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Trop jeûne pour décider

Quand le Ramadan devient un sujet politique sensible

Publié le 19 juin 2015
Plusieurs écoles du Royaume-Uni ont décidé d'interdire le Ramadan aux élèves de classes de primaire, pour des raisons de santé. Certaines associations musulmanes se sont opposées à cette interdiction, déclarant qu'il s'agissait de prérogatives propres aux parents, et non pas à l'école.
Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.
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Plusieurs écoles du Royaume-Uni ont décidé d'interdire le Ramadan aux élèves de classes de primaire, pour des raisons de santé. Certaines associations musulmanes se sont opposées à cette interdiction, déclarant qu'il s'agissait de prérogatives propres aux parents, et non pas à l'école.

Atlantico : Peut-on imaginer des décisions similaires en France de la part de certaines institutions ?

Vincent Tournier : Je ne pense pas qu’on verra la même chose en France, ce qui est d’ailleurs étonnant quand on sait que la France a une tradition plus interventionniste que la Grande-Bretagne dans les choix éducatifs des parents. Cela dit, le contexte est différent. Par chance, depuis plusieurs années, le ramadan tombe pendant l’été, période où les enfants sont en vacances, ce qui est moins vrai en Angleterre où les rythmes scolaires sont plus étalés et différenciés. Du coup, seuls les jeunes qui passent le bacsont aujourd’hui concernés. Cela permet d’échapper à des débats délicats, ce qui arrange bien tout le monde car la priorité des pouvoirs publics n’est pas de traiter les problèmes, maisd’éviter de faire des vagues.

Toutefois, le calendrier sera moins favorable dans les années à venir puisque la date du ramadan avance chaque année d’une dizaine de jours. En 2016, le ramadan commencera début juin et, en 2017,ce sera fin mai. Il sera donc difficile d’esquive le débat car le ramadan, qui est devenue une pratique très répandue, soumet les enfants à des contraintes très fortes. La gauche, en particulier,sera placée face à ses contradictions puisqu’elle a justifié la réforme des rythmes scolaires par la nécessité de mieux respecter la chronobiologie des enfants.

C’est tout le problème de la gauche, laquelle est tiraillée entre son projet d’émancipation et les valeurs traditionnalistes d’une partie de son électorat musulman. On a vu ce qu’il en était lors des débats sur la théorie du genre (les ABCD de l’égalité) où le PS a été confronté à unevive critique de la part du mouvement « Jour de colère » qui appelait à boycotter l’école. Le PS n’aura certainement pas envie de renouveler cette expérience, et c’est pourquoi il fera tout pour ne pas engager de débat sur le ramadan. Mais du coup, comme souvent dans ce genre de cas, ce sont les plus faibles qui vont en faire les frais, en l’occurrence les enfants. C’est le même problème avec la circoncision ou le halal, deux dossiers qui soulèvent aussi de sérieux problèmes éthiques. La circoncision porte atteinte à l’intégrité du corps humain et c’est pourquoi cette pratique est interdite, sauf raison médicale, mais on sait très bien qu’elle a lieu, comme on l’a appris incidemment avec ce médecin syrienmis en examen après une opération qui a mal tourné à Lille. De même, l’abattage rituel est en contradiction avec la législation sur le droit des animaux mais elle est pratiquée à grande échelle par les abattoirs pour des raisons de rentabilité. Dans les deux cas, les débats sont étouffés car aucun gouvernement n’a envie de tomber sous les critiques croisées des juifs et des musulmans. Pourle ramadan, la crainte d’être traité d’islamophobe calmeratrès viteles esprits les plus audacieux.

Dans moins d'une semaine a lieu le début du ramadan. Certains Musulmans ou groupes islamiques pourraient-il à cette occasion formuler des demandes afin d'obtenir par exemple des aménagements, adaptations face à la République française ?

Je ne pense pas que l’on verra émerger des revendications organisées ou collectives. De quelle naturepourraient-elles être ? On voit mal des associations musulmanes demander des congés spéciaux pendant le ramadan ou un changement de datedu baccalauréat.A ce stade, les associations musulmanes ont plutôt intérêt à agir sur un terrain symbolique, notamment en invitant lespouvoirs publicsà assister localement aux cérémoniesliées au ramadan. Les élusse prêtent volontiers au jeu, comme on le voit à Paris.

Cette reconnaissance symboliquen’est toutefois pas sans poser problème. Elle permetcertes aux musulmans de renforcer la visibilité et la légitimité du ramadan.Mais ce faisant, on fige les évolutions. Or, l’un des enjeux majeurs pour l’islam en Europe est justement d’engager un processus de réforme pour adapter le culte aux contraintes et aux valeurs des sociétés occidentales. En somme, il faudrait que l’islam suive l’exemple des catholiques, qui ont atténué lacontrainte du jeûne au point d’un faire un actetrès symbolique.L’islam n’en prend pas le chemin. Dans les pays musulmans, la pratique devient au contraire de plus en plus rigide : on a vu par exemple des condamnations à la prison ferme au Maroc ou en Algérie pour des gens qui ont refusé de jeûner.

La reconnaissance par les pouvoirs publics a donc pour effet pervers de ne pas encouragerles évolutions. Quand Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, lance aux musulmans sur la chaîne de télévision oumma.com « vivez intensément le ramadan ! », non seulement il quitte son rôle (le ministre de l’Intérieur a-t-il pour mission d’encourager les pratiques cultuelles ?), mais surtout il envoie un mauvais message en encourageant les musulmans à rigidifier davantageleur pratique cultuelle. Un message plus républicain serait de dire : il faut désormais avoir une pratique plus adaptée àl’environnement. En somme, les pouvoirs publics devraient plutôt chercher à promouvoir un ramadan républicain, c’est-à-dire flexible, au lieu d’encourager des pratiques problématiques.

Dans quelle mesure le ramadan peut-il devenir un objet politique en France ? Quelle proportion cela prendrait ?

L’islam est une religion qui se singularise par des pratiques très contraignantes comme le voile, les interdits alimentaires, la circoncision, les prières quotidiennes, la polygamie et, bien sûr, le ramadan, qui est sans doute l’une des pratiquesles plus exigeantes sur le plan physique.

Théoriquement, toutes ces pratiques peuvent devenir un objet de débat car toutes sont susceptibles de poserdes problèmes, que ce soit sur le plan des valeurs ou sur le plan de l’organisation concrète de la vie sociale. Pourtant, la politisation reste très limitée.Finalement, les lois françaises sur le voile et la burqa sont plutôt des exceptions. En règle générale, les pouvoirs publics font tout pour ne pas intervenir. Même la loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux à l’école n’a été adoptée que 15 ans après les premières polémiques, qui ont commencé à Creil en 1989, alors que, dès le début, l’opinion publique demandait une loi. Aujourd’hui, l’opinion publique demande aussi des lois contre le port du voile dans d’autres secteurs (les entreprises, les universités, les crèches), mais les partis politiques font la sourde oreille et cherchent surtout à éteindre les polémiques.A gauche comme à droite, le discours est très optimiste. Voyez par exemple cette déclaration que vient de faireManuel Valls à Mayotte, où 95% de la population est musulmane. Il a déclaré que l’islam « est totalement compatible avec la démocratie, avec la République, avec l'égalité des hommes et des femmes ». C’est une déclaration étonnante quand on sait que la polygamie était légaleà Mayotte jusqu’en 2010, et que les unions polygames antérieures sont toujours reconnues par la République. Faut-il en déduire que la polygamie fait partie des valeurs républicaines ?

Dans le cas du ramadan, le débat est devenu impossible depuis la fameuse affaire du pain au chocolat. Rappelons le point de départ de cette affaire. Lors d’un meeting à Draguignan, le 5 octobre 2012, Jean-François Coppéa déclaré : « Il est des quartiers où je peux comprendre l'exaspération de certains de nos compatriotes, pères ou mères de famille rentrant du travail le soir et apprenant que leur fils s'est fait arracher son pain au chocolat à la sortie du collège par des voyous qui lui expliquent qu'on ne mange pas pendant le ramadan ».

Cette déclaration provoque les foudres du Parti socialiste, mais aussi du Front national (Florian Philippot ironise sur les « grosses ficelles électorales »), avec le soutien de tout une brochette d’intellectuels et d’artistes offusqués que l’on puisse mettre en cause une pratique religieuse, ce qui en dit long au passage sur les mentalités des élites cultivées.

Mais ce qui coûte cher à Jean-François Copé, c’est qu’il va être critiqué au sein même de l’UMP. A l’époque, ilest en campagne pour la présidence de l’UMP. Il vient de publier son Manifeste pour une droite décomplexée, et tente manifestement d’occuper la place laissée vacante par Nicolas Sarkozy.Sa déclaration sur le pain au chocolat réunit le centre et la droite du parti contre lui : il est critiqué à la fois par les modérés comme Alain Juppé, ce qui est logique, mais aussi par François Fillon et ses soutiens car ceux-ci sont alors en train de coaliser la droite du parti et veulent empêcher Copé de capter l’héritage sarkozyste. Ce sont donc les proches de Fillon qui vont avoir les propos les plus durs : François Baroin dénonce par exemple des « propos toxiques » et même Éric Ciotti, pourtant habitué aux formules chocs, va refuser de soutenir Copé.

De leur côté, les musulmans ne réagissent pas immédiatement. Mais leur réactionva prendre une grande ampleur car elle se nourrit des luttes internes.Ce sont en effet des militants du CCIF (le Comité contre l’islamophobie en France) qui entendent se saisir de l’occasion pour se faire connaître. Le 10 octobre, soit 5 jours après la déclaration de Copé, ceux-ci font une excellente opération de communication en distribuant des pains au chocolat devant la gare Saint Lazare à Paris. C’est une opération modeste (une dizaine de militants, 300 viennoiseries distribuées) mais qui est abondamment relayé par les médias. Cette initiative menace le CFCM, dont la légitimité auprès des musulmans est fragile. Pour reprendre la main, celui-ci annonce le 12 octobre qu’il dépose une plainte et qu’il demande des excuses. Début janvier 2013, la justice s’en mêle et le parquet de Draguignan annonce l’ouverture d’une enquête préliminaire. Pour éviter une procédure dont personne ne connaît l’issue, Copé préfère présenter ses « regrets » le 9 janvier.Dans la foulée, le CFCM retire sa plainte, mais le mécanisme d’intimidation a fait la preuve de son efficacité.

Bref, pour des raisons politiques et judiciaires, la tentative de Jean-François Copé de « politiser » le ramadan a été un échec total, non seulementpour lui-même puisqu’il va trainer longtemps cette casserole, mais aussi pour le débat sur le ramadan. Car la conséquence de ce ratage est qu’un nouveau tabou est né. La leçon est claire : c’est un sujet désormais totalementintouchable. Personne ne va se risquer àreprendreledébat avant de nombreuses années, sous peine de se voir ressortir l’affaire du pain au chocolat, ou de subir une procédure judiciaire. Aujourd’hui, même Nicolas Sarkozy n’en parle pas.

Qui a intérêt à ce qu'une telle situation (ramadan en tant qu'objet politique) naisse en France ? Pourquoi ?

Actuellement, pour les raisons que je viens d’indiquer, personne n’a intérêt à relancer le débat, en dehors de l’extrême-droite.

La situation est donc gelée, ce qui peut être interprétée de deux façons. L’une consiste à se réjouir que les musulmans puissent pratiquer tranquillement le ramadan. C’est la posture optimiste. L’autre attitude, plus pessimiste, consiste à regretter que, du coup, certains problèmes se trouvent laissés en jachère.Or, les problèmes existent car la conjoncture nationale et internationale n’incite pas à être optimiste.

Le premier problème est celui de la liberté. Au fond, on retrouve avec le ramadan la même interrogation qu’avec le voile : est-ce un acte volontaire ou un acte contraint ? Reprenons l’affaire du pain au chocolat. A l’époque, beaucoup ont reproché à Jean-François Copé d’avoir dramatisé la situation. Mais on peut tenir le raisonnement inverse, à savoir qu’il a au contraire minimisé ou euphémisé la réalité. Il suffit en effet de lire la presse pour voir quela pratique du ramadan s’accompagne parfois de comportements plus inquiétants. Des personnes ont bel et bien été menacées ou agressées parce qu’elles ne se conformaient pas au jeûne, comme cet homme violemment attaqué à la terrasse d’un café au centre de Lyon (Le Point, 23 août 2010) ou encore ce restaurateur de Marseille agressé par un homme qui voulait l’obliger à fermer son snack pendant le ramadan (Le Figaro, 10 août 2012).On peut d’ailleurs se demander pourquoi Jean-François Copé n’a pas utilisé des exemples de ce type, qui ont le mérite d’être bien réels, alors que son exemple du pain au chocolat semble moinsétabli. La réponse est évidente : il n’a pas voulu paraître trop radical. Il n’empêche que le problème est bien réel. Certes, les cas de violence avérée sont rares, mais qu’en est-il despressions, des intimidations, des menaces ?On voit d’ailleurs apparaître des phénomènes de résistance, avec des personnes qui se qualifient de « dé-jeûneurs ». C’est un enjeu important car, du point de vue de la laïcité républicaine, le but n’est pas seulement de garantir le droit de pratiquer sa religion, il est aussi de garantir le droit de ne pas pratiquer, ou de pratiquer à sa manière.

Le second point sur lequel on fait l’impasse est celui de l’adéquation entre le ramadan et la vie moderne.Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour comprendre que le ramadan pose des problèmesen termes de productivité et de sécurité. Une information a par exemple défrayé la chronique en 2012 : à Gennevilliers, la mairie communiste avait imposé à ses animateurs de s’hydrater et de s’alimenter normalement durant la journée. Lorsque le ramadan a commencé, quatre animateurs ontdonc été congédiés, mais face à la polémique, la mairie a préféré faire machine arrière (même Jean-François Copé a défendu le ramadan). Pour l’instant, cette question de la sécurité ne semble pas poser de sérieux problèmes, mais que va-t-il se passer si des incidents se produisent ? Surtout, en refusant toute discussion sur ce sujet, comme l’a fait le CCIF à propos des animateurs de Gennevilliers, les militants radicaux ne contribuent-ils pas à renforcer les discriminations ? En l’état actuel des choses, les réticences des employeurs peuvent se comprendre, surtout dans nos sociétés où les gens ont des exigences très fortes sur la sécurité. Or, confier des responsabilités à quelqu’un dont on sait qu’il n’aura pas toujours la pleine maîtrise de ses moyens, même au  niveau d’un chauffeur de bus, c’est prendre un risque. C’est aussi pour cette raison, me semble-t-il, que les musulmans ont tout intérêt à engager un débat théologique approfondi sur le ramadan afin de préciser quel sens, et surtout quelle forme, celui-ci doit prendre dans une société développée, ce qui permettrait d’envoyerun message rassurant à l’ensemble de la population. C’est là un des grands chantiers qui attendent la communauté musulmane.

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crobard007
- 16/06/2015 - 13:24
On ne le répètera jamais assez..
La religion est, et sera toujours un danger pour la démocratie, Il faut en particulier se méfier de l'Islam, religion conquérante, dont les préceptes fourre-tout peuvent permettre l'accomplissement de mégalomanes psychopathes, de bouchers ivres de pouvoir, de fanatismes destructeurs (comme Hitler, Staline, Pol Pot..... ont pu le faire). Nous sommes dores et déjà en zone rouge (Irak, Libye, Syrie...). Certains débats n'ont pas lieu d'être, il suffit de respecter et faire respecter la loi et la constitution.
Gré
- 15/06/2015 - 21:16
A l'école primaire, il est
A l'école primaire, il est inutile d'interdire le ramadan puisque de toute façon, les enfants en âge d'école primaire ne sont pas tenus de le faire selon l'islam. ----------- Pour les autres, pourquoi le leur interdire ? Mais qu'ils en supportent les conséquences.
Pourquoi-pas31
- 15/06/2015 - 20:55
Le ramadan au grand jour
C'est une bonne méthode pour surveiller qui des coreligionnaires applique ou n'applique pas le ramadan. Pour ne pas se distinguer, chaque musulman qu'il le veuille ou non se sent observé et obligé de se soumettre à cette pratique. La police religieuse est à l'œuvre et intervient auprès des réfractaires, parfois de façon violente (relisez les faits divers de ces périodes). C'est une méthode pour faire indirectement du prosélytisme. Pour ma part, j'ai hérité d'un superbe crucifix de 25 centimètres et je vais me le faire monter en pendentif.