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Au Venezuela, les arrestations d'opposants politiques se font de plus en plus nombreuses.
Violence d'Etat
Héritage du chavisme : et pendant ce temps-là, le Venezuela s’enfonce dans la violence
Publié le 23 avril 2015
La situation économique catastrophique du pays et les méthodes de plus en plus expéditives et antidémocratiques du gouvernement Maduro conduisent un grand nombre de Vénézuéliens à fuir le pays vers la Colombie voisine.
Eduardo Mackenzie est journaliste et écrivain. Il est notamment l’auteur de Les Farc ou l’échec d’un communisme de combat (Publibook, Paris, 2005). 
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Eduardo Rios est Vénézuélien. Doctorant au Centre d'études et de recherches internationales, il est spécialiste du Venezuela pour l'Opalc de Sience Po' (Observatoire politique de l'Amérique latine et des caraïbes).  
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La situation économique catastrophique du pays et les méthodes de plus en plus expéditives et antidémocratiques du gouvernement Maduro conduisent un grand nombre de Vénézuéliens à fuir le pays vers la Colombie voisine.

Atlantico : Au Venezuela, les arrestations d'opposants politiques se font de plus en plus nombreuses et la répression est omniprésente tout comme la propagande. Le pays est-il en pleine dérive totalitaire ?

Eduardo Mackenzie : Oui, le Venezuela est en passe de devenir une dictature. Il n'existe plus aucune séparation des pouvoirs. Le pouvoir exécutif est aux mains du gouvernement, quant au pouvoir législatif il ne dispose d'aucune indépendance. C'est un régime tyrannique, comparable sur certains points avec le régime nord-coréen, mis à part que le premier restreint la liberté de la population sans être totalitaire par opposition au second.

Eduardo Rios : D’une perspective académique, pour qu’il y ait dérive totalitaire, il faudrait que les pratiques politiques quotidiennes se soient récemment dégradées. Dans ce sens, deux éléments doivent être pris en compte. D’une part, la structure démocratique demeure. Par exemple, le gouvernement de Nicolás Maduro tient le pouvoir exécutif de ses victoires électorales que ce soit lors des élections présidentielles ou lors des élections municipales. Ensuite, s’il est vrai que des hommes politiques d’opposition ont été mis en prison, il ne s’agit pas de tous ni de la majorité d’entre eux ; si l’opposition n’a plus aucune chaine de télévision, elle peut néanmoins s’exprimer dans la presse papier (qui est extrêmement sanctionnée, mais qui existe). Les espaces démocratiques subsistent, donc. Cependant, les excès du régime se sont multipliés au cours de ces dernières années. Les manifestations de 2014 ont été accompagnées d’incarcérations massives d’étudiants et de dénonciations plutôt graves de violations des droits de l’homme (par exemple un étudiant s’est fait introduire la pointe d’un fusil dans l’anus). Cette première vague a été accompagnée de l’incarcération d’un certain nombre de leaders de l’opposition le premier étant Leopoldo Lopez et le deuxième Antonio Ledezma. Utiliser le terme de "dérive autoritaire" est donc complexe puisque si le régime commet des exactions, il tolère l’existence d’une opposition politique et ouvre une fenêtre à la contestation politique.

Nicolas Maduro s'inscrit-il dans la continuité de la gouvernance Chavez ?

Eduardo Rios : Maduro se place dans la continuité de Hugo Chávez et ce sur deux points. Le premier est qu’il continue à gagner des élections. Le deuxième est qu’il utilise une rhétorique incendiaire et les moyens de l’Etat pétrolier pour les gagner. La grande innovation de Nicolás Maduro c’est qu’il applique la recette sans avoir ni le charisme de son mentor ni son niveau de popularité, c’est-à-dire sans disposer du capital politique du « leader historique de la révolution ».

Chávez avait déjà incarcéré des personnes pour des motifs politiques. L’exemple le plus médiatique avait été celui du juge Affiuni qui avait libéré un homme d’affaire que Chávez voulait en prison. Chávez avait utilisé une collecte massive de signatures de l’opposition pour créer une liste dite « Tascón » pour empêcher presque 4 millions de citoyens d’accéder aux emplois publics. Le gouvernement chaviste a toujours joué sur une zone grise en termes démocratiques, le niveau de popularité de Maduro le pousse à aller vers le gris sombre.

Cette ambivalence se sent dans le dialogue avec les hommes d’affaires par exemple. Son manque de capital politique l’a empêché d’effectuer toute réforme économique même face à une chute du prix du pétrole. La situation économique est extrêmement grave avec une inflation de 70% et des pénuries généralisées. Pour faire face à ce problème, il a renoué le dialogue avec le secteur privé notamment sur l’augmentation des prix régulés, alors qu’à longueur de journée il les accuse d’être les responsables de la « guerre économique » contre le pays.

Ce manque de capital politique se sent également au niveau international. Les parlements espagnol, brésilien et colombien ont communiqué leur préoccupation quant à la situation des droits de l’homme dans le pays. Ce qui n’était jamais arrivé du temps d’Hugo Chávez.

Eduardo Mackenzie : La répression s'est aggravée depuis 2013, elle est devenue plus sanglante et plus meurtrière. Par exemple, des opposants au régime sont régulièrement arrêtés ; la Croix Rouge, qui souhaitait se rendre sur place afin d'évaluer les conditions d'incarcération, et l'usage ou non de la torture, n'en a pas obtenu l'autorisation ; les manifestations sont également sévèrement réprimées, notamment par les "collectivos", groupes illégaux chargés de surveiller la population…. Cependant, tous les éléments constitutifs d'un régime autoritaire étaient déjà présents sous les différents mandats d'Hugo Chavez. Maduro n'a fait que détériorer d'avantage les situations économiques et politiques. Par ailleurs, le narcotrafic est de nouveau florissant et nombreux sont les diplomates qui sont impliqués dans cette économie souterraine.

Depuis quelques temps, nombreux sont les Vénézuéliens qui fuient le pays pour rejoindre la Colombie et les autres pays frontaliers. Cette émigration est-elle récente? Doit-on uniquement l'imputer au régime en place?

Eduardo Rios : Il y a un très beau livre de Alejo Carpetier « Le siècle des lumières » qui montre qu’il y avait déjà des mouvements de population entre les colonies espagnoles en Amérique au XVIIIème siècle. Les mouvements migratoires ne sont donc pas apparus avec Hugo Chávez et Nicolás Maduro. Cependant, depuis quelques années la situation économique catastrophique a poussé une grande quantité de professionnels avec des salaires intermédiaires à chercher du travail dans toute la région. Le problème des migrations économiques est qu’elles ne sont pas « forcées » comme peuvent l’être les migrations politiques. Cependant elles sont, sans aucun doute, un effet direct des politiques économiques désastreuses du gouvernement de Nicolás Maduro.

Des élections législatives auront bientôt lieu au Venezuela. S'attend-on à ce qu'elles mettent un terme à l'actuelle crise politique?  

Eduardo Rios : L’assemblée nationale pourrait être un contre-pouvoir très important dans le cadre de la constitution actuelle. Chávez et Maduro s’en sont très peu servi pour l’instant puisqu’ils y disposaient de larges majorités et ont gouverné par décret à de nombreuses occasions. Le gouvernement est très mal en point et il semble peu probable qu’il gagne ces élections. Sa cote de popularité est catastrophique (atour de 20%, alors que Chávez disposait toujours de 45%), la situation économique est déplorable et malgré le fait que l’opposition n’ait pas généré un enthousiasme massif, elle est en de bonnes conditions pour l’élection.

Face à cette situation le gouvernement a tout d’abord tenté de redessiner les districts électoraux à son avantage sans y parvenir. Il tente maintenant de recalculer les estimations de population pour enlever des candidats dans les circonscriptions qui votent le plus pour l’opposition. Tous ces essais montrent à quel point le gouvernement redoute une défaite électorale aux élections parlementaires. Un résultat favorable pour l’opposition ne pourrait résoudre la crise politique que si la victoire faisait basculer le rapport de force de façon notable, en empêchant au gouvernement de faire passer la loi sur le budget, par exemple.

Eduardo Mackenzie Je pense que ces élections consolideront le régime actuel. Les fraudes électorales permettront de garantir la réélection de l’actuel gouvernement. A titre d'exemples, les machines sont souvent truquées ; le nombre d'inscrits sur les listes électorales est bien loin de la réalité, il n'est pas rare qu'il y ait plus de votants que d'habitants dans un même village… De plus, l'opposition est faible, trop divisée, bien que suivie par une partie de la population. Enfin, ce régime de terreur associé à la propagande, assure un résultat confortable au parti de l'actuel Président.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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AgentDevlin
- 20/04/2015 - 18:53
Que c'est triste!
Ça me fait penser à la célèbre phrase d'Einstein: "La folie, c'est faire tout le temps la même chose en espérant des résultats différents". Nul doute, qu'en France, on continuera à considérer l'extrême-gauche comme des idéalistes, des "gentils" alors qu'ils ressemblent trait pour trait à ceux-là.
Liberte5
- 20/04/2015 - 17:35
Il en va ainsi......
des régimes communistes. Ils finissent totalitaires.
Benvoyons
- 20/04/2015 - 11:03
En fait cela prouve le mode de fonctionnement du FDG Français
et aussi du système FN qui est du même acabits dans les droits de l'homme comme de l'économie. La seule différence est la chevelure noire d'un côté et blonde de l'autre.