'un s'impose contre l'appareil du parti. Aujourd'hui, il plait à cette frange qui se sent la plus déstabilisée dans les Etats-Unis tels qu'ils sont devenus.

Chez qui Donald Trump jouit-il d'une importante popularité ? De quoi Donald Trump est-il le symbole ? Quelles parties de la population vient-il rassurer ? 

Sylvain Cypel : Je dirai plutôt qu'il vient "conforter". Il conforte cette partie de la population qui est essentiellement composée d'hommes, des mâles, qui sont très massivement blanc. Ils sont white only, rien d'autre que blanc. C'est parmi eux que l'on trouve l'immense majorité des adhérents du Tea Party, c'est parmi eux que l'on trouve l'immense majorité des partisans des politiques les plus conservatrices, c'est parmi eux que l'on trouve ceux qui veulent que l'état prennent des mesures répressives vis-à-vis des immigrés clandestins. C'est eux qui ont le plus le sentiment que l'Amérique va à vau-l'eau, que l'Amérique perd de son rayonnement, et que les valeurs de l'Amérique ne sont plus respectées au sein du pays. Ils adhèrent le plus au discours conservateur. Trump a quelques éléments supplémentaires qui font sa séduction auprès de cet électorat là. Je vais prendre un exemple qui fonctionne très bien au Etats-Unis, c'est sa grossièreté. Il s'exprime de manière grossière.Très récemment, Rick Perry l'a critiqué en le traitant de démagogue. La manière avec laquelle il a répondu, est d'une vulgarité terrible : "Rick Perry devrait commencer par passer un test de QI avant d'être candidat à, la primaire, il ne connait pas le sens du mot démagogue. " Il l'a rembarré de manière très grossière et l'a attaqué à titre personnel, et ça, ça plait dans une fraction électorale très anti-Washington, anti-Hollywood. Une fraction qui va détester les intellos, les beaux parleurs, et va admirer les self made man.

Un autre élément intéressant dans le discours républicain c'est l'exceptionnalisme américain, qui consiste à dire que les Etats-Unis ont une mission universelle, ils sont naturellement les leaders du monde, c'est une notion apparue dans les années 40 et qui porte beaucoup plus dans le camp conservateur. C'est un discours typiquement républicain, qui dit qu''avec les démocrates, l'Amérique est en train de perdre son statut exceptionnel. Ce discours là a été le discours de Romney en 2012, il a même écrit un livre intitulé "Aucun motif de s'excuser", l'Amérique n'a à s'excuser de rien. C'est un discours qui correspond au discours du mâle blanc en colère qui veut restaurer la suprématie de cette nation exceptionnelle. De ce point de vue là, Trump ne tient pas un discours différent des autres candidats, c'est  un mantra quasi systématique des républicains. Trump l'exprime de manière très offensive, très virulente.

François Clémenceau : Donald Trump est populaire dans une partie de l'Amérique profonde qui croit dans les valeurs de base du travail et de l'effort. Les gens simples l'apprécient aussi pour son parler sans langue de bois, même s'il est outrancier. Mais la popularité de Trump qui ressort des sondages nationaux ne se vérifie pas dans les Etats qui comptent vraiment pour les primaires républicaines. Dans l'Iowa, il est loin derrière Scott Walker et dans le New Hampshire  il est largement distancé par Jeb Bush. Cette popularité est donc toute relative et très amplifiée par les médias. D'autant plus que les candidats de droite sont assez décontenancés par la campagne xénophobe de Trump. Ce dont Hillary Clinton, côté démocrate, commence à profiter.

Donald Trump semble profiter d'un vide qui s'est installé au sein du parti républicain. Est-ce réellement le cas ? Pourquoi le parti républicain n'arrive-t-il pas à se trouver un leader crédible ? 

Sylvain Cypel : Ils ont deux trois options possibles. La plus probable c'est celle de Jeb Bush, mais il y en a d'autres. Mais nous ne sommes pas en France, aux Etats-Unis, un candidat peut partir de très loin. Obama l'a démontré, franchir les obstacles, devenir candidat et même gagner l'élection. Un homme neuf est souvent quelque chose d'efficace dans les élections américaines. Il sera accusé d'être inexpérimenté, mais dans certains circonstances, Obama l'a montré, il peut surmonter ces obstacles là. Si Trump a actuellement le vent en poupe, c'est que la campagne n'est pas encore lancée, le premier débat n'a pas encore eu lieu, Trump a bénéficié d'une attention des médias particulière par rapport aux 16 autres candidats. Une fois qu'on a dit ça, il est vrai que les républicains semblent avoir du mal à trouver un candidat crédible, car ils sont dans une position très difficile. L'élection présidentielle américaine est la seule élection nationale. La seule élection nationale c'est les présidentielles. Pour gagner les présidentielles il faut mobiliser son camp, et ensuite gagner le centre. Le dilemme des candidas aux primaires républicaines, c'est qu'il faut d'abord flatter les proportions les plus à droite. Une fois fait, c'est difficile de reconquérir le centre, car ces proportions là sont répulsives. Aujourd'hui, sur les questions du type le rapport à l'immigration, ou sur la santé, le centre penche plus du côté démocrate. Sur les grands enjeux de société, le centre penche côté démocrate, sur les enjeux économiques, plutôt du côté républicain. Les valeurs défendues par la droite républicaines dures sont répulsives pour le centre. Par exemple, il y a 12 millions d'immigrés illégaux, il n'y a eu aucune régularisation depuis Reagan, tout le monde sait qu'ils ne repartiront pas et qu'il faut prendre des mesures pour les régulariser. La plupart des candidats le savent eux mêmes, et Jeb Bush a même laissé entendre qu'il y était favorable. Ils savent bien que s'ils sont coincés dans la position de la droite dure, majoritaire dans le parti républicain, ils perdront l'élection présidentielle.

François Clémenceau : Le parti Républicain est tout sauf vide. Il est au contraire envahi par une foule de candidats aussi différents les uns des autres. Entre un Jeb Bush, ancien gouverneur de Floride, Lindsay Graham, sénateur très respecté dans le domaine de la sécurité nationale ou Scott Walker, gouverneur du Wisconsin, le Parti ne manque pas de talents ni d'idées. C'est d'ailleurs du fait de cette diversité de profils et d'opinions que la campagne des primaires va être compliquée pour départager des candidats qui vont de l'extrême droite radicale a la droite républicaine plus ou moins centriste.

Pour autant, peut-il être considéré comme un candidat crédible à la Maison Blanche ? Quelles sont ses chances réelles de remporter les primaires républicaines ? 

Sylvain Cypel : Je ne vais pas être original, tous les commentateurs expliquent qu'il n'a aucune chance, que c'est une bulle, qu'il va sauter. Dans le processus électoral, le parti reprend la main, ils n'ont pas envie de se ramasser, ils savent que Donal Trump fera un score calamiteux sur le plan national. L'Amérique évolue, et elle n'évolue pas dans le sens que Donald Trump rêve et des valeurs qu'il promeut. Ce n'est pas ça l'évolution de l'Amérique actuellement. Il y a eu des évènements racistes épouvantables récemment, il y a un vrai problème noir aux Etats-Unis, mais il n'empêche que très globalement, le racisme est en régression aux Etats-Unis. L'Amérique devient le pays plus mondialisé au monde, dans une génération, les Blancs seront minoritaires aux Etats-Unis, et ça se sent déjà, l'Amérique multiculturelle c'est une réalité de l'intérieur, donc les valeurs défendue par le mâle blanc en déshérence ne permettent pas de gagner une élection. Les républicains le savent et ont de grandes difficultés, on le voit bien dans l'affaire iranienne par exemple. Il y a beaucoup de responsables conservateurs qui pensent que l'accord passé par Obama est la meilleure solution. Parmi les gens quoi entouraient Bush père, il y a beaucoup de gens qui pensent qu'Obama a bien fait, mais il y a une très grande pression à la base, et c'est ça qui les empêche de gagner. 

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Commentaires (6)
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Liberte5
- 23/07/2015 - 23:10
Obama a la responsabilité des problèmes que connaissent les USA.
Sa présidence est une catastrophe pour cette nation. L'histoire le jugera comme le plus mauvais président des USA.. La gauche française aussi mauvaise qu'Obama reste un soutien à tout ce qui peut nuire à l'occident. Obama comme la gauche française est un bon collabo de l'islam.Devant des collabos, la résistance doit s'organiser, en France et aux USA.
vangog
- 23/07/2015 - 22:21
Les prises de paroles de Trump sont stigmatisantes...
mais cette stigmatisation correspond à une réalité américaine dégradée par une immigration inconséquente, une délinquance hors de contrôle dans les ghettos de clandestins, de nouvelles menaces islamistes...cette dégradation est la conséquence directe des derniers gouvernements démocrates. Je pense que Trump peut faire un bon President, car il est un des seuls en phase avec cette Amérique dégradée qui a besoin de trouver fierté et sécurité.les immigrationnistes gauchistes sont finis...partout!
adroitetoutemaintenant
- 23/07/2015 - 17:12
Examen superficiel et gauchiste
La capacité des américains à ne pas aller voter quand les candidats ne leur plaisent pas est extrême. Oubliez les noirs américains. Ils se sont fait avoir par le faux noir et vrai muzz de la maison Blanche et ils ne voteront pas pour une femme blanche au passé plus que douteux !
Les hispaniques en ont marre de l'invasion hispanique au travers de cette frontière et seront bien départagés. Quant au centre, il est comme en France, inconséquent. D'ailleurs le centre a voté pour Mitt Romney et il n'a pas gagné. Et il a perdu car les républicains n'ont pas assez voté pour lui, dégoutés qu'il se laisse marcher sur les pieds par le menteur de la maison Blanche.

Quant à Rick Perry, Trump a été plutôt gentil avec lui pour ne pas révéler le fait qu’il ait un Alzheimer.