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En matière d'innovation, la France est très bien positionnée dans les secteurs de l’industrie pharmaceutique
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Lauréats français de l’innovation 2030 : la France garde le cap dans la compétition internationale
Publié le 28 avril 2015
En matière d'innovation, la France est très bien positionnée dans les secteurs de l’industrie pharmaceutique, la défense, l’aéronautique civile, l’aérospatiale et l’énergie nucléaire. Mais elle doit travailler sur son positionnement dans les technologies de la santé, des énergies renouvelables, et des technologies de l'information et la communication sous peine de ne rester qu'une pépinière d'idées.
Lionel Nesta est senior économiste et directeur adjoint du département de recherche sur l’innovation et la concurrence de l’OFCE (Centre d'Economie de Sciences Po). 
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En matière d'innovation, la France est très bien positionnée dans les secteurs de l’industrie pharmaceutique, la défense, l’aéronautique civile, l’aérospatiale et l’énergie nucléaire. Mais elle doit travailler sur son positionnement dans les technologies de la santé, des énergies renouvelables, et des technologies de l'information et la communication sous peine de ne rester qu'une pépinière d'idées.

Atlantico : Dans quels secteurs la France est-elle la mieux positionnée en matière d’innovation ?

Lionel Nesta : Ce sont très clairement dans les transports et par là, l’aéronautique civile et l’aérospatiale que la France est le mieux positionnée en matière d'innovation. Il y a certes le ferroviaire, mais la France est en perte de vitesse. Il faut renouveler des technologies relatives au TGV.

La défense peut également figurer sur cette liste mais pour des raisons stratégiques, il est assez difficile d’avoir une idée claire des avancées dans ce domaine. Il faut aussi rajouter l’industrie pharmaceutique qui nécéssite des technologies de pointe comme les biotechnologies.

On peut par ailleurs parler de l’énergie. Il s’agit essentiellement du nucléaire, mais cela n’en fait pas, à mon sens, une industrie d’avenir. Il va falloir opérer un tournant vers les énergies renouvelables où la France est mal positionnée à l’heure actuelle. Mais si l’on prend l’énergie sous le prisme de la production, la France est évidemment à la pointe, de par sa spécialisation dans le nucléaire.

L'automobile en France est le secteur qui dépense le plus en R&D : mais nous ne sommes pas en position de force vis-à-vis des concurrents européens et mondiaux. La situation est liée à la conjonction d’un positionnement en gamme trop faible. Les producteurs français, Renault ou Peugeot, ne sont pas suffisamment positionnés en haut-de-gamme. Ils font plutôt de la petite voiture, ce qui a pu avoir ses avantages pendant la crise : mais la compétitivité hors-prix n’est pas à l’avantage des producteurs français. La compétitivité prix ne l’est pas non plus : on a eu une augmentation du coût de production relativement au coût de production allemand, qui est le pays où les concurrents étrangers sont les plus sévères.

Enfin, nous ne produisons que faiblement du matériel électronique. En revanche, la France est plutôt bien positionnée sur les secteurs qui utilisent du matériel électronique, notamment en matière de développement de logiciels.

Pierre-Louis Desprez : Nous avons aussi des secteurs extrêmement forts que nous méprisons. Vinci, Véolia, Sodexo, le groupe Mullier etc. ne sont pas réputés être innovants. Pourtant, il faut tordre le coup à l’idée selon laquelle l’innovation repose uniquement sur de la technologie. Il existe plusieurs leviers dans l’innovation : l’offre, le service, la fabrication d’une marque, la stratégie, la distribution, le modèle économique, les segments de clients, la production, et la technologie. Il ne faut donc pas tout focaliser sur la technologie. Le combat est multipolaire. Technologies et services sont donc deux domaines où la France est très innovante.

Quelles sont les technologies qui font de l'Hexagone un pays innovant ?

Lionel Nesta : En termes de secteurs, ce sont clairement l’industrie pharmaceutique, la défense, l’aéronautique civile, l’aérospatiale et l’énergie nucléaire. Le produit phare, c’est Airbus.... mais c’est l’arbre qui cache la forêt.

En France, nous sommes face à un déficit d'investissement en R&D de la part du secteur privé. Ce déficit s'explique car, même si elles investissent beaucoup, seule une poignée d’entreprises le fait. Lorsqu’une entreprise en France investit en R&D, elle le fait à la même hauteur, voire même plus, qu’une entreprise allemande. Mais, en revanche, le réservoir d’entreprises qui investissent en R&D en France est plus faible que le réservoir d’entreprises allemandes, par exemple.

Cela est lié au fait qu’en France le poids de l’industrie dans le PIB est de l’ordre de 10% alors qu’en Allemagne, il est de 20%. Or, c’est dans l’industrie manufacturière qu’on investit 80% en R&D.

Si l’on s’intéresse à l’évolution de l’investissement en R&D en France, on observe qu'une entreprise investit de manière intense, tout autant que l’Allemagne. Les entreprises françaises ont des comportements vertueux mais le réservoir de ces entreprises est faible.

Pierre-Louis Desprez : Criteo fait un tracking spécifique avec un algorithme et a fait l’objet d’une introduction en bourse réussie. Le système permet de vendre de la bannière publicitaire de façon très ciblée en fonction de l’activité sur internet.

Les biotechnologies sont aussi un secteur très porteur. Le médical et la santé font, combinés aux mathématiques et au Data, un bon croisement. Aéronautique et militaire avec Safran sont des secteurs porteurs. L’agroalimentaire est également un secteur intéressant, plus technologie qu’on ne le croit à première vue. Danone innove dans la fabrication de produits : ils sont capables de vendre des produits à moins d’un dollar dans les pays les plus pauvres. Avec la marque Bon Grain, le groupe a imaginé des yaourts qui puissent être conservés à température ambiante, ce qui lui a ouvert le marché africain.

A contrario, quels sont les domaines que la France délaisse ? Pour quelles raisons ?

Lionel Nesta : La France délaisse des domaines concurrencés par les pays à bas salaires. La France se trouve face à un problème de positionnement industriel, de spécialisation industrielle. Elle est présente sur des industries qui sont fortement concurrencées par les pays à bas salaires.

Une entreprise a soit le choix de faire de l’innovation de produits, de ce qui permet de limiter le nombre de concurrents et avoir des prix un peu plus élevés. Mais cela est justifié du fait de la position de monopole. Pour avoir un nouveau produit, il est toutefois nécessaire d’investir en R&D et innover. Soit, l’entreprise est bonne, mais pas excellente comme l’est l’Allemagne sur l’innovation. Par conséquent, il est nécessaire d’afficher des prix plus bas : mais, dans ce cas, on s’expose à la concurrence européenne et mondiale.

C’est ce qui se passe pour la France depuis la crise. Celle-ci a donné lieu à de très fortes interrogations sur la compétitivité de l’industrie française. La France étant faiblement positionnée sur la compétitivité hors-prix, donc la capacité à innover, elle est engagée dans un processus de concurrence en prix, avec des pays à bas salaires, et l’Allemagne notamment. Depuis les années 2003 – 2004, l’Allemagne a beaucoup joué sur la compétitivité prix. Elle était bien positionnée en activité en gamme, et s’en engagée dans le même temps dans une concurrence en prix.

Comment ces choix en matière d'innovation positionnent-ils la France sur le marché mondial et pour l'avenir ?

Lionel Nesta : La France a des compétences. Elle a des infrastructures intéressantes et propose des conditions de financement de la R&D intéressantes pour les entreprises. Il y a des incitations pour les entreprises à investir en matière d’innovation même si la R&D n’est pas le seul déterminant.

Il y a plusieurs manières de définir un choix : la France peut, comme d’autres pays, s’engager dans des politiques de soutien à certaines industries. C’est comme ça qu’elle a traditionnellement fonctionné jusqu’aux années 2000. On le voit dans le domaine du ferroviaire, avec le TGV, de l’aérospatiale ou l’aéronautique avec Airbus, dans les biotechnologies, etc. L’Etat constituait alors la demande finale : il y avait donc peu de risques pour les entreprises d’investir.

Ces programmes sectoriels massifs ne sont plus à l’ordre du jour. Aujourd’hui la politique de la France consiste plutôt à soutenir de manière transversale l’activité des industries. L’exemple typique, c’est le contrat impôt recherche.

Mais la France doit se positionner sur les technologies clefs, qui ne sont pas des secteurs, comme je l’ai évoqué précédemment. C’est la santé, les énergies renouvelables, et les TIC.

Enfin, il convient surtout de parfaire l’investissement en capital humain. La formation initiale, professionnelle et continue doit être améliorée. Pour l’avenir, la question qui se pose est la suivante : va-t-on se spécialiser dans le tourisme et le luxe, ou investir dans des industries lourdes avec des compétences fortes qui peuvent asseoir l’industrie manufacturière de la France ? Ce sont ce genre de choix, peut-être manichéens et simplistes, qui s’imposent à la France à l’heure actuelle. La réponse des gouvernements à cette question de la désindustrialisation apparaît comme étant négative : c’est tout l’enjeu du pacte de responsabilité, du CICE, et du CIR. L’objectif est de rendre à l’industrie les moyens d’investir en technologie, en capital et capital humain, dans le futur. 

Pierre-Louis Desprez : L’avenir, c’est que la France va rester une pépinière. Les Français ont des très bonnes idées mais ils vont les développer sur d’autres marchés.  Peut-être qu’il faut l’accepter et vendre très cher les produits de la pépinière. Peut-être finalement faut-il faire de la France une sorte de laboratoire mondial et en vendre les produits. 

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