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La Sénatrice (PS) de Paris, Marie-Noëlle Lienemann.
© Reuters
La Sénatrice (PS) de Paris, Marie-Noëlle Lienemann.
Interview

Marie-Noëlle Lienemann : “La montée du FN n’est pas la faute de toute la gauche, mais de François Hollande”

Publié le 13 février 2015
Pour la sénatrice socialiste de Paris, membre du mouvement des frondeurs, François Hollande a trop laissé entendre aux Français qu'il n'y avait d'autre alternative que l'austérité budgétaire et la politique de l'offre. Dès lors, rien d'étonnant selon elle à ce que les citoyens se tournent vers l'extrême droite.
Marie-Noëlle Lienemann
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Marie-Noëlle Lienemann est une femme politique, membre du Parti socialiste et sénateur de Paris.Elle fut notamment députée européenne, ministre déléguée au Logement et au Cadre de vie dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy et secrétaire d’État au...
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Pour la sénatrice socialiste de Paris, membre du mouvement des frondeurs, François Hollande a trop laissé entendre aux Français qu'il n'y avait d'autre alternative que l'austérité budgétaire et la politique de l'offre. Dès lors, rien d'étonnant selon elle à ce que les citoyens se tournent vers l'extrême droite.

Atlantico : François Hollande a estimé  lors de sa conférence de presse jeudi 5 février qu'il ne serait pas candidat à un second mandat si le chômage ne baissait pas, n'excluant de fait pas sa candidature. Vous, à quelles conditions soutiendriez-vous une candidature de François Hollande ?

Marie-Noëlle Lienemann : Je trouve que l'on va bien vite en besogne en considérant que la question de politique intérieure, c'est la future présidentielle. La préoccupation des Français est de savoir si nous sommes en mesure de sortir la France de la crise qu'elle traverse. François Hollande n'est pas candidat, il est président de la République. J'attends des choses du président de la République actuel ici et maintenant. Je suis préoccupée par la poursuite du chômage, la stagnation, voire la baisse du pouvoir d'achat des Français, l'exclusion et la pauvreté. Cela fait plus de deux ans que nous sommes plusieurs à dire que la stratégie économique mise en œuvre n'est pas la bonne. Elle ne permettra pas d'atteindre ses objectifs et elle n'ouvre pas réellement de stratégie progressiste de sortie de crise. Il faut une stratégie européenne qui nous sorte du carcan de l'austérité et des critères du pacte de stabilité. Nous réclamons que la France demande à ses partenaires européens un moratoire sur le pacte de stabilité. Nous avons besoin d'une France qui prenne des initiatives européennes pour tenir tête à Angela Merkel. L’élection de Syriza en Grèce, la montée des partis anti-européens lors des élections européennes sont autant d’alertes qui devraient pousser la France à taper du poing sur la table pour exiger une réorientation. Cela ne veut pas dire pour autant qu'il n'y a pas de marge de manœuvre immédiate en France. Nous, nous pensons que le Pacte de responsabilité, le CICE, les 50 milliards d'économies sur la dépense publique sont à rebours de la politique de relance qu'il faut mener. Qu'on ait besoin d'aider les entreprises, notamment le secteur industriel et le secteur exportateur pour les aider à doper leur mutation, leur modernisation, leur capacité à monter en gamme, oui. Mais des aides indifférenciées, non conditionnées, qui touchent des secteurs qui n'en n'ont pas besoin comme la grande distribution ? Nous ne sommes pas d'accord. 

Vos attentes vis-à-vis du Président "ici et maintenant" ne sont donc pas satisfaites ?

Non, il ne change pas son cap économico-social. A la limite, on aurait des résultats et des tendances significatives qui montreraient que l’aile gauche du parti socialiste s’est trompée, on pourrait revoir notre position. Mais même les experts les plus optimistes qui prétendent soutenir la politique de l'offre ne croient pas que l'on va faire reculer le chômage dans les années à venir. 

François Hollande a reçu le Premier ministre grec Alexis Tsipras et a laissé entendre que s'il n'était pas favorable à une annulation de la dette grecque, il prônait "le dialogue entre la Grèce et les partenaires européens et internationaux". Lorsque l'on connait la colonne vertébrale idéologique du Président, peut-on réellement croire qu'il apportera son soutien à la Grèce ?

Les mots ne suffisent pas à l'étape où nous sommes. Il faut créer un rapport de force politique face à Madame Merkel. Nous considérons que le Pacte de stabilité, ce n'est pas nouveau, depuis le traité d'Amsterdam, nous disons que ce pacte est malthusien pour la croissance. En tout cas, il est inacceptable d'avoir des critères gravés dans le marbre qu'on ne peut faire muter qu'à la marge. Nous sommes en République et en République, il n'y a pas de loi venue du haut. On ne va pas pendant 20 ans appliquer les mêmes critères économiques avec de simples ajustements conjoncturels. Les critères économiques doivent faire partie des grands débats politiques. C'est d'ailleurs pour cela qu'il a toujours été important de parler d'un gouvernement économique. Et pour l'heure, ce pacte est une des raisons de la situation dans laquelle se trouve l'Europe. Nous demandons au président de la République, comme il s'y était engagé, d'être un acteur de la réorientation de l'Union européenne. L’élection de Syriza est une opportunité de réorientation et le président de la République doit la saisir.  On aurait d’ailleurs pu attendre de François Hollande qu'il hausse le ton face à la BCE qui a décidé de ne plus accepter la dette grecque comme garantie. Je suis déçue de ce silence qui est alignement sur Merkel. Stratégiquement, il était en situation de pouvoir faire autre chose.  

L'élection de Syriza a-t-elle sonné la fin de l'euro ?

Non, j'ai été députée européenne et des rodomontades, des grandes menaces, j'en ai vu ! J'attends de voir que l'Allemagne déclenche une crise de la zone euro. Ce n'est pas à elle que cela profitera en premier. C'est pour cela que le président français devrait hausser le ton.

Il faut expliquer à nos amis allemands que le fort peut être un colosse aux pieds d'argile. Et il faut leur rappeler qu'en 1953 la France a accepté d'annuler la dette pour l'intérêt général. Après on nous explique que nous étions en période d’après-guerre. Mais ce n’est pas nous qui avions déclenché la guerre. Ce n'est pas en faisant semblant d'obliger la Grèce à rembourser ses dettes qu’elle le pourra et il est clair qu'il leur faut les moyens de relancer l'activité.

Selon deux sondages réalisés la semaine dernière, à la question "si le premier tour de l'élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, pour qui voteriez-vous", près de 30% des sondés se sont prononcés pour Marine Le Pen. Que traduit le succès grandissant de l'extrême droite, notamment auprès des sympathisants socialiste ? 

A partir du moment où l'on dit aux citoyens qu'il n'y a pas d'alternative, comment voulez-vous qu’ils ne se tournent pas vers l’extrême droite ? Car le Front national (FN) leur semble être la seule alternative qu'ils n'aient pas encore essayée. La gauche portait au départ un discours d'alternative raisonnable. Les 160 engagements du discours du Bourget portaient une réorientation réformiste mais réelle. Aujourd’hui, on explique qu'on ne peut pas le faire : il ne faut pas s'étonner que les électeurs se tournent vers d'autres stratégies.

Faut-il voir dans la montée du FN l’échec de la gauche ? 

Pas de toute la gauche, mais de François Hollande. La preuve c'est qu'il n'a pas réussi à convaincre toute la gauche qu'il n'y avait pas d'autre solution, sinon il aurait toujours la même majorité qu'au début. Or ce n'est pas le cas.

Faut-il y voir un échec du Parti socialiste au pouvoir ?

C'est un échec de tous les partis démocratiques mais en particulier du PS actuellement : du président de la République et du gouvernement.

22 % des ouvriers et employés considèrent que le FN est le parti le plus efficace en matière de justice sociale, plus que toute la gauche réunie (sondage Ifop 19 mai 2014). Quelle offre le Parti socialiste pourrait-il développer pour répondre aux inquiétudes des Français et notamment des catégories populaires de plus en plus tentées par le vote frontiste ?

Justement le congrès du Parti socialiste doit être le moment où les militants sont face à leurs responsabilités. Soit au nom du légitimisme, ils choisiront d’être derrière le Président. Dans ce cas, je redoute les pires dérives pour le pays.  Ou alors nous serons capables d'avoir un congrès, qui sans tout fracasser, envoie un message très net et très clair de la nécessité d'une réorientation économique et sociale et par ailleurs d'une nouvelle dynamique politique en direction du peuple de gauche et donc du rassemblement de la gauche. Mais l'absence d'alternative ne peut que nourrir la montée de l'extrême droite.

Quel rôle spécifique peut jouer l’aile gauche du parti ?

Notre rôle est de faire qu'au sein du Parti socialiste on explique une autre politique dans la filiation de nos valeurs. Et aujourd'hui plus qu'hier dans la filiation de la République. En s'appuyant sur l'idée de République et en même temps sur nos valeurs socialistes. Cela est essentiel et à nous de montrer que cette voie existe, qu'elle est réaliste, qu'on peut la mettre en œuvre. Et ce n'est pas parce qu'un homme  a décidé au sommet, sous la pression de divers lobbies,  de mener une politique, qu'il a nommé la personne la plus marginale au sein du parti (5% aux primaires) comme Premier ministre qu'on doit rester les bras ballants. Notre rôle est de faire des propositions.

Comment récupérer les électeurs qui vous ont déjà échappés ?

En d'autres temps, Nicolas Sarkozy a été capable de récupérer cet électorat parti au Front national mais avec d'autres thèmes que ceux sur lesquels, nous socialistes, devons nous positionner. Il y a une attente sociale dévoyée dans une partie de l'électorat du Front national. C'est à ces électeurs-là que je pense. Je pense aux électeurs du Nord-Pas-de-Calais, aux ouvriers, aux classes populaires, etc. Et il leur faut des signes tangibles comme l'augmentation du salaire minimum, la création d'une dynamique de croissance mais aussi la ré-industrialisation du pays avec des signes majeurs.

Et quel discours développer sur les thématiques identitaires auxquelles cette catégorie de la population est également sensible ? 

La question de l'identité, il y a deux façons de la poser. Soit on la pose sans rétroviseur, soit on pense que l'identité de la France se fonde sur la base de ses projets. Nous pensons qu'il faut donner du sens commun et tangible à l'épopée républicaine. Et la première des choses est de dire qu'on ne subit pas, qu'il n'y a pas qu'une seule politique. Il y a une souveraineté économique à reconquérir, il faut taper du poing sur la table. C'est stupide et grave de privatiser une partie de nos atouts historiques. Au contraire, il faut mettre du capital public dans certaines entreprises pour veiller à ce qu'elles ne se délocalisent pas, de manière à ce qu'on ait une capacité à ne pas subir les grands mouvements de capitaux. Ça c'est de la reconquête économique et la France peut le faire aujourd'hui. 

Deuxième grand sujet dans la République, l’Etat. Et il faut redonner du sens à l'Etat. L'Etat doit être capable d'assurer la sécurité et la justice mais aussi la répartition des services publics sur tout le territoire. L'Etat doit planifier notre avenir et doit être capable de porter des grands projets industriels, éducatifs, d'investissements de structure, etc. Il faut mobiliser le pays autour de grands défis. Il y a dans ce pays des capacités considérables. 

Le troisième volet de la République, c'est l'égalité et cela nous amène à la réforme fiscale, aux salaires des enseignants, etc.

Vous avez demandé le retrait de la loi Macron et vous êtes opposée au pacte de responsabilité. Tout semble vous séparer de la politique menée par Manuel Valls. L'aile gauche du parti a-t-elle encore sa place au Parti socialiste ?

On peut se poser la question de savoir si l'aile droite a sa place. Que Manuel Valls se compte, qu'il dépose sa motion, parce qu'ils font tous du cache-sexe. Que Manuel Valls fasse donc une motion avec sa politique de l'offre, on verra combien il fait. Je pense que le Premier ministre n'est pas politiquement majoritaire. Ils vont essayer de jouer l'ambiguïté, le légitimisme, la peur de l'instabilité politique pour faire accepter des choses que les gens n'ont pas envie d'accepter mais cela se retournera vite contre nous. Et là ce sera toute la gauche et l'ensemble des Français qui en pâtiront.  Manuel Valls est minoritaire et il est aberrant que la personne la plus minoritaire au sein du Parti socialiste soit Premier ministre. Si en plus il avait le soutien des forces de gauche : non seulement minoritaire au PS, il n'a pas le soutien des autres forces de gauche.

Nous voulons réorienter stratégiquement la politique qui est menée. Ce n'est pas contester le Président, c'est un appel que nous lui faisons. Et pour l'instant, à chaque fois qu'il a eu l'opportunité d'une réorientation, il ne l'a pas saisie. 

Propos recueillis par Carole Dieterich

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (20)
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Fran6
- 08/03/2015 - 23:05
encore!!
avec les socialistes, c'est toujours la faute des autres, là, c'est Merkel, mais pour moi, c'est l'UMPS qui refuse de réformer ce pays et donc, demain, faudra les forcer, cela sera la peur du FN ou sinon, la rue...
crobard007
- 09/02/2015 - 00:53
Impressinnant....
et affligeant de bêtise, l'idéologie rance et inadaptée au monde actuel, mais elle en fout, elle glande au sénat, et c'est décidé, Mamie NOVA n'aime pas FLAMBY!
de20
- 08/02/2015 - 22:38
Quitte à vouloir nous foutre
Quitte à vouloir nous foutre à poil qu elle aille prendre des cours de streap tease. Avec un peu de chance elle tombera pour faute.