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La fin de Berlusconi entraînera-t-elle la fin de l’Italie ?

Publié le 09 novembre 2011
La présidence de la République italienne a annoncé mardi soir la démission prochaine de Silvio Berlusconi. La Ligue du Nord pourrait se détacher du Cavaliere pour radicaliser son discours sécessionniste, mais l'unité italienne devrait perdurer.
Fabio Liberti est Directeur de recherche à l’IRIS, chargé du suivi de divers aspects du fonctionnement et développement de l’Union Européenne. Il est également spécialiste de la vie politique italienne, notamment pour les questions économiques et...
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La présidence de la République italienne a annoncé mardi soir la démission prochaine de Silvio Berlusconi. La Ligue du Nord pourrait se détacher du Cavaliere pour radicaliser son discours sécessionniste, mais l'unité italienne devrait perdurer.

Atlantico : La démission de Silvio Berlusconi a été confirmée mardi soir par la présidence de la République italienne. La fin du "berlusconisme" pourrait-elle conduire à une scission entre le Nord et le Sud de l’Italie ?

Fabio Liberti : Je ne crois pas à l’éclatement de l’Italie, car il faut une nécessaire unité économique et politique. Par contre, je crois que la Ligue du Nord va radicaliser son discours. Je m'explique d'un point de vue historique...

L’arrivée au pouvoir de Silvio Berlusconi s’est accompagnée d’une canalisation des poussées sécessionnistes de la Ligue du Nord (parti politique fédéraliste et régionaliste). Ce dernier était un parti folklorique dans les années 1980, puis s'est positionné comme parti politique de gouvernement à partir des années 1990, notamment suite à l’élection de Silvio Berlusconi en 1994. A l’époque, Silvio Berlusconi s’allie au Nord de l'Italie avec la Ligue et au Sud avec l'Alliance nationale de Gianfranco Fini, parti politique postfasciste.

Umberto Bossi a mis en lumière la Ligue du Nord, et devient de plus en plus en populaire dans les années 1980 et début 1990, puisqu'il est le premier à dénoncer les dérives clientélistes et de corruption de la première République italienne, c’est à dire un système de pouvoir axé autour de la démocratie chrétienne. Lorsque le scandale "opération mains propres" éclate en Italie en 1992, cela provoque l’effondrement de la classe politique italienne. La Ligue du Nord devient très populaire et profite de l’aubaine Silvio Berlusconi pour accéder au gouvernement.

La Ligue du Nord restera dans la ligne de Silvio Berlusconi durant ces sept mois de mandat. Et pourtant, elle trahit déjà à l'époque le Cavaliere, en s'opposant à la réforme des retraites. En définitive, la Ligue du Nord agit selon une stratégie d'opportunisme politique simpliste, elle s'aligne en fonction de ses intérêts électoraux. Elle a donc été alliée au centre-gauche pendant deux ans (de 1995 à 1996) pour soutenir un gouvernement technique présidé par Lamberto Dini. Et puis, elle prend le pari de la sécession du Nord, croyant que l’Italie ne pourrait jamais intégrer l’Euro. La Ligue du Nord perd finalement de son poids électoral suite aux politiques conduites par Romano Prodi, et l’adhésion italienne à l’Euro. Lorsque le gouvernement de centre -gauche éclate, Umberto Bossi se rapproche à nouveau de Silvio Berlusconi, sa stratégie restant inchangée : invoquer la sécession pour obtenir une forme de fédéralisme le plus poussé possible. Ce que Berlusconi lui accorde partiellement.

Maintenant que le "berlusconisme" est train de mourir, la Ligue du Nord va se démarquer progressivement du parti de Silvio Berlusconi. Umberto Bossi a d'ailleurs engagé les festivités en appelant à une démission du Cavaliere.

Reste que la Ligue du Nord participe depuis 10 ans au gouvernement Silvio Berlusconi, et qu'il est peu probable que les Italiens l'oublient. Dans ces conditions, pourquoi le Secrétaire général de la Ligue du Nord a-t-il appelé à la démission du Cavaliere ?

Pour la ligue du Nord, ce qui compte, c’est l’intérêt du Nord du Pays. Ce parti a pris conscience que Silvio Berlusconi était devenu extrêmement contesté, et que les réformes promises rendraient la Ligue du Nord encore plus impopulaire. Elle a donc tout intérêt à camper sur ses positions initiales, et appeler à la sécession du pays.

Si un gouvernement d’unité nationale devait se constituer pour effectuer les réformes nécessaires et promises par l’Italie à Bruxelles, la Ligue du Nord se placerait dans l’opposition pour tirer à boulets rouges sur tous les partis politiques de l’arc constitutionnel. Une stratégie qui rappelle celle du Front national en France. Dans le cas où la Ligue du Nord se présenterait aux prochaines élections, elle baserait ainsi son programme sur le thème sécessionniste anti euro.

La Ligue du Nord fait en moyenne entre 30 et 40 % dans certaines communes du Nord du Pays. Son discours pourrait donc faire mouche chez une partie de l’électorat, même s'il sera effectivement difficile de faire oublier les  dix ans de participation au gouvernement Silvio Berlusconi.

Dans le contexte socio-économique actuel, ce parti n’aurait-il pas de grandes chances de caracoler en tête aux futures élections ?

Plusieurs questions se posent... Est-ce que le parti de Berlusconi, le Peuple de la Liberté, survivra à Silvio Berlusconi ou éclatera-t-il ? Ensuite, est-ce que l’Union démocrate du centre (UDC) s’alliera à la gauche ou à la droite ? Ce qui paraît le plus probable, c’est que l'UDC s’allie aux démocrates... Quant à l'extrême gauche, s’alliera-t-elle à la gauche modérée ou pas pour les prochaines élections ? À voir... Dans cette configuration, la Ligue du Nord a tout intérêt à se détacher de ce qu’il restera du parti de Silvio Berlusconi. Rester, ce serait prendre le risque de s’écrouler dans les sondages, du fait d'avoir à supporter l'héritage du "berlusconisme". Faire cavalier seul serait certainement plus productif, ne serait-ce que pour essayer de se présenter comme un parti en dehors du système.

La crise de l’euro a touché le Nord et le Sud de l'Italie de la même manière. Le problème aujourd’hui, c’est la crise de la dette souveraine italienne qui implique une difficulté de plus en plus grande pour le pays à se refinancer sur les marchés internationaux, les taux d’intérêt étant de plus en plus importants. Ces derniers plombent les budgets publics, et cela vaut aussi bien pour le Nord que pour le Sud. La ligue du Nord, comme dans les années 90, pourrait donc soutenir que le sous-développement du Sud plombe les régions riches du Nord de l’Italie, qui sont par ailleurs les régions les plus riches d'Europe. La Ligue du Nord pourrait donc développer un discours économique du type "nous payons à travers nos impôts le sous-développement du Sud". Si l'Italie était en cessation de paiement ou rencontrait des difficultés à rester dans la zone euro, la Ligue du Nord serait capable d'invoquer la sécession Nord / Sud, et d'abandonner le Sud à un autre destin.

Cela ouvrirait une brèche dans l’électorat italien du Nord, tout comme les discours de Marine Le Pen en France. Maintenant, est-ce que 50% des citoyens du Nord accorderont leur confiance à la Ligue du Nord, cela reste à voir… Mais il y a autant de chances que l’Italie soit divisée que Marine Le Pen soit élue présidente de la République. Marine Le Pen peut figurer au deuxième tour de la présidentielle, mais qu’elle remporte la présidence et que la France sorte de la zone euro, c’est peu probable.

Attention toutefois, la Ligue du Nord n’est plus un parti monolithique comme il l’était autrefois. A l’intérieur du Parti, il y a une fronde animée notamment par Roberto Maroni, ministre de l’Intérieur, plus pragmatique, plus moderne. Les problèmes de santé d'Umberto Bossi n'arrangent rien, sachant qu'il a récemment été victime d’un accident cérébral, et est très diminué physiquement.

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Gilles
- 09/11/2011 - 13:56
Isolé
Il est toujours difficile de comprendre ces politiciens qui devraient avoir pris leur retraite. Berlusconi est richissime mais sans doute bien seul dans la vie.
Thomas Bishop-Garnier
- 09/11/2011 - 10:11
L'Italie ne disparaitra pas, mais Berlusconi doit partir !
Toute l'Union Européenne est en crise, à cause de la monnaie unique qui a generé un hyper-endettement des etats et de la speculation financière.

Nous ne pouvons que constater que la création de la BCE a favorisé l'explosion des deficits publiques dans les etat-membres.
Lézard florissant
- 09/11/2011 - 10:08
Les banquiers ne choisissent rien du tout
...ce sont les hommes politiques qui jettent l'éponge quand ils voient que leurs compatriotes shootés à la dette ne comprennent toujours pas que les temps sont venus de payer et qu'il faut maintenant se serrer la ceinture.

Cf en France, les ramiers de la RATP qui se mettent "en retrait" (=grève sans retrait de salaire) dès qu'ils trouvent un prétexte pour glander (l'amiante).