En direct
Best of
Best of du 4 au 10 mai 2019
En direct
© Reuters
Bonnes feuilles
Consanguins : le mélange des élites politico-médiatiques conduit à la débilitation de la pensée politique française
Publié le 31 mai 2015
Ces écrits de circonstance en rapport avec l’actualité récente dénoncent une véritable "démission" de la raison "politico-morale". Si cette éclipse de la pensée se reflète dans l’appauvrissement considérable du débat au sein de la sphère médiatico-politique, où les vraies questions de fond sont constamment éludées, les différentes études proposées dans ce livre sont animées, au contraire, par le souci de donner un éclairage philosophique sur l’actualité, tout en proposant des remèdes pour éviter cette plongée imminente dans une nouvelle forme de barbarie, au vu de l’inadaptation et de l’inadéquation des solutions politiques actuellement proposées. Extrait de "La défaite de la raison", de Charles-Éric de Saint-Germain, éditions Salvator (2/2).
Charles-Éric de Saint-Germain, né en 1967, est professeur agrégé de philosophie en Classes préparatoires aux grandes écoles (hypokhâgne et khâgne) au lycée Notre-Dame-Saint-Sigisbert à Nancy. Docteur en philosophie, il a publié aux Éditions Ellipses des...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Charles-Éric de Saint-Germain
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Charles-Éric de Saint-Germain, né en 1967, est professeur agrégé de philosophie en Classes préparatoires aux grandes écoles (hypokhâgne et khâgne) au lycée Notre-Dame-Saint-Sigisbert à Nancy. Docteur en philosophie, il a publié aux Éditions Ellipses des...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Ces écrits de circonstance en rapport avec l’actualité récente dénoncent une véritable "démission" de la raison "politico-morale". Si cette éclipse de la pensée se reflète dans l’appauvrissement considérable du débat au sein de la sphère médiatico-politique, où les vraies questions de fond sont constamment éludées, les différentes études proposées dans ce livre sont animées, au contraire, par le souci de donner un éclairage philosophique sur l’actualité, tout en proposant des remèdes pour éviter cette plongée imminente dans une nouvelle forme de barbarie, au vu de l’inadaptation et de l’inadéquation des solutions politiques actuellement proposées. Extrait de "La défaite de la raison", de Charles-Éric de Saint-Germain, éditions Salvator (2/2).

Enfin, un dernier aspect de ce formatage pourrait être illustré par les fortes connivences qui existent entre les « hommes d’influence » et les médias. L’homogénéisation du discours médiatique semble renforcée par les complicités entre les journalistes, les directeurs de journaux, les commentateurs de télévision et les hommes de pouvoir, ce qui favorise l’autocensure, et conduit à ce que les interlocuteurs, notamment lors des débats sur les sujets « chauds », ne s’affrontent plus que de manière « convenue ». Peut-on parler de véritable débat démocratique si les « opposants » (faut-il dire aujourd’hui les « dissidents » ?) ne peuvent s’exprimer sur un plateau de télévision ou dans les médias sans déchaîner aussitôt la meute des journalistes bien-pensants ? On l’a vu suite à la publication du livre de Zemmour, Le suicide français, livre qui, bien que contestable sur de nombreux points, avait néanmoins le mérite de proposer une réelle alternative à l’idéologie libérale-libertaire véhiculée par les médias. En faisant de Zemmour un « bouc émissaire », tout en lui donnant ponctuellement la parole, la médiacratie française se donne certes, dans sa terrible médiocrité, une bonne conscience facile, laissant croire à l’existence d’un réel débat démocratique en son sein quand tout porte à croire, au contraire, que le questionnement sur les orientations éthiques et libertaires de la France depuis quarante ans doit, à tout prix, échapper à cette juste remise en cause proposée par Éric Zemmour dans Le suicide français. Porter aux nues les journalistes de Charlie Hebdo tout en stigmatisant les journalistes qui sortent du conformisme intellectuel des médias laisse clairement entendre que la liberté d’expression n’est pas la même pour tous, et qu’elle fonctionne de plus en plus à sens unique, au risque de mettre gravement en péril la démocratie. « La démocratie d’opinion, soulignait Benoît de Valincourt, a engendré le populisme ; la médiacratie entraînera-t-elle la conÞ scation du pouvoir par une élite bien-pensante aux ordres de l’oligarchie capitaliste ? »

Il semble donc que les médias pratiquent d’euxmêmes une forme de censure qui nivelle la qualité du discours dans l’espace public et conduit en réalité à supprimer toute véritable liberté de penser. Les médias apparaissent alors, au Þ nal, comme un instrument de contrôle social permettant le maintien d’un ordre symbolique par lequel le système dominant s’assure de la conformité des membres de la société. Ils sont bien en ce sens, comme le dit Anne-Marie Gingras, des « appareils idéologiques » au service de l’élite dominante et de l’idéologie consumériste que ces élites soutiennent. La place de plus en plus importante accordée par la télévision aux émissions de du conÞ rme ce triomphe de l’idéologie « libérale-libertaire » : ce dont il s’agit avant tout, c’est de distraire le peuple, de lui procurer un moyen de s’évader ponctuellement d’une réalité morose qui le détourne de l’engagement politique en le maintenant dans une attitude strictement passive et consommatrice qui le dispense de (trop) penser.

Ainsi s’explique, selon Serge Halimi, auteur du livre Les nouveaux chiens de garde, la promotion du néo-libéralisme dans les médias. Le journaliste pamphlétaire tente de mettre en lumière l’asservissement des milieux du journalisme aux « maîtres du monde » qui détiennent, par le pouvoir de l’argent, une emprise particulièrement étroite sur eux. Halimi pointe ainsi la reprise du discours néo-libéral par les médias, porté au rang d’évidence sans remise en question aucune. Si les journalistes sont asservis au pouvoir économique, ils sont particulièrement dangereux, dans la mesure où ils ont une position dominante dans le champ de la diffusion des idées et des oeuvres de l’esprit, autrement dit, dans la constitution de l’espace public comme espace de « discussion politique ». D’où la dénonciation, également, des secrètes connivences entre les politiques, les journalistes, les vedettes et les hommes d’inß uence, de la culture d’entreprise et de l’amour de la mondialisation : tout cela permet de comprendre le véritable « contrôle idéologique » exercé par les élites économiques et Þ nancières du pays, qui sont d’ailleurs souvent propriétaires de certains groupes de presse. D’où s’ensuit un effet « d’autocensure » chez les journalistes, visant à protéger les actionnaires des journaux, mais aussi les publicitaires : il faut avant tout défendre les intérêts économiques, ce qui ne peut manquer de remettre en cause l’autonomie du champ journalistique, laquelle serait pourtant nécessaire à la formation d’un espace public réellement démocratique, c’est-à-dire ouvert à la discussion paciÞ que et à la confrontation d’idées réellement diverses et opposées.

Mais si les médias exercent une forme de « censure » vis-à-vis des idées non-conformistes, qui pourraient mettre en péril le système lui-même, cette censure, comme l’a bien montré Alain de Benoist, a quelque chose de tout à fait inédit :

« Alors que l’ancienne censure, en effet, relevait d’un système d’inter dits, la nouvelle censure émane désormais d’un système de liberté : elle ne vise pas tant, en effet, à empêcher l’expression d’une opinion, même si cela se fait couramment, qu’à délégitimer toutes les opinions en tant qu’elles signiÞ ent quelque chose, c’est-à-dire à réduire au non-sens tout ce qui se propose de faire sens. Quand rien n’a plus d’importance, quand tout est devenu insigniÞ ant, un tel message est assuré de rester sans effets. C’est ce que constate encore Joël Roman quand il écrit : « Pourquoi censurer si le bruit de tant de messages accumulés vient vider de son sens le message subversif, si toute parole dissonante est destinée à s’abîmer dans un interminable bavardage […]. Pourquoi la liberté si celle-ci se vide de son contenu ? Si pouvoir parler s’obtient au prix de ne plus rien dire ? Qu’est-ce qui nous menace davantage, est-ce le ciseau du censeur ou la redondante marée de discours qui ne dérangent plus personne faute de pouvoir émerger du bruit ? » On se souvient de ce qu’avait dit Soljenitsyne, après avoir passé quelques jours en Amérique : “J’ai vécu naguère dans un système où l’on ne pouvait rien dire, je suis arrivé dans un système où l’on peut tout dire et où cela ne sert à rien”. »1

Extrait de "La défaite de la raison - Essai sur la barbarie politico-morale contemporaine", de Charles-Éric de Saint-Germain, éditions Salvator, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
02.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
03.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
04.
La Chine détient-elle une arme nucléaire en étant capable de bloquer l’approvisionnement des Etats-Unis en terres rares ?
05.
LREM, UDI, LR ou abstention ? Petit guide pour ceux qui voudraient (vraiment) voter libéral aux Européennes…
06.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
07.
SOS médecins : les hebdos au chevet de l'Europe ; Bellamy laisse Nicolas Sarkozy de marbre et atomise Dupont-Aignan ; L'ami milliardaire qui finance Francis Lalanne ; Valls souffre, le PS meurt (selon lui)
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
03.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
04.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
05.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
06.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
01.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
02.
Appel des personnes en situation de handicap ou familles concernées pour sauver Vincent Lambert d’une mort programmée
03.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
04.
Chômage historiquement bas mais travailleurs pauvres : le match Royaume-Uni / Allemagne
05.
Des experts estiment dans un nouveau scénario que la hausse du niveau des océans pourrait dépasser deux mètres d'ici 2100
06.
Vidéo de Vincent Lambert : son épouse va porter plainte
Commentaires (2)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
winnie
- 01/06/2015 - 07:53
je reprendrais,
Les écrits de @vangog. Ce constat nous les gens ordinaires l'avons fait depuis des années,et c'est seulement depuis que le FN fait peur a la classe politique que quelques intellectuels se mettent a le dénoncer, si non, ce système leur va bien.
vangog
- 31/05/2015 - 16:22
Ce constat a été réalisé par les patriotes...
depuis bien longtemps, déjà! Et c'est une autre forme de censure de ne pas reconnaître qu'ils en sont la première victime! Plus le pouvoir UMPS va s'effriter, plus cette auto-censure se renforcera, grâce à la pre-eminence des informateurs sélectionnés par les écoles de journalisme gauchiste, grâce à la caricature des opposants et leur amalgame avec tous les opposants à la pensée unique..."sélection de l'information, amalgame et caricature" singles armes de choix des propagandes dictatoriales. Après que les analystes se soient enfin rangés derrière les diagnostics du FN, peut-être aborderont-ils, enfin, les solutions à cette corruption de l'idéologie socialo-européiste? N'ayez pas peur, si vous trouvez les mêmes que celles du FN...