En direct
Best of
Best of du 18 au 24 mai 2019
En direct
© Reuters
Les élus locaux ont décidé d'expulser les "zadistes"
Tribune
Et Sivens continuait à naviguer d’absurdités technocratiques en absurdités technocratiques
Publié le 07 mars 2015
Enlisé dans un conflit entre agriculteurs et "zadistes", le barrage de Sivens est surtout l'exemple même des problèmes que posent la décentralisation en France, entre clientélisme et inefficacité économique.
Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Éric Verhaeghe
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Enlisé dans un conflit entre agriculteurs et "zadistes", le barrage de Sivens est surtout l'exemple même des problèmes que posent la décentralisation en France, entre clientélisme et inefficacité économique.

L’affaire du barrage de Sivens vient de se solder comme elle avait commencé : par des mensonges officiels prononcés en toute hypocrisie par des élus locaux qui gouvernent leur terre à la manière des anciens féodaux, c’est-à-dire en toute opacité. Le vote du Conseil général du Tarn, qui s’est prononcé pour l’expulsion des « zadistes », préoccupation de droit public qui est l’apanage de l’Etat, et qui pour le reste prépare avec des gros sabots de paysan cathare la poursuite des travaux, en a donné une nouvelle illustration. La décentralisation, c’est le triomphe de la dette publique, des arrangements de couloirs, des investissements déraisonnables et du clientélisme le plus éhonté.

On a, pour dissimuler ces forfaitures, volontiers présenté l’affaire du barrage de Sivens comme un conflit entre les "productivistes" et les "écologistes". Cette répartition commode, et qui place les partisans du barrage dans l’espace politique occupé par une grande majorité de Français, est en réalité tout à fait trompeuse. Il suffit d’en juger par l’espèce de sympathie diffuse qui règne dans l’opinion pour les contestataires de ces projets (on retrouve le même réflexe pour la ferme des 1 000 vaches ou pour l’aéroport pharaonique de Notre-Dame-des-Landes) : manifestement, les Français sentent bien que ces sujets-là ne se limitent pas à une confrontation aveugle entre deux visions caricaturales du monde.

Et de fait, le projet de barrage en lui-même est l’illustration de l’un des multiples naufrages français auquel nous assistons en ce moment : celui de la décentralisation. Selon le rapport officiel commandé il y a quelques semaines par Ségolène Royal, le barrage concentre plusieurs tares emblématiques de la décentralisation.

Première tare : il repose sur des études truquées ou mal ficelées. Son utilité est surestimée, son financement mal assuré et son impact sous-estimé pour tout ce qui touche à ses défauts, surestimé pour tout ce qui touche à ses avantages. Truquer les raisons d’une décision publique pour mieux la justifier, beaucoup de Français connaissent la musique.

​Deuxième tare : le barrage de Sivens est une absurdité économique. Officiellement, il devrait faciliter l’irrigation de 80 exploitations agricoles. En réalité, il bénéficiera probablement à une quarantaine d’entre elles, pour une dépense nette de 8,5 millions d’euros. Dans ce chiffre global, on ne compte évidemment pas les "externalités négatives" produites par le projet : le coût des forces de l’ordre nécessaires pour réprimer les manifestants, le coût de la pollution induite par les cultures industrialisées, y compris l’impact indirect du projet sur la santé publique, dégradée par les multiples produits chimiques utilisés par les agriculteurs intensifs. 8,5 millions pour 40 exploitations agricoles, c’est une subvention déguisée de plus de 200.000 euros par exploitation. Ce qu’on appelle de l’économie subventionnée ou je ne m’y connais pas.

Troisième tare : il relève de la logique mégalomaniaque à l’œuvre dans les collectivités locales. Le barrage de Sivens représente à lui seul 10% du budget d’investissement du conseil général du Tarn, 10ème département français pour la dette publique (du Conseil Général) par habitant. Pourquoi investir autant pour favoriser une quarantaine d’exploitations agricoles ?

Le Conseil général du Tarn a bien entendu refusé toute délibération démocratique sur ce dossier, en expliquant que le rapport demandé par la ministre était une production de Parisiens incapables de comprendre la profondeur des problèmes albigeois. Forcément, le mal, c’est Paris, et le bien, c’est la province. Le bien, c’est un conseil général qui se livre à des combinazioni totalement opaques, le mal, ce sont des experts qui raisonnent les sujets. Il est tellement plus confortable de confier le destin de la nation à des féodaux qui ruinent leur région en étant sûrs que ces horribles parisiens répareront leurs dégâts et mettront au pot pour financer ces investissements délirants qui consistent à bétonner consciencieusement notre patrimoine naturel pour faire plaisir aux copains.

Manifestement, les élus locaux - et le conseil général du Tarn en donne encore l’exemple - refusent obstinément de comprendre que, 35 ans plus tard, la décentralisation ne peut plus fonctionner sur ces copinages entre hobereaux incompétents et suffisants. Tellement suffisants qu’ils en oublient que les espèces qui ne s’adaptent pas disparaissent.

C’est probablement la leçon à retirer de cette épreuve: la décentralisation n’est plus réformable, elle doit disparaître.

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Rihanna éconduit Neymar, Charlotte Casiraghi & Gad Elmaleh s’ignorent, Anthony & Alain-Fabien Delon se vengent de leur père; Karine Ferri investit lourdement pour son mariage (et invite utile); Johnny Depp : c’est Amber qui l’aurait battu
02.
Il agresse un agriculteur pendant que son épouse filme
03.
LREM, UDI, LR ou abstention ? Petit guide pour ceux qui voudraient (vraiment) voter libéral aux Européennes…
04.
Tensions grandissantes en Algérie : Bouteflika n’est plus là, mais les généraux, si
05.
Ce qui explique la nouvelle vague d'eugénisme
06.
Cannes : Abdellatif Kechiche s'emporte contre la question "imbécile" et "malsaine" d'un journaliste
07.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
03.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
04.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
05.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
06.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
01.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
02.
Appel des personnes en situation de handicap ou familles concernées pour sauver Vincent Lambert d’une mort programmée
03.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
04.
Chômage historiquement bas mais travailleurs pauvres : le match Royaume-Uni / Allemagne
05.
Des experts estiment dans un nouveau scénario que la hausse du niveau des océans pourrait dépasser deux mètres d'ici 2100
06.
LREM, UDI, LR ou abstention ? Petit guide pour ceux qui voudraient (vraiment) voter libéral aux Européennes…
Commentaires (12)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
jacques brachat
- 08/03/2015 - 11:24
les petites frappes de l'écologie politique ont encore frappé
A propos de la bagarre du fameux barrage,Yves Thréard dans le Figaro;délaissant la tendancequi consiste à ne pas nommer les choses parle des opposants comme "des adeptes de la lampe à huile qui trainent leur désoeuvrement mais présentés comme militants courageux par Mme Duflot et ses amis"
il est vrai qu'il n'est plus question sans une gueguerre médiatisée de faire un aéroport,un barrage,un troncon d'autoroute,une ligne TGV, un "center park"ou tout autre équipement d'importance sans voir arriver la piétaille (plus ou moins parasitaire)de ceux que FO Giesbert appelle "les petites frappes de l'écologie politique"mais dont toutefois les médias ne parlent aujourd'hui que pour s'interroger s'ils vont -en force- intégrer le gouvernement!poil aux dents
zen aztec
- 08/03/2015 - 09:00
mouais...
..le procès de la décentralisation est très bien éxécuté,mais vous ne connaissez pas le dossier Mr Verhaeghe,la retenue a le but complémentaire important de réalimenter une petite rivière( le Tescou) que je connais bien et qui est à sec une bonne partie de l'été
winnie
- 08/03/2015 - 07:50
Le probleme,
Vient surtout de l'état qui ne veut pas faire respecter a certains les décisions de justices ( les ZADistes étant les gocho anti fa copains du PS ) et l'état n'obei qu'aux puissants lobies de gauches, les autres eux prennent des coups de matraque et des gaz sans se plaindre aux tribunaux.
Bref l'état n'a pas de couilles pour résumer !