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 Le djihadiste français Gilles Le Guen.
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Procès de Gilles Le Guen, le djihadiste breton de 60 ans qui ne rentre dans aucune catégorie des “nouveaux islamistes”
Publié le 15 mai 2015
Arrêté en avril 2013 par les troupes françaises de l'opération Serval au Mali, le portrait de Gilles Le Guen a fait la une de la presse. Et pour cause, le profil de ce djihadiste intrigue : 60 ans, Breton, ancien marin... et combattant d'AQMI.
Farhad Khosrokhavar est directeur d'études à l'EHESS et chercheur au Centre d'analyse et d'intervention sociologiques (Cadis, EHESS-CNRS). Il a publié de nombreux ouvrages dont La Radicalisation (Maison des sciences de l'homme, 2014)...
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Jean-Pierre Bouchard est psychologue et criminologue spécialiste des agresseurs et des victimes. 
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Arrêté en avril 2013 par les troupes françaises de l'opération Serval au Mali, le portrait de Gilles Le Guen a fait la une de la presse. Et pour cause, le profil de ce djihadiste intrigue : 60 ans, Breton, ancien marin... et combattant d'AQMI.

Atlantico : Le djihadiste français Gilles Le Guen, un ancien marin breton âgé de 60 ans, est jugé actuellement pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". On a beaucoup insisté sur l'originalité de cet islamiste, qui ne correspond pas au profil-type. En quoi est-il atypique ?

Jean-Pierre Bouchard : Il est atypique parce qu’il est plus vieux que la base des nouveaux djihadistes actuels qui sont, en général, plus jeunes voire beaucoup plus jeunes. Il est breton de souche, comme l’illustre son nom, ce qui est loin d’être la caractéristique dominante chez les djihadistes. C'est quelqu’un qui a beaucoup voyagé, en travaillant pour la marine marchande, et notamment dans tout le bassin des pays musulmans. Il a également basculé tard, il s’est converti au début des années 80 et s’est radicalisé plus tard. Après, on retrouve chez lui un discours assez classique, commun à tous les extrémistes religieux : la référence absolu à Dieu, à ce qu’il dit être des injustices, notamment de l’occident envers les musulmans. La plupart de ces extrémistes ont ces croyances très ancrées en eux, parfois elles induisent une distorsion de la réalité dans la pensée : ils vont regarder des réalités géopolitiques très schématiquement en sélectionnant ce qui cautionne leur cause, et à partir de là certains admettront l’idée, contradictoire, que pour réaliser un objectif humain ils seront prêts à être très violents et même à tuer d’autres humains avec qui ils ne sont pas d’accord. Et là on trouve tout l’esprit de cette radicalité. C’est comme ça qu’on voit des gens qui se radicalisent malgré l’absence de culture musulmane préalable, en France ils sont estimés à 3000-4000 par an, bien qu’il existe un chiffre noir qu’on ne connaît pas. Après, il faut être réservé car on ne sait pas du tout jusqu’à quels extrêmes est allé Gilles Le Guen, la justice le dira.

Son profil est très rare car cette forme de radicalisation et de combat idéologique guerrier, très organisé, au nom de l’islam est assez récente. Dans la jeunesse de Le Guen, on n’en était pas encore là. C’est quelque chose qui est apparu pendant sa quarantaine ou cinquantaine, période qui coïncide avec l’émergence de nombreux mouvements prenant cette forme radicale. Ce qu’on peut également noter chez Le Guen, c’est que toute sa vie tourne autour de l’islam, il est parti s’installer en terre musulmane, sa femme est marocaine, il a cinq enfants, on sent qu’il est dans une dynamique de vie qui n’a plus rien à avoir avec sa Bretagne originelle.

Selon un rapport du "Centre de prévention des dérives sectaires liées à l'islam", la catégorie d'âge des candidats au djihad la plus majoritaire est celle des jeunes de 15 à 21 ans. Le rapport explique ce résultat par la "fragilité" psychologique liée à cet âge, et le fait qu'ils se posent "des questions sur le sens de leur vie". Comment expliquer l'engouement actif de Gilles Le Guen ?

Farhad Khorsokhavar : Il faut d’abord être très critique envers le rapport dont vous parlez. Sur quelle base est-il constitué ? Sur la base d’une ligne verte, à laquelle les familles téléphonent car le fils ou la fille est en danger, ce sont donc, pour l’écrasante majorité des gens qui vivent à l’intérieur de la cellule familiale, des jeunes donc. Cela fait donc baisser l’âge moyen de manière artificielle car tous ceux qui sont isolés, à l’extérieur d’une famille, ne sont pas inclus. Il ne faut pas prendre ce rapport comme parole d’évangile car il a été fait sur 160 appels téléphoniques à cette ligne.

On dispose de statistiques fiables, en Europe et aux Etats-Unis, concernant l’implication des jeunes dans l’islamisme. Or le profil de Gilles Le Guen est atypique, car la plupart des européens impliqués là-dedans n’ont pas encore la quarantaine. D’habitude, on retrouve des gens d’un certain âge dans ce qu’on peut appeler la hiérarchie supérieure du djihadisme, Ben Laden par exemple. Pour un soldat de base, Le Guen ne correspond absolument pas à la moyenne d’âge. Gilles Le Guen, compte tenu de sa biographie, peut sembler un peu perdu, ce n’est pas forcément quelqu’un qui a des troubles mentaux, mais il semble désorienté, il s’est marié plusieurs fois, dont la dernière fois avec une femme beaucoup plus jeune. On est dans une situation où il semble déconnecté avec le sens de la réalité, il a vécu une profonde rupture avec la France. Dans tous les cas de figure, son profil est exceptionnel et ne peut être étendu aux autres. Il n’est pas significatif statistiquement, c’est un cas marginal qui ne s’est pas reproduit parmi les soldats de base de la constellation djihadiste. D’ailleurs, à son âge, on ne peut pas vraiment être un soldat efficace au maniement des armes comme un jeune de 20 ans. Il a également eu une relation assez trouble avec les djihadiste, puisqu’il a été soupçonné par ces derniers d’être un espion français. Il sera désormais jugé par la justice française, mais il reste à part.

Le même rapport sus-cité évoque la dépression comme trouble mental le plus répandu parmi les candidats au djihad. Ce résultat se retrouve-t-il pour Gilles Le Guen ? Que pensez-vous de cette conclusion ?

Jean-Pierre Bouchard : Je pense qu’il est très difficile d’être généraliste, et je ne le suis pas. Il y a un tas de gens qu’on ne connaît pas, ce fameux chiffre noir. Rencontrer des déprimés qui se sont convertis est plus facile car les déprimés se plaignent de la souffrance liée à la dépression. Mais je pense qu’il y a des gens, au moins aussi nombreux si ce n'est plus, qui ne le sont pas et qui adhèrent à cette idéologie pour ce qu’elle est : une idéologie anti-occidentale, en désaccord avec les valeurs de la démocratie, de l’égalité entre l’homme et la femme, du doute sur l’existence de Dieu, des libertés individuelles etc. Ces idées ne correspondent pas à celles de ces gens, et ils souhaitent donc les combattre, ce qui n’est pas du tout lié à une quelconque dépression. Il y a bien une idéologie sous-jacente qui se propage. Après, il y a souvent une manipulation de personnes naïves certes, cela se voit dans les vidéos de Gilles Le Guen, qui, pour quelqu'un d'intellectuel, apparaissent comme des récitations simplistes. Ses discours sont simples, se réfèrent à Dieu, parlent de l’occident injuste etc, quelque chose d’assez courant. Il n'y a rien de nouveau dans les récitations de Le Guen, dans son discours qui se veut pacifique et humaniste alors qu’il y a une kalachnikov à ses côtés. Le personnage est contradictoire, mais c’est un garçon intelligent, qui n’est pas déficient intellectuellement. Après, il y a toujours une part de narcissisme dans le fait d’être le porte-parole d’une cause et c’est une façon, pour certains, de s’illustrer, bien que je ne connaisse pas Gilles Le Guen. Tout le problème est que ces phénomènes se multiplient, Le Guen en est l’illustration, au-delà du fait qu’il soit un peu différent, son discours est très classique, il n’a qu’à se déguiser avec sa barbe, son chèche et son drapeau noir. Est-il crédible à fond ? On ne sait pas parce que même certains djihadistes ont pensé qu’il était un espion. Il est un peu pris entre les deux fronts par moment, car même sa conversion n’a pas été prise au sérieux par tout le monde du côté des islamistes.

Farhad Khorsokhavar : Au sujet de la dépression, les gens qui téléphonent à cette ligne verte sont, en majorité, des gens de classe moyenne. Ce ne sont pas des jeunes de banlieue car leurs familles n’en ont pas l’habitude, ne sont pas au courant etc. Il n’y a qu’environ 15% d’appels émanant de familles de banlieue et cela n’est pas représentatif car les familles ne téléphonent juste pas. C’est un autre biais de ce rapport, sérieux mais pas représentatif de l’ensemble. Donc pour la dépression, cela vient surtout de ce qu’il convient, plus ou moins, d’appeler le malaise des classes moyennes, on ne peut l’étendre indûment aux autres jeunes, ceux de banlieue par exemple, qui peuvent avoir d’autres états d’âme.

Si l'on retrouve une caractéristique commune entre Le Guen et les autres convertis djihadistes, c'est bien sur le fait qu'il n'aient pas de parents musulmans. Comment expliquez cette attirance des convertis pour les dérives fondamentalistes ? Depuis quand observe-t-on ce phénomène, et qu'est-ce qui a pu l'enclencher ?

Farhad Khorsokhavar : Encore une fois, son cas ne relève pas de la norme car il est très âgé. Il s’est converti il y a 33 ans, donc vers 27 ans, la tranche d’âge habituelle de la conversion. Après sa conversion, l’islam est devenu le point de mire de sa vie, et son passage d’un islam classique au djihadisme ne revêt pas les caractéristiques les plus courantes. Désormais, parmi ceux qui optent pour la conversion, on observe souvent des passages direct et sans transition à l’islam radical. On ne devient pas musulman modéré, puis fondamentaliste et enfin djihadiste. Chez les jeunes de banlieue comme chez les post-adolescents de classe moyenne, on voit bien qu’il y a, au début, la volonté du départ en Syrie. Les garçons admirent la virilité des combattants, les filles la défense d'une "cause humanitaire", c’est un stade de pré-djihadisme sans véritable maturation d’un islam modéré ou fondamentaliste vers le djihadisme. Gilles Le Guen est atypique car il a mis 30 ans à devenir un islamiste radical, son cas est fait d’exceptions et de contre-normes.

Pour ce qui est des convertis djihadistes, ce n’est pas vraiment nouveau. On en trouve déjà dans les années 90 avec le gang de Roubaix, où un certain Dumont, qui est un converti, s’était rapidement tourné vers le djihadisme, notamment en allant combattre en Bosnie. Ce phénomène existe depuis cette époque-là. La nouveauté vient de l’intensification. Avant, seulement 10% des convertis se tournaient vers cela, maintenant on est peut-être, si l’on en croit les statistiques internationales, dans les 30%. C’est un phénomène occidental, moins présent en Amérique du Nord, mais présent partout en Europe (France, Royaume-Uni, Allemagne, Norvège etc). Il y a une fascination pour l’islam radical chez les jeunes de confession non-musulmane, on a même vu des conversion de jeunes juifs vers le djihadisme.

Jean-Pierre Bouchard : Gilles Le Guen a été mis en contact avec l’islam surtout par le biais de ses voyages professionnels, grâce à la marine marchande. Il serait resté en Bretagne, il n’aurait pas forcément été confronté à cela et ne se serait peut-être pas converti. Il y a beaucoup de cas de convertis d’origine non-musulmane qui ont eu un contact de cette façon, dans les quartiers par exemple où il y a un très forte population musulmane, mais également sur internet où il y a désormais un fort terreau. Pour capter ces gens-là, l’islam est présenté plus ou moins comme la religion miracle qui permettra à l’humanité de guérir de tous ses maux et l’occident est vu comme le démon. Quand les choses sont présentées ainsi, de façon biaisée, certains esprits peuvent se trouver convaincus et affirmer rétablir la bonne marche des choses par la violence. Si ces gens n’avaient pas rencontré l’islam à un moment ou à un autre, ils ne seraient pas devenus islamistes car on ne peut pas adhérer à des choses qu’on ne connait pas et avec lesquelles on n’a pas de contact. Ce sont des phénomènes nouveaux en Europe car il y a aujourd’hui une présence de l’islam, avant on ne rencontrait pas ces phénomènes parce qu’il n’y avait pas ce contact humain, idéologique, et maintenant cybernétique (qui lui est mondial). C’est complexe mais on ne peut pas résumer ça au fait qu’il y ait des gens déprimés. La plupart des dépressifs ne voient pas le bout de leur existence et le plus gros risque pour eux c’est le suicide, et ça ce n’est pas idéologique. 

En quoi constituent-ils des proies intéressantes pour les recruteurs de l'Etat islamique ?

Farhad Khorsokhavar : D’une part, cela leur fourni des soldats, sur leurs 50.000 hommes, il y a pratiquement 20.000 soldats étrangers, dont 3000 à 4000 sont des Européens. Si on n’avait pas pris des mesures contre ces flux, le nombre aurait encore grossi pour dépasser ces 40%. De plus, cela leur donne une légitimité sur le plan symbolique. Mais également une capacité à travailler sur internet, notamment pour attirer encore d’autres recrues. Ce travail sur la toile est surtout assuré par de jeunes occidentaux qui savent comment faire pour programmer, filmer etc. Cela les modernise aussi. A cela il faut ajouter également le phénomène récent de jeunes filles européennes, qui, apparemment, pourraient représenter le quart des nouvelles recrues occidentales. Tout cela s’agglutinant à une forme de romantisme exotique, mais régressif, autour de l’exaltation de la guerre sainte.

Jean-Pierre Bouchard : Pour eux, il s’agit d’une audience nouvelle qui permet de dire que même les gens qui ne sont pas liés naturellement à l’islam y adhèrent et pensent comme eux. Ils leur servent de caution. On dit que certains convertis peuvent se radicaliser encore d'avantage, et devenir des combattants plus extrêmes. C’est toujours pareil, les gens qui n’ont pas de connaissance à la base et adhèrent à une théorie appauvrie, peuvent aller plus vite dans l’escalade. Après, je n’ai pas de statistiques là-dessus, mais la théorie existe. En tout cas, pour les djihadistes cela fait toujours plus de monde qui adhère à leur cause.

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Anguerrand
- 16/05/2015 - 11:22
Ce salopard a combattu nos propres soldats
C'est donc un traitre de la pire espèce, condamné à 8 ans il en fera la moitié. Ce type aurait du être descendu par nos militaires c'u'est la que l'on regrette que la peine de mort soit aboli dans certains cas. En 14-18 il aurait été fusillé sur le champs, juste le prix d'une balle au lieu d'années de prisons au frais du contribuable. De plus en prison, il se fera un plaisir de convertir qq prisonniers qui eux mêmes combattrons nos soldats...et notre société.
le Gône
- 15/05/2015 - 09:54
mais si y'a une categuorie...
celle des "connards abrutis"