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De la troisième à la quatrième génération de Juifs après Auschwitz : pourquoi la Shoah n’intéresse plus
Publié le 18 avril 2015
Ce bref essai éclaire avec intelligence ce qu'est en train de vivre la quatrième génération de Juifs après Auschwitz. Extrait de "La Shoah de Monsieur Durand", de Nathalie Skowronek (petite-fille de déporté), publié aux éditions Gallimard (1/2).
Nathalie Skowronek est une écrivain belge née en 1973 qui vit à Bruxelles. Elle collabore à différents projets éditoriaux et a notamment dirigé la collection La Plume & le Pinceau pour les éditions Complexe. Son roman, Karen et moi raconte la...
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Nathalie Skowronek est une écrivain belge née en 1973 qui vit à Bruxelles. Elle collabore à différents projets éditoriaux et a notamment dirigé la collection La Plume & le Pinceau pour les éditions Complexe. Son roman, Karen et moi raconte la...
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Ce bref essai éclaire avec intelligence ce qu'est en train de vivre la quatrième génération de Juifs après Auschwitz. Extrait de "La Shoah de Monsieur Durand", de Nathalie Skowronek (petite-fille de déporté), publié aux éditions Gallimard (1/2).

En 2013, j’ai fait paraître un livre, Max, en apparence. J’y retraçais le parcours de mon grand-père, Max donc, rescapé, non pas d’Auschwitz comme je l’ai longtemps pensé, mais d’un camp annexe construit autour de la mine de Jawischowitz, à dix kilomètres de là. Je racontais comment il s’était caché, puis comment il avait été pris et déporté. Il avait vingt ans. Je me le figurais, à la façon de Primo Levi, transformé en bête de somme comme les chiens de traîneaux agonisant dans la neige des livres de Jack London ; je l’imaginais errant à la recherche de Paula, sa première épouse arrêtée six semaines avant lui, ce qui n’avait pas été sans lien avec l’imprudence qui l’avait jeté dans la gueule du loup. En vérité, je n’étais sûre de rien. Je m’intéressais autant à lui qu’à l’impact qu’avait eu sa vie sur nos propres vies. Je me demandais comment cette histoire, celle-là et celle de milliers d’autres avaient glissé jusqu’à nous. Pour avancer, je m’appuyais sur des témoignages lus ou entendus ailleurs, je dépouillais les archives, je formulais des hypothèses, je menais l’enquête. Mon point de départ était cet homme que j’avais observé durant mon enfance puis mon adolescence mais aucune des pièces du puzzle ne semblait s’emboîter. Je le rejoignais régulièrement à Berlin-Ouest, dans cette ville qu’il avait choisie après un mariage éclair à Liège, le temps que naisse ma mère et qu’échouent les tentatives d’une possible vie de famille ; il s’était fondu dans l’Allemagne d’après-guerre comme si elle était son pays, y montant une aff aire d’import- export, apparemment un trafic douteux de marchandises circulant par-delà le Mur. À regarder mon grand-père de Bruxelles (ma ville), de Liège (la ville d’enfance de ma mère), des deux Berlin (les territoires ennemis), de Marbella (où il invitait ses amis allemands dans sa maison de vacances), de Tel-Aviv (l’endroit où il a été enterré après une première inhumation), ou de Jawischowitz (le lieu tabou, jamais revu, jamais nommé), ce n’était pas le même homme qui apparaissait. Je peinais à faire le lien entre les différentes vies, les différents masques, rien n’était constant, si ce n’est ce numéro tatoué sur l’avant-bras, le matricule témoignant de son passage par Auschwitz, dont j’avais lu la combinaison des milliers de fois et qui, à présent, vingt ans après sa mort, malgré mes efforts pour le sauver de l’oubli, n’était plus qu’une ombre brouillée.

Le livre parut et je compris qu’il arrivait trop tard. La Shoah n’intéressait plus, du moins plus sous sa forme classique, officielle, on était passé à autre chose. Un cap avait été franchi, sans moi. Mon livre resterait de l’autre côté. La seule évocation d’Auschwitz suffisait à classer l’affaire. Ça on connaît. Ça on a lu. Deuxième étagère. Rayon Shoah. Troisième génération. Rejoignez vos camarades. Je compris que ce qui était dit ne serait plus reçu. Le problème était réglé, il s’achevait avec la mort des derniers survivants et sa conséquence : des auditoires de plus en plus clairsemés. On avait fait le tour de la question, le tour de la mémoire, il y avait une façon de dire, une façon d’entendre, ce qu’on y ajouterait ne serait plus que paroles superflues.

C’est une sensation bizarre. Une réorganisation de valeurs et d’espaces. L’avant-plan devient arrière-plan, on dézoome sur ce qui, jusqu’alors, se trouvait au coeur de nos esprits. L’entreprise de désacralisation avait commencé, et je ne m’en étais pas rendu compte. Concentrée sur mon cadrage, obnubilée par les visions dévorantes de la Shoah, je continuais d’apporter ma pierre à l’édifice, quand d’autres étaient déjà occupés à le démonter. Erreur de synchronisation. Je n’avais rien vu venir.

Extrait de "La Shoah de Monsieur Durand", de Nathalie Skowronek (petite-fille de déporté), publié aux éditions Gallimard, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 

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Anguerrand
- 18/04/2015 - 17:47
L'usure du trop de Shoah
Il ne se passe pas une journée sans que cette horreur que fut la Shoah, nous soit seriner. Dans le monde entier il y a eu des massacres tout aussi horribles et dont personne ne parle, les Pol Pot, le communisme ( 100 millions de morts), le génocide arménien, etc. Il n'y a pas de massacres plus horribles de que d'autre. Alors ou l'on accepte de passer l'éponge une bonne fois pour toute et l'on regarde l'avenir ou l'on commémore TOUS les morts de la même façon.