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La vérité sur les hommes de plus en plus nombreux qui consultent pour une addiction au sexe
Publié le 09 février 2015
Si l'addiction sexuelle se fait sans ingérence de drogues, il y a une forte consommation de films pornographiques, d'escort girl et la personne addict se masturbe de nombreuses fois par jour. Ce type de dépendance va croissant et concerne surtout les hommes
Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles...
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Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles...
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Si l'addiction sexuelle se fait sans ingérence de drogues, il y a une forte consommation de films pornographiques, d'escort girl et la personne addict se masturbe de nombreuses fois par jour. Ce type de dépendance va croissant et concerne surtout les hommes

Atlantico : Si la littérature et le cinéma se sont déjà emparés du sujet, que sait-on aujourd'hui des addictions au sexe ?

Michelle Boiron : Le terme d’"addiction sexuelle" a été difficile à admettre et n’est toujours pas entériné par les scientifiques et encore moins reconnu par la psychanalyse. De quoi s’agit-il ? Traditionnellement l’addiction suppose  une dépendance vis-à-vis d’un produit, plutôt que d’une activité, même si l’on pouvait déjà parler d’addiction au jeu. C’est donc une addiction sans drogue ingérée. En revanche l’addict sexuel consomme : ce sont  notamment des films pornographiques de manières compulsives et répétitives, des escorts girls/boys, et/ou en plus des hommes ou des femmes qui sont devenus "objets" et non plus "sujets", ou et encore se masturbent de nombreuses fois par jour. Leur sexe devenu objet est détaché de leur propre corps. Ils sont agis par des pulsions et en perte de contrôle.

En matière d’addiction sans drogue, se pose bien sûr la question entre le normal et le pathologique, des déterminants sociologiques et culturels des troubles, autant que leurs assises biologiques. Ce qui signe l’addiction c’est la perte de la liberté de s’abstenir d’une part et d’autre part la perte de plaisir et enfin la souffrance ressentie. En effet la pratique sexuelle dans un premier temps va procurer du plaisir de la jouissance et une très forte émotion. Si cela se produit au moment d’un mal être ou d’une angoisse latente, le sujet va vouloir reproduire l’acte qui lui procure plaisir et apaisement. Mais là où jouir pourrait être du plaisir, une certaine jouissance, l’acte est dévié pour panser les plaies du corps et celle de l’âme. Le bien être initial recherché va disparaitre pour laisser place à une exigence d’excitation. Il va crescendo, conduire le sujet vers une hypersexualité, une errance érotique, où rien ne l’apaisera plus. La désocialisation n’est plus loin.

En consultations voyez-vous de plus en plus de personnes de plaignant de telles addictions ?

En effet les demandes de consultations pour addictions sexuelles sont nombreuses et en augmentation. Il y a des services à l’hôpital exclusivement consacrés à cette forme d’addiction. Les patients consultent parfois en ayant posé eux même le diagnostic ; parfois à tort. C’est assez intéressant de voir l’intérêt porté au concept d’addiction sexuelle depuis l’incident d’un politique qui s’est fait "prendre" par la loi. On peut penser qu’une certaine identification à ce personnage c’est propagé côté masculin. Tout se passe comme si on était passé de "l’obsédé sexuel"  au malade "addict sexuel" qui lui est victime d’une pathologie.

Ce n’est pas sans rappeler le passage du terme de l’ivrogne à celui de "malade alcoolique" qui a été prononcé par Magnus Huss en 1849 pour la première fois. Il n’est rentré dans les esprits que beaucoup plus tard !

Le premier qui a parlé d’addiction sexuelle c’est un membre des alcooliques anonymes en 1970 à Boston. Le premier qui a rédigé un livre c’est Patrick Carnes en 1980. Ce n’est donc pas récent.

Une fois le comportement nommé et surtout qualifié de maladie on peut enfin la traiter. La reconnaissance du monde médical de l’addiction sexuelle est une chose la reconnaissance par la personne addict de sa pathologie en est une autre. Il est dans le déni : "demain j’arrête…" La reconnaissance de l’addiction est le premier pas vers la voie de la guérison.

Il est tellement difficile d’admettre la perte de contrôle de ses actes à fortiori quand il s’agit de sexualité qu’il me semble que parfois on met trop l’accent sur le côté violation de la loi à cause de la consommation excessive et de la perte de contrôle et pas assez sur le côté pathologique de la conduite dite hyper sexualisée et l’addiction. Difficile parfois de juger même si le test de dépistage de Carnes est un outil fiable ; encore faudrait-il s’y soumettre. Joyce Mac Dougal 1991 parle de "néosexualité" en l’absence de consensus la recherche se poursuit. 

Comment expliquer une telle recrudescence ?

L’addiction sexuelle, maladie emblématique du XXIème sexe arrive dans un climat où la norme est explosée chahutée, sans limite. Du : "il est interdit d’interdire" de la libération sexuelle l’addiction nous questionne sur la liberté. En effet quand on est addict on n’est plus libre. L’addiction au sexe est un phénomène qui a pris de l’ampleur récemment et qui devient un motif fréquent de consultations. L’influence des images pornographiques sur Internet visionnées par des enfants précocement est l’un des éléments responsable de l’accroissement de ces conduites addictives. La passivité face à l’image pornographique souvent violente et l’absence de maturité ne permet pas une médiation langagière et symbolique. Elle fait courir aux jeunes enfants, aux adolescents un danger certain, aggravé par le manque de distance face à ses images effractantes. Certains le contestent en pensant que l’adolescent possède un "pare excitation" capable de gérer le trouble. L’abolition de l’écart spectateur/image met celui qui regarde en situation d’impuissance. Il perd sa capacité de symboliser de penser de juger que ce n’est pas cela la vie sexuelle.

Pour les adultes, à l’évidence tous ceux qui ont regardé des films pornos ne sont pas devenus des addicts ! Seuls certains être fragiles risquent d’être entrainés vers cet état de dépendance qui caractérise l’addiction. Il y a souvent associé à l’addiction des troubles anxieux, des troubles de l’humeur, une dépression larvée. En tous cas le produit consommé ou ingéré est comme un médicament qui apaise le sujet au début. L’effet produit dans le cerveau lors de la première consommation est déterminante ; la première rencontre avec le produit est différente selon les individus et peut laisser des traces physiologiques qui feront pour certains le lit de l’addiction alors que pour d’autre cela restera une conduite de plaisir. L’addiction est aussi une maladie du système de récompense lié notamment aux endorphines.

Les hommes sont-ils plus concernés que les femmes ?

A l’évidence les hommes sont d’avantage concernés par l’addiction sexuelle. Ils se font souvent "choper" par l’image pornographique sur Internet car l’excitation de l’homme est d’avantage déclenchée sur un mode visuel que celle de la femme.  

La nouvelle donne homme/femme dans la relation notamment sexuelle joue aussi un rôle. En effet la femme jusqu’il n’y a pas si longtemps était dans la soumission se met à revendiquer la jouissance. Ainsi, elle place l’homme dans une injonction de lui procurer un orgasme et donc d’être performant à tous les coups !

Ces exigences nouvelles imposées à l’homme conduisent certains à de nouveaux comportements : ils se refusent ; ils sont fatigués ; ils ont mal à la tête et parfois même mal au ventre ! C’est pourquoi quelques fois ils prennent la solution du petit film porno le soir même en ayant une partenaire. Certains aussi après s’être fait quitter peuvent avoir recours à ce biais pour se satisfaire. Pourquoi pas ? Mais, juste à consommer avec modération selon sa fragilité et son risque de dépendance ! N’est pas addict qui veut !

Les femmes ont changé, les hommes se sont adaptés. Mais où sont passés nos héros à la James Bond ? Aujourd’hui on a The Mentalist. C’est une série TV incarné par Gregory House, infiniment sexy mais qui ne se sert pas de son sexe ! Il diffère l’acte…Et crée ainsi la frustration.

S'agit-il toujours de réelles addictions ou certains patients se cachent-ils derrière la pathologie pour justifier leur comportement ?

En effet du faux diagnostic porté lui-même par le patient à l’abus de diagnostic qui leur sert d’alibi il n’y a parfois qu’un pas. On peut en effet constater que certains hommes qui se sont fait "choper" par leur partenaire en flagrant délit de consommations porno, club de rencontres ou encore d’une liaison avouent d’un bloc toutes leurs dérives sous le label : "addiction sexuelle". Il semblerait que c’est moins grave qu’un "adultère". Il provoque moins de colère, moins de sentiment de trahison. Ils auraient agi sous l’effet d’une pulsion irrépressible (pas leur faute) ! C’est un biais qui leur vaut la compassion du partenaire puisqu’ils sont victimes d’une maladie qui les conduit à multiplier les relations et les comportements sexuels en tous genres. Même pas coupables !

C’est aussi une façon de demander de l’aide à la partenaire. Une manière aussi de se dédouaner et mettre l’autre dans une situation particulière d’impuissance et de sidération car elle était loin de se douter de tout cela ! A peine quelques soupçons.

En revanche, ceux qui sont diagnostiqués addict sexuel parce qu’ils ont confié leur trouble à un professionnel et l’admettent,  ils peuvent en général compter sur le soutien de leur partenaire.  S’ils sont encore en couple au moment de la prise de conscience de leur dérive.

En cas d'addiction avérée, peut-on "se sevrer" et comment ? Est-ce plus ou moins difficile relativement à d'autres addictions ?

Pour que la pathologie addiction sexuelle soit avérée, c’est l’objet de nombreux tests pour ne pas la confondre avec une hyper sexualité ou une déviance, une conduite paraphilie telle que fétichisme, exhibitionnisme pédophilie…

Une fois le diagnostic posé il est recommandé d’avoir une approche pluri-disciplinaire. Selon les sujets on peut proposer des thérapies comportementales, des groupes de paroles, l’équivalent des Alcooliques anonymes, une thérapie. La thérapie de couple peut être une bonne indication pour aider le couple à surmonter cette épreuve. Tout le monde ne vit pas avec un addict sexuel. Le choix du partenaire n’est pas "que" le fruit du hasard et la question de la rencontre de ces deux-là reste entière. Le couple c’est toujours 50/50 quel que soit le symptôme à traiter.

Le sevrage n’est pas une indication car on ne peut supprimer l’activité sexuelle.  L’abstinence n’est pas proposée contrairement aux autres addictions alcool drogues…

Internet et la facilité d’accès en un clic à la pornographie à sa part de responsabilité dans ces conduites addictives. En effet elle donne les clés pour rentrer dans ce monde virtuel mais pas les clés pour en sortir ! Il est donc important de réfléchir à la prévention pour éviter de telles dérives.

Pour l’addict sexuel il est question de sortir de la machine à créer du besoin et retrouver une sexualité dans une vraie relation sexuelle avec un sujet.  On peut donc recommander à tous ceux qui sont à risque de maintenir une certaine vigilance avec le monde porno virtuel.  

Il me semble intéressant pour terminer mon propos de citer Freud par cette phrase révélatrice d’une pensée ébauchée il y a un siècle : "J’en suis venu à croire que la masturbation est la seule grande habitude, le seul besoin primitif et que les autres appétits, tel les besoins d’alcool, morphine tabac, n’en sont que les substituts, les produits de remplacements".

Propos recueillis par Carole Dieterich

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bjorn borg
- 09/02/2015 - 13:55
Bof
Vous savez Madame, moi le sexe j'en suis revenu. J'en ai fait tout le tour peut-être trop vite. Et puis, faire le tour du sexe, c'est pas bien long si?