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© Reuters
Ségolène Royal et Laurent Fabius sont chargés de préparer la conférence climat du mois de décembre prochain.
© Reuters
Ségolène Royal et Laurent Fabius sont chargés de préparer la conférence climat du mois de décembre prochain.
Comme chien et chat

Comment Fabius et Royal se tirent la bourre sur la COP21 pour être celui qui aura sauvé le quinquennat grâce au climat

Publié le 02 juin 2015
Alors que se prépare, en coulisse, la conférence climat COP 21 du mois de décembre, les deux ministres qui sont chargés des négociations sont à couteaux tirés. Ce qui inquiète Nicolas Hulot.
Christelle Bertrand
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Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande,...
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Alors que se prépare, en coulisse, la conférence climat COP 21 du mois de décembre, les deux ministres qui sont chargés des négociations sont à couteaux tirés. Ce qui inquiète Nicolas Hulot.

Impossible, ce week-end de décembre 2014, de savoir précisément quand Ségolène Royal doit rentrer du sommet climat qui se tient à Lima. Le dimanche 14 ? Le lundi 15 décembre ? Au ministère de l’Ecologie, personne ne peut le dire. Son départ, lui-même, a été extrêmement précipité. En effet, Laurent Fabius, dont c’est le rôle, devait seul représenter la France, mais au dernier moment la ministre de l’Ecologie a souhaité être de la partie. Problème, les lignes régulières affichent complet. Ségolène Royal intervient donc directement auprès de l’Elysée et part avec l’avion présidentiel dans lequel elle embarque son homologue. Sur place, les discussions patinent, le sommet s’éternise, Ségolène hésite. Je pars, je reste. Elle finit par quitter Lima le dimanche sans Laurent Fabius qui doit poursuivre les débats et rentrera, le lendemain, dans un vol lowcost. L’anecdote est régulièrement racontée pour décrire les tensions et les luttes de pouvoir entre les deux ministères.

 
Depuis qu’elle a fait son entrée au gouvernement, Ségolène Royal considère que le futur sommet climat, la COP21, qui se tiendra à Paris au mois de décembre 2015, relève de ses compétences. Elle qui a été du premier sommet à Rio, qui a construit son personnage politique sur les questions environnementales, n’entend pas abandonner l’organisation à son collège du Quai d’Orsay. Et pourtant, c’est lui qui institutionnellement doit présider le sommet.
 
C’est dans ce contexte de tensions qu’il faut apprécier les différentes déclarations de la ministre de l’Ecologie. Dans Le Monde, hier lundi 1er juin, elle explique : "Les négociations de l’ONU sont totalement inadaptées à l’urgence climatique. En privé, tout le monde le dit, tout le monde en est parfaitement conscient, mais la lourdeur du processus est telle qu’il se poursuit comme si de rien n’était". Un pavé dans la mare dont elle a le secret. Et de poursuivre, lorsqu’on lui demande si elle ne risque pas, par ces mots, de fragiliser les négociations de Laurent Fabius : "Ma liberté de parole est utile, et puis, je suis ministre de l’environnement, ministre du climat ! C’est moi qui siège au nom de la France. Nous n’avons pas le même rôle".
 
Des déclarations qui font suite à celles de son homologue des Affaires étrangères qui, mi-mai , tenait une conférence de presse depuis l’ambassade de France en Chine pour annoncer les 4 objectifs de la COP 21. Premièrement, rassembler les 196 pays et régions pour aboutir à un accord universel visant à limiter l'élévation de la température par le maximum de 2 degrés. Deuxièmement, publier des engagements de tous les Etats participants. Troisièmement, répondre à la question du financement et de la technologie. Enfin, le dernier objectif vise à mobiliser les entreprises, les communes et les régions. Dans la foulée, de retour en France, Laurent Fabius réunissait plusieurs agences de presse pour expliquer vouloir éviter le syndrome de Copenhague. En 2009, les pays réunis dans la capitale danoise n'étaient pas parvenus à surmonter de profondes divergences entre les pays développés, émergents et en développement. Cette fois, explique Fabius, les chefs d’Etat devront intervenir au début du sommet afin de clarifier les débats. 
 
Pas question de se laisser doubler sur son sujet de prédilection, Ségolène Royal a donc repris la main médiatique. Elle avait déjà tenté de le faire lors de sa visite au prince Charles, le 29 mai dernier, en critiquant la procédure onusienne : "La procédure ne convient pas vraiment à ce que nous avons besoin pour le changement climatique". Mais ses déclarations n’avaient pas traversées la Manche. Elle a donc réédité hier dans Le Monde.
 
La COP 21, Ségolène Royal ne parle que de ça depuis qu’elle s’est installée Hôtel de Roquelaure. Ce sommet, elle entend bien y consacrer toute son énergie et le transformer en victoire personnelle. Sa grande victoire comme ministre de l’Ecologie. François Hollande a d’ailleurs donné son accord pour qu’elle puisse prendre toute sa part dans l’organisation et les négociations.
 
Mais ses prises de position, ses discussions informelles avec tel ou tel dirigeant international ne cessent d’agacer le très académique ministre des Affaires étrangères. Elle est instinctive autant qu’il est réfléchi, ose tout au détriment de ses prudences diplomatiques à lui. Ainsi, le 19 mai dernier, elle interpelle Barack Obama sur Tweeter :
 

Welcome to Twitter @POTUS. The planet is counting on your commitment. #COP21 #YesWeCan #ClimateChangeIsReal

— Ségolène Royal (@RoyalSegolene) 19 Mai 2015

 
Ségolène Royal n’est heureuse que dans le concret, ce qu’elle aime c’est répondre aux attentes du terrain, être l’écho de la France qui souffre, dit-elle souvent. Les débats sans fin l’agacent, il faut que ça avance. Or la COP21, comme toutes ces grand-messes, ont leurs propres rituels, leur rythme de sénateurs. De quoi agacer une ministre qui ne déteste rien moins que perdre son temps et qui n’a pas l’habitude de s’appesantir en ronds de jambe diplomatiques. Elle préfère ruer dans les brancards au risque de dissoner et de gêner son partenaire du Quai d’Orsay.
 
Mais Laurent Fabius sait bien qu’il doit apprendre à faire avec, car Ségolène Royal a l’oreille de François Hollande. Un problème ? Un blocage ? Elle appelle le Président directement sur son portable. Comme ce jour-là où elle a réussi à obtenir le Air Force One présidentiel pour se rendre à Lima. Depuis le départ de Valérie Trierweiler, elle dine aussi régulièrement à l’Elysée, ce qui facilite les discussions et l’avancée des dossiers. Aucun membre du gouvernement n’ose affronter ouvertement la mère des enfants de François Hollande et pourtant, parfois, Laurent Fabius doit en rêver. 
 
Elle avance donc, sous le regard bienveillant du président qui sait qu’elle est aussi son meilleur lieutenant car tout en œuvrant à sa promotion personnelle, elle travaille sans relâche à sa réélection à lui. Ce qui est bon pour l’un est bon pour l’autre, pense-t-elle. Or Ségolène Royal est persuadée d’une chose : les questions environnementales peuvent à la fois être une solution à la crise et une porte de sortie électorale et le sommet de décembre, s’il est un succès, peut ouvrir une nouvelle ère pour le président de la République. 
 
Reste que ces interférences entre membres du gouvernement en inquiètent certains et non des moindres. Des voix se sont élevées, dont celle de Nicolas Hulot, pour expliquer que ces tensions très franco-françaises risquaient de faire tache à l’extérieur. D’autant que le passif entre les deux ministres est lourd. C’est Fabius qui, lorsque Ségolène Royal a annoncé sa candidature à la présidence de la République avait lancé "mais qui va garder les enfants ?". Lors du sommet de Lima en décembre dernier, il raillait encore son homologue en demandant  si "le tourisme de Ségolène se pass[ait] bien ?". 
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