En direct
Best of
Best of du 21 au 27 novembre
En direct
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Karine Le Marchand & Stéphane Plaza s’installent ensemble (elle pète, il ronfle); Jalil & Laeticia Hallyday aussi (mais sont moins bruyants); Yannick Noah retrouve l’amour; Geneviève de Fontenay : petite retraite mais grosse dent (contre Sylvie Tellier)

02.

Des chercheurs ont découvert des dizaines de milliers (!) de dessins vieux de 12.500 ans dans la forêt amazonienne

03.

Vous subodoriez que Grigny n’était plus en France : Gabriel Attal l’a confirmé

04.

Le Covid-19 est en train de transformer profondément l'Asie et voilà comment

05.

Monstres sacrés : Alain Delon, l’éternel enfant blessé

06.

Elections américaines : derrière les suspicions de fraude, une lutte totale opposant "Patriotes" et "mondialistes" à l'échelle occidentale?

07.

Violences et police : quand la droite confond l'ordre et les libertés et se tire une balle dans le pied (électoral)

01.

Le veganisme bon pour la santé ? Pas pour les os en tous cas, une large étude révèle un risque nettement supérieur de fracture

02.

PSG-LEIPZIG : 1-0 Les Parisiens préservent leurs chances en remportant une victoire inquiétante

03.

Elon Musk est devenu le 2ème homme le plus riche au monde et voilà pourquoi la France aurait singulièrement besoin de s'en inspirer

04.

Migrants de la place de la République : "damned if you do, damned if you don't"

05.

Elections américaines : derrière les suspicions de fraude, une lutte totale opposant "Patriotes" et "mondialistes" à l'échelle occidentale?

06.

Qui a peur de Jean-Michel Blanquer ?

01.

Immigration : les dernières statistiques révèlent l'ampleur des flux vers la France. Mais qui saurait les contrôler ?

02.

Covid-19 : Emmanuel Macron annonce enfin (et sans en avoir l’air) un changement de stratégie

03.

Elon Musk est devenu le 2ème homme le plus riche au monde et voilà pourquoi la France aurait singulièrement besoin de s'en inspirer

04.

Violences et police : quand la droite confond l'ordre et les libertés et se tire une balle dans le pied (électoral)

05.

Filmés en train de violenter un producteur de musique dans l'entrée d'un studio 3 policiers parisiens (qui l'ont accusé, à tort, de rébellion) suspendus

06.

Migrants de la place de la République : "damned if you do, damned if you don't"

ça vient d'être publié
light > Histoire
Incroyable
Des chercheurs ont découvert des dizaines de milliers (!) de dessins vieux de 12.500 ans dans la forêt amazonienne
il y a 14 heures 31 min
pépite vidéo > Sport
Plus de peur que de mal
Formule 1 : Romain Grosjean miraculé après un accident très impressionnant
il y a 15 heures 15 min
pépites > Santé
Sceptiques
Covid-19 : une majorité des Français n'ont pas l'intention de se faire vacciner
il y a 17 heures 43 min
pépite vidéo > Société
Casseurs
Manifestations contre les violences policières : des dégâts à Paris
il y a 18 heures 27 min
light > Culture
Mort d'un géant
L'acteur David Prowse, qui avait incarné Dark Vador, est décédé
il y a 19 heures 19 min
décryptage > Culture
Atlantico Litterati

Oscar Wilde ou l’art avant tout

il y a 20 heures 34 min
décryptage > International
A qui profite le crime ?

Assassinat du scientifique iranien, piège de dernière heure tendue à Téhéran

il y a 20 heures 57 min
décryptage > International
Pardon présidentiel

Pourquoi Donald Trump a eu raison de gracier son ancien conseiller à la sécurité nationale

il y a 21 heures 9 min
décryptage > Santé
Vecteur

Pourquoi les virus frappent-ils plus certains continents que d'autres ? Une étude sur Zika donne des indices

il y a 21 heures 32 min
décryptage > France
Munich 1938 ? Non, Munich 2020 !

Vous subodoriez que Grigny n’était plus en France : Gabriel Attal l’a confirmé

il y a 21 heures 50 min
pépite vidéo > France
Heurts
Manifestation : les images très violentes d'un policier tabassé par plusieurs manifestants
il y a 14 heures 56 min
pépites > France
Défense
Pour le directeur général de la Police nationale, "la police est un reflet de la société"
il y a 16 heures 25 min
rendez-vous > Science
Atlantico Sciences
L'origine de l'énergie des étoiles confirmée grâce aux neutrinos de Borexino ; Gravité quantique : l'écume de l'espace-temps, une clé du Big Bang au vivant ?
il y a 17 heures 58 min
light > Media
Disparition
Le journaliste Jean-Louis Servan-Schreiber est mort
il y a 18 heures 55 min
pépites > Religion
Distanciation
Messes : le Conseil d'Etat casse la règle des trente fidèles maximum
il y a 19 heures 53 min
décryptage > Politique
Partis des libertés

Violences et police : quand la droite confond l'ordre et les libertés et se tire une balle dans le pied (électoral)

il y a 20 heures 50 min
décryptage > Economie
La crise qui vient

La bourse est-elle trop optimiste ?

il y a 21 heures 3 min
décryptage > International
Etatisme

Le Covid-19 est en train de transformer profondément l'Asie et voilà comment

il y a 21 heures 24 min
rendez-vous > Environnement
Atlantico Green
Si vous voulez vraiment faire des achats respectueux de l'environnement, il ne faudra pas vous contenter de lire les étiquettes des produits en rayon. Petits conseils pour y voir plus vert
il y a 21 heures 42 min
décryptage > Société
Big tech

Pourquoi il devient urgent de sauver nos démocraties de la technologie

il y a 21 heures 54 min
© Reuters
Les USA ont discrètement pillé et déstructuré Alcatel.
© Reuters
Les USA ont discrètement pillé et déstructuré Alcatel.
Au voleur !

Comment les États-Unis ont discrètement pillé et déstructuré Alcatel

Publié le 22 avril 2015
La fusion annoncée Alcatel-Lucent avec Nokia ne risque pas d’aboutir à un géant "européen" des télécommunications. L’entreprise est en effet quasi américaine, depuis qu’elle a été contrainte dés 2006 ; pour pouvoir fusionner avec son concurrent nord-américain "Lucent" ; d’ouvrir toutes grandes ses portes à la puissante NSA. Autrement dit, les grandes oreilles inquisitrices des Etats-Unis en matière d’interception planétaire des télécommunications. Chronique d’un pillage en règle d’un fleuron de la technologie, et d’une industrie française.
Franck DeCloquement
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Franck DeCloquement est praticien et expert en intelligence économique et stratégique (IES). Membre du CEPS (Centre d'Etude et Prospective Stratégique), de la CyberTaskForce et membre fondateur du Cercle K2, il est en outre professeur à l'IRIS (Institut...
Voir la bio
Antoine Dreyfus
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Antoine Dreyfus est journaliste indépendant. Il est l'auteur de Les fils d’Al Qaida, (Cherche-Midi, 2006). Ancien grand reporter à VSD, il a couvert les évènements du 11 Septembre et ses suites (traque de Ben Laden, guerre en Afghanistan, etc). Il...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
La fusion annoncée Alcatel-Lucent avec Nokia ne risque pas d’aboutir à un géant "européen" des télécommunications. L’entreprise est en effet quasi américaine, depuis qu’elle a été contrainte dés 2006 ; pour pouvoir fusionner avec son concurrent nord-américain "Lucent" ; d’ouvrir toutes grandes ses portes à la puissante NSA. Autrement dit, les grandes oreilles inquisitrices des Etats-Unis en matière d’interception planétaire des télécommunications. Chronique d’un pillage en règle d’un fleuron de la technologie, et d’une industrie française.

Divulguée à grands renforts de trompettes et de tambours, cette nouvelle fusion du géant Nokia avec Alcatel-Lucent a donné lieu à de jolis épanchements lyriques dans les médias français, et à la diffusion de subtils éléments de langage, dont ceux de Michel Combes, le dernier directeur général d’Alcatel-Lucent. Visiblement enthousiaste, celui-ci a d’ailleurs déclaré officiellement que : "Le rapprochement de Nokia et d’Alcatel-Lucent offrira une occasion unique de créer un champion européen et un leader global dans l’accès très haut-débit, les réseaux IP et les applications cloud (…) Ce rapprochement arrive au bon moment pour renforcer l'industrie européenne de haute technologie".

Pourtant, son poste ne devrait pas survivre à ce rapprochement, comme il l’a lui même confirmé sur les antennes de France Info. Son positionnement actuel s’apparente d’avantage à celui d’un "manager de transition", maintenu temporairement à son poste pour faciliter la fusion avec Nokia, rassurer les troupes en interne et distiller les éléments de langage adéquats aux audiences cibles. Cependant, tout laisse à penser que l’on réitère aujourd’hui le même scénario de fusion qu’en 2006…

 

De son côté, Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie chante également les louanges de cette fusion opportune, qui lui apparaît comme une chance indéniable, et arrivant à point nommé : "C’est une bonne opération pour Alcatel-Lucent" a-t-il déclaré "parce que c’est une opération d’avenir, parce que nous construisons, avec ce rapprochement, la reconquête d’Alcatel-Lucent qui était une entreprise en très grande difficulté il y a deux ans".

 

Le ministre s’exprimait à l’issue d’une rencontre organisée à l’Elysée, entre François Hollande et les dirigeants des deux groupes, le PDG de Nokia, Rajeev Suri, et le directeur général d’Alcatel-Lucent, Michel Combes. "Ce rapprochement permettra de créer un champion européen et de concurrencer les groupes chinois", a-t-il ajouté sans ambages. Le décor est donc planté. Quand on sait qu’Alcatel-Lucent dispose d’une organisation en Chine basée à Shanghai (ASB : "Alcatel-Shanghai-Bell"), on réalise aussi que la plupart des salariés, qui ont été formés depuis presque deux décennies dans le cadre de transfert de production et de technologie, ont rejoint Huawei ou ZTE (les deux groupes chinois concurrents d’Alcatel-Lucent), en s’impliquant dans la mise en pratique des compétences acquises et développées chez ASB. Alcatel-Shanghai-Bell présumée être aussi pour les spécialistes, l’antichambre de l’émergence des groupes Chinois…

 

 

Qu’en est-il vraiment ? Ces propos laissent parfaitement dubitatif l’observateur averti ainsi que les milliers d’anciens salariés et cadres dirigeants du groupe, qui ont durement fait les frais de la fusion aux forceps de 2006, et des plans sociaux en cascade. Rapprochement entre "Alcatel" et "Lucent" qui promettait lui aussi à cette époque de voir émerger un géant des télécoms à l’échelle internationale, avec sur le papier, une grande complémentarité sur leurs marchés respectifs. En 2006 donc, les Américains prennent le pouvoir à tous les niveaux de l’entreprise, et imposent à Alcatel leur modèle industriel importé en droite ligne de Lucent. Le "fabless"autrement-dit, le concept alléchant de "l’entreprise sans usine"… Résultat immédiat, et ce malgré certaines résistances en France, le groupe perd de l’argent et impose chez les sceptiques, sa notoriété "d’ONG" des télécoms… L’affaire est très mal engagée et le groupe frôle la faillite à plusieurs reprises.

 

Il a y chez les Américains une longue tradition d’accaparements insidieux des concurrents à forts potentiels technologiques ; et un savoir faire certain en la matière ; dans le cadre d’une stratégie de puissance parfaitement organisée et orchestré. Le cas de GEMPLUS est resté dans les annales comme l’un des modèles du genre. Ainsi, on retrouve très souvent à la manœuvre, l’action conjointe des multinationales américaines en demande de croissance externe, les agences du renseignement, le Département d’Etat, ainsi que celui du Commerce. Et ceci est d’autant plus frappant, lorsqu’une problématique industrielle sensible ou une technologie émergente d’importance vitale, touche aux intérêts essentiels ou stratégiques de la nation, obligeant à une réaction rapide. Dès lors, il devient prioritaire de se l’accaparer à tout prix, pour conserver le leadership.

 

En conséquence, Alcatel ; ce fleuron industriel français affaibli ; est victime depuis les années 90 d’une très lente et progressive agonie, que des milliers de salariés ont vécu comme une véritable descente aux enfers. De leader mondial des télécommunications, cette ex-entité de la Compagnie Générale Electrique (CGE), n’est aujourd’hui plus que l’ombre d’elle-même. Par le truchement de cette opération capitalistique initiale, les Etats-Unis se sont appropriés au fur et à mesure – et fort discrètement – les technologies françaises et les brevets contigus qu’ils convoitaient. Bien plus encore, mettre la main sur Alcatel c’est aussi l’opportunité d’imposer des familles de produits et des standards dans des pays stratégiques pour les Etats-Unis, comme au Moyen Orient. Par exemple. La première guerre d’Irak ayant indubitablement démontrée la force du réseau des télécoms d’Alcatel et l’interopérabilité de ses produits (ex : les produits de technologie de réseau fixe, "A8300" ou "CSN"). Ce que ne permettait pas de son côté, la technologie américaine de Lucent…

 

Dés lors, comment sous de tels auspices cette nouvelle fusion pourrait-elle déboucher sur un "géant européen" et un futur grand champion des télécommunications de taille mondiale, alors que l’entreprise est devenue – chemin faisant – une entité sous influence américaine ? Comment se convaincre dés lors, que deux multinationales en grande difficulté vont pouvoir ainsi concurrencer à armes égales, à la fois les Etats-Unis d’Amérique et la Chine ; sur leur propre terrain ; dans la mesure où la fusion entre Alcatel et Lucent a surtout été profitable à cette dernière ? Comment espérer concurrencer le géant Chinois du secteur, lorsque l’essentiel de la technologie française et des brevets ont d’ores et déjà été captés par l’Amérique, avec l’aide active de son agence de sécurité nationale et la signature imposée d’accords de confidentialité drastiques ? Peut-on sérieusement imaginer que les "Bell-Labs", leurs brevets et tous les chercheurs du groupe détenteurs du prix Nobel, peuvent ainsi basculer dans le giron européen, sans aucunes oppositions des américains ? 

 

Exclusif : l’accord que les salariés d’Alcatel doivent signer

A l’appui de cette démonstration, l’accord de confidentialité que les cadres d’Alcatel doivent signer tous les ans, depuis le "mariage" avec Lucent en 2006. Il s’agit d’un document confidentiel de plusieurs pages, transmis à tous les salariés d’Alcatel-Lucent, au moins une fois l’an. Il est signé Tom Buonanno, Directeur de la Sécurité NSA (National Security Agrement). Un acronyme qui ressemble fortement… à celui de la fameuse "NSA" (National Security Agency), les  célèbres "grandes oreilles" de l’Amérique.

 

En 2006, pour que la fusion soit possible, le CFIUS (Committee on Foreign Investment in the United State) avait dû étudier la prise de contrôle de Lucent par une entreprise française, pour savoir si elle était de nature à porter atteinte à la sécurité nationale des États-Unis d’Amérique. Au terme d’une enquête très minutieuse, menée conjointement avec les agences de renseignement, dont l’inévitable NSA et les ministères présents au sein du Comité, le CFIUS avait proposé un accord de principe au Président des Etats-Unis, Georges Bush, sous réserve que les centres de recherche liés à la défense américaine soient exclus de cette opération. Les centres de recherche, les fameux "Bell Labs", que convoitait Serge Tchuruk, l’ex PDG d’Alcatel, à l’époque. Georges Bush avait donc lié la fusion à la mise en conformité à ces exigences de Sécurité et de Défense. Nous publions ici, en exclusivité, l’accord global et le mail envoyé aux cadres de l’équipementier.

 

Tout accord de business sur les technologies sensibles avec les USA, passe par les fourches caudines de la NSA

A quoi sont tenus les salariés ? En résumé : si vous êtes un employé d’Alcatel et que vous ayez à travailler aux Etats-Unis, ou que vous commercialisiez du matériel aux USA, vous devez impérativement vous signalez à l’officier "NSA", ou vous inscrire sur l’intranet du groupe pour obtenir un agrément en bonne et due forme. Au sein d’Alcatel-Lucent, deux cadres dirigeants, dont Tom Buonanno, sont chargés de faire appliquer le "National Security Agrement", en étroite liaison avec les agences de renseignement US. Et en particulier la NSA (10,8 milliards de budget et au moins 32 000 personnes) chargée des écoutes mondiales et de la surveillance électronique.

 

Pour éviter que la fusion ne capote, Alcatel a du se soumettre rigoureusement à ces nouvelles exigences, toujours en vigueur à ce jour, et à les ratifier chaque année, sous la pression de la hiérarchie. Et ceci, malgré les révélations d’Edward Snowden, l’ex-consultant de la NSA, devenu entre temps "lanceur d’alerte".

 

En octobre dernier, le quotidien Le Monde révélait dans un document daté d’avril 2013, que la NSA s’était intéressée de très près, au cours du mois de janvier 2013, à deux entreprises hexagonales. "Wanadoo" et "Alcatel-Lucent" :

 

Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères avait alors immédiatement convoqué l’ambassadeur américain, pour obtenir des explications.

 

Officiellement, la direction d’Alcatel-Lucent ne commente pas le mail envoyé aux salariés d’Alcatel. Et elle ne trouve rien à redire à cet accord "NSA", qui "restreint l'accès à la propriété intellectuelle et à certaines informations protégées des opérateurs des Etats-Unis dans le but de protéger la propriété intellectuelle ainsi que les informations confidentielles les concernant. Il protège également les informations relatives aux abonnés des opérateurs Américains. Enfin, les informations concernant des clients appartenant au gouvernement des Etats-Unis sont également soumises à des restrictions d'accès et à des règles régissant la manière dont elles doivent être utilisées"…

 

La production est externalisée vers des sous-traitants américains

En interne, ces accords à parapher chaque année sont de plus en plus mal vécus en France, alors que le groupe subit son sixième plan social. Un ex-cadre d’Alcatel, encore soumis à des accords de confidentialité, considère que "tous les ingrédients ont été réunis pour le pillage organisé (…) Ne cédons pas pour autant à la théorie du complot, mais soyons réalistes. Quel est le résultat efficient aujourd’hui ? Des plans de sauvegarde de l’emploi qui s’enchainent à répétition, une stratégie industrielle qui tient plus de l’amateurisme qu’autre chose, un endettement du groupe qui n’a fait que se creuser, et à court terme la fin d’une belle histoire industrielle « made in France" qui avait raté le virage des téléphones mobiles et de la 3G, par l’incompétence visionnaire et stratégique de ses dirigeants successifs. Ceux-là même qui n’ont pas cru, ou voulu croire, aux technologies du futur."

 

Propos amers d’un ex-salarié ? Loin d’être le seul comme le montreront les multiples témoignages recueillis, celui-ci avance une série de changements très étonnants, et opérés par la partie américaine :des objectifs souvent irréalistes et parfois contradictoires assignés aux cadres du groupe, le remplacement des cartes bancaires d’entreprise « BNP Paribas »par des cartes "American Express", le partenariat exclusif avec HP, l’industrialisation et la production des produits de la filiale des câbles sous marins ASN, pour "Alcatel Submarine Network" (activités délocalisées de la ville d’Ormes, vers la ville de Greenwich en Angleterre), le remplacement de tous les ordinateurs du parc informatique par de nouveaux PC de marque Chinoise "Lenovo", l’attribution de l’ensemble des postes stratégiques aux seuls cadres Américains, ou encore l’externalisation quasi systématique des productions vers des sous-traitants américains, en Europe de l’Est et au Mexique. A cela s’ajoute une montée en puissance graduelle des transferts de la recherche et du développement (R&D) et d’industrialisation, vers ASB (la filiale d’Alcatel-Lucent en Chine), conjuguée à un éclatement de la production des produits. Sans compter sur l’incohérence et les contradictions des budgets alloués à la R&D, pour la conception d’un même produit, dans des centres différents (Europe et Etats-Unis). Une concurrence interne qui rajoute des délais, des surcoûts, et ne favorise pas la culture d’entreprise en développant bien au contraire des clivages entre les équipes. Des décisions qui desservent l’entreprise et rendent sa gestion plus lourde, et beaucoup moins compétitive sur ses segments de marchés. Et cela, au détriment de ses concurrents. De surcroît, cela retarde inévitablement le déploiement d’une innovation technologique quand celle-ci est décidée en amont. Qu’en sera t-il avec le nouveau groupe ? Comment seront définis les arbitrages déjà compliqués entre Américain et Français ?

 

Plus surprenant encore, l'administration Bush avait imposé la création d'une nouvelle filiale, LGS  Innovations, qui vient d’être revendue, en avril dernier au fonds d’investissement américain Madison Dearborn, très liée à la Défense, pour 200 millions de dollars. Entité "indépendante", basée à quelques encablures de l’aéroport international de Washington Dulles, perçue comme la "boite noire" du groupe, "LGS Innovations" gérait les contrats avec le gouvernement fédéral et les agences publiques américaines, mais également une bonne partie des projets issus des fameux "Bell Labs". LGS a reconstruit en Afghanistan des infrastructures de télécommunications et, en Irak, les réseaux informatiques des ministères. Parmi les faits remarquables, le conseil d’administration de LGS Innovations était composé de "poids lourds" du renseignement US et de la sécurité nationale : Kenneth Minihan, ex-directeur de la National Security Agency (NSA), Lee Buchanan, ex-sous-secrétaire d'Etat à la Navy, ou encore William Perry, qui fut secrétaire d'Etat à la Défense. Tout ceci est bien connu outre Atlantique : les liens entre le privé et le public sont monnaie courante et le passage d’un univers à l’autre parfaitement commun.

 

Des liens tellement connus et identifiés que les Français d’Alcatel avaient mis en place une sorte de cellule de surveillance. Son nom ? "GSU" pour "Gouvernment Solutions Unit". Ses objectifs ? Officiellement étudier les contrats sensibles dans le domaine de la Défense et de la Sécurité. Officieusement, surveiller ce que les Américains manigançaient avec leurs accords "NSA". A la tête du GSU, Laurent Collet-Billon, parti en 2008 prendre la direction de la DGA (Direction générale de l’armement), Jérôme Bendell, polytechnicien, chargé des partenariats stratégiques, qui est désormais président de Thales Raytheon Systems ou Patrice Erulin, encore dans le groupe Alcatel-Lucent aujourd’hui, vice-président chargé de la Sécurité et la Défense.

 

Le plus remarquable dans cette mise en coupe réglée du groupe français par des spécialistes américains, c’est qu’en fusionnant avec Lucent, cela n’a pas pour autant permis à l’entité industrielle ainsi constituée d’avoir un accès amélioré aux marchés gouvernementaux américains !

 

En 2009, Philippe Camus, ex-bras droit de Jean-Luc Lagardère devenu le président du conseil d’administration d’Alcatel-Lucent, s’en plaindra ouvertement auprès des diplomates américains. Nous avons retrouvé à cet effet un câble diplomatique daté du 1er juillet 2009 sur le site de Wikileaks. Philippe Camus y constate très clairement que les centres de recherche français d’Alcatel ne peuvent pas participer aux appels à projet d’ARPA-E, lancé par Barack Obama sur des technologies propres (enzymes capables de piéger le dioxyde de carbone, technologies de stockage de l'énergie, technologies "green" de communication…). Ce que les diplomates américains reconnaissent sans ambages dans ce câble.

 

Erreurs stratégiques, déficit de vision industrielle, virages manqués de la téléphonie mobile, luttes entre ego démesurés, ratages d’objectifs ?…Tous ces événements ont contribué à l’affaiblissement programmé et la déconfiture progressive d’Alcatel. Avec en prime, son lot de licenciements, de restructurations, de délocalisations d’activités synonyme de perte de compétitivité, et de dommages collatéraux. Car contrairement à ce que peuvent laisser entendre les dernières déclarations en date, la fusion annoncée fera l’objet de plan de sauvegarde de l’emploi qui ne sera pas sans conséquences sur les territoires. En effet, on a très souvent tendance à escamoter les effets collatéraux des fusions, et principalement leurs impacts bien réels sur les sous-traitants, les partenaires industriels et commerciaux qui pâtissent eux aussi de ces plans. Bien souvent, ils sont soumis aux mêmes critères en matière d’emplois - et au régime sec en cas de retournement de tendance - avec toutes les conséquences sociales et les répercussions économiques délétères que cela suppose sur le territoire national, et sur les finances publiques de la France.

 

Toute fusion créée inévitablement des doublons dans les structures entrepreneuriales. Y compris dans la recherche et le développement. Ainsi, et au chapitre des questions : quels seront les produits qui recevront les investissements pour leur développement ? Quid des équipes qui servent ces projets ? Ces produits sont-ils compatibles entre-eux (exemple criant des équipements "3G" Nortel qui n’étaient pas compatible et interchangeable avec la "3G" d’Alcatel, etc.) ? Ceci annoncerait-il alors de fait, la fin programmée de l’un des deux ? La maîtrise des coûts d’industrialisation est essentielle dans toutes les entreprises industrielles. A ce titre, Lucent ne maîtrisait plus les coûts d’industrialisation et de SAV de ses propres produits, laissés entre les mains de ses sous-traitants qui imposaient alors de fait leur propre coût. Au moment de la fusion, les experts industriels d’Alcatel ont découvert avec stupeur, l’absence de maîtrise des processus industriels chez leurs sous-traitants en Europe (Pas ou peu de maîtrise des stocks, et des encours de production / SAV, refacturés à prix d’or à Lucent). En conséquence, leurs valeurs d’exploitation étaient telles, qu’il leur a fallu "poubelliser" en quelque sorte, bon nombre de produits devenus obsolètes ou inutiles…

 

La volonté de mainmise américaine a-t-elle accéléré la chute d’Alcatel ? En France et en interne, ils sont en effet de plus en plus nombreux à le penser…En attendant, le groupe industriel subit son sixième plan social. Une perte sèche de savoir faire dans de très nombreux domaines. A commencer par l’industrie de l’électronique qui perd ainsi l’opportunité de développer et de pérenniser des compétences industrielles stratégiques, d’importance vitale pour le pays. Compétences qui ont pourtant fait l’essor de l’industrie des télécoms en France.

 

Après avoir contribué à développer indirectement les savoirs-faire de la Chine, et à renforcer ses qualifications en matière d’industrialisation, le groupe Alcatel-Lucent a par la même occasion, généré des concurrents très offensifs sur la scène internationale. Et ceci, en transférant sans sourciller durant la décennie  des années 2000,  ses capacités technologiques au bénéfice de son concurrent emblématique au sein des puissances émergentes. Les fameux "BRICS". Il est à noter que bon nombre d’ingénieurs et de techniciens Chinois sont venus se former en France… Ironie du sort, il est désormais vraisemblable dans le futur, que ce seront les techniciens et spécialistes français qui viendront se former cette fois auprès des chinois, sur les métiers de l’industrialisation des produits électroniques, compte tenue de la perte corrélative de savoir faire en France dans l’interstice… Triste réalité.

 

De 58 000 salariés d’Alcatel, et les 30 500 salariés de Lucent d’avant la fusion, il ne restera que 58 000 employés dans le monde après la clôture du plan "Shift", fin 2015.

 

Soit 30 500 emplois détruits…

*

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (6)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Pierre29000
- 17/04/2015 - 10:38
Conserver et valoriser la competence technique
La competence technique cela exclut les postes administratifs, de managers, de finance, de marketing. Or ce sont tous ces postes qui sont valorises, tandis que les techniciens sont meprises, delocalises, sous-traites.
Olivier K.
- 17/04/2015 - 09:06
Le prochain sur la liste c'est airbus DS!!
Cela fait 20 ans que les compétences techniques partent vers l'Allemagne ou l'Angleterre!!! Mais le mécanisme est plus subtil et peut être involontaire. En France les managers sont encouragés à maintenir la compétence tout en réduisant les coups du personnel. Pour y réussir ils laissent disparaître les activités à haute valeur technique dés que ces activités, pour exister, s'appuient sur du personnel ayant une compétence singulière. Cela est logique puisque le transfert de compétence est cher, nécessite une longue formation, le coût salarial des ces activités est nécessairement élevé et le risque de la perdre est très élevé car la compétence ne peut être représenté sous la forme d'un process retranscrit sur papier. Au final on ne fini en France par n'avoir que des équipes d'ingénieur réalisant des taches sans valeur techniques. Et le résultat est que toutes les compétences clef se trouvent maintenant en Allemagne ou en Angleterre!! Un autre cause est qu'il semble que la compétence technique se développe surtout quand elle est proche de l'outil de production... Et la production est aussi partie en Allemagne ou Angleterre!!! Bye Bye Airbus!!
Texas
- 16/04/2015 - 19:26
Quid..
...de Nokia , cette magnifique entreprise Finlandaise qui a raté son évolution vers le Smartphone . Avalée par Microsoft ( encore un coup de la N.S.A ...? ) . Le cas de Gemplus est lui , sans ambiguité , le renseignement americain aura été très efficace . Ce n' est pas une raison pour écrire annales avec un seul N .