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Comment gagne-t-on une guerre qui n’est pas territorialisée ?
Stratégie

La France face à l’islamisme radical : comment gagne-t-on une guerre qui n’est pas territorialisée ?

Publié le 23 janvier 2015
Les autorités françaises n'hésitent plus à utiliser le mot de "guerre" pour parler de la lutte contre l'islamisme radical. Cependant, le conflit armé "traditionnel" évoque souvent l'idée d'une opposition sur un territoire défini. Les stratégies face à un ennemi tel que les terroristes qui ont frappé la France appellent d'autres réponses.
Christian Malis est spécialiste de stratégie militaire. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, docteur en histoire, il est notamment l'auteur de Guerre et stratégie au XXIe siècle chez Fayard. 
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Christian Malis
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Christian Malis est spécialiste de stratégie militaire. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, docteur en histoire, il est notamment l'auteur de Guerre et stratégie au XXIe siècle chez Fayard. 
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Les autorités françaises n'hésitent plus à utiliser le mot de "guerre" pour parler de la lutte contre l'islamisme radical. Cependant, le conflit armé "traditionnel" évoque souvent l'idée d'une opposition sur un territoire défini. Les stratégies face à un ennemi tel que les terroristes qui ont frappé la France appellent d'autres réponses.

Atlantico : Selon le Premier ministre Manuel Valls, la France est en guerre contre l'islamisme radical. Comment mener dès lors "cetteguerre" face à une entité déterritorialisée, avec les moyens que nous avons, mais aussi nos contraintes, pour optimiser rapidementnotre réponse militaire face à la menace ?

Christian Malis : Comprenons  d’abord  que  nous  avons  affaire  à  un  adversaire  qui  réinvente  un  art  politico-militaire, celui de la  guerre révolutionnaire. Mao en fut un des principaux théoriciens et lesstratèges  d’Al  Qaeda  s’en  sont  réclamés  explicitement.  Cependant,  La  territorialisation  estrecherchée  dès  qu’on  a  pu  dépasser  le  stade  « terrorisme-guérilla »,  comme  c’est  le  casaujourd’hui  en  Irak,  en  Afghanistan,  et  comme  cela  a  failli  se  produire  au  Mali.  Enfin  lephénomène se double d’un véritable « réveil militaire arabe », après une éclipse séculaire. La réponse militaire dépend de la situation locale et n’est jamais purement militaire. L’optimiserrapidement  à l’extérieur suppose je pense deux actions : 1. renforcer les moyens militaires enAfrique sous peine de voir  l’influence de Daesh augmenter,  particulièrement en Libye et  auNigéria où cela ne peut réserver que des mauvaises surprises. 2. Réfléchir à nos alliances : ainsiil n’y aura pas de solution militaire en Syrie / Irak sans le concours de l’Iran et de la Russie.

A-t-on des retours d'expérience de cas similaire dans le passé, ou auprès de un de nos partenaires, face à ce type d'adversaires ? Et si oui, qu'a-t-on justement appris ?

Depuis 15 ans l’islamisme suit une courbe de progression, en termes de performance militaire,analogue à celles du Vietminh dans les années cinquante-soixante. Daesh n’est pas un « groupeterroriste » mais une véritable armée, même si son mode de combat est de manière prédominantecelui  des  troupes  légères,  à  laquelle  ne manque guère  que  la  puissance  aérienne.  La  guerred’Algérie est un précédent intéressant du fait des buts stratégiques du terrorisme : intimider maissurtout  diviser  les  populations  en  communautés  hostiles,  obliger  les  forces  de  sécurité  à  ladispersion et à la saturation, susciter des réactions disproportionnées contre les populations dontl’ennemi  est  issu.  Une  nouveauté  radicale  actuelle  est  ce  que  j’appelle  la  « violence  deszombies » : d’un instant à l’autre un quidam se transforme en zombie et vous poignarde.Quelques  leçons  à  retenir ?  me  semblent  être  les  suivantes.  Tout  d’abord  un  mouvementrévolutionnaire armé prospère toujours sur un ressentiment qu’il amplifie en volonté hostile pour« créer de la guerre civile » (en Indochine la revendication anticoloniale par exemple) : dès lorsle problème est fondamentalement politique, en France cela pose le problème de l’intégration.D’autre part  sur le plan militaire on sait qu’il suffit à l’adversaire de « ne pas perdre » pourl’emporter,  selon  une  formule  d’Aron,  pour  cela  il  ne  doit  pas  disposer  de  sanctuaire,  etaujourd’hui  le  sanctuaire  est  largement  électronique :  il  faut  renforcer  la  surveillance  et  larépression sur internet. Enfin le renseignement, y compris l’intoxication de l’adversaire quand c’est possible, est la clef de voûte de l’action. « Intoxication » car la guerre en cours est aussi largement une guerre psychologique et de communication. Dans certains cas même il s’agit d’une guerre de communication appuyée par des actions militaires plus que l’inverse. Ainsi depuis le 7 janvier 2015, plusieurs annonces ont été publiées par des groupes d’attaquants (« djihadistes » ou islamistes) appelant à défigurer ou rendre indisponibles des sites institutionnels français. Ces opérations sont regroupées sous le nom « OpFrance ». Il s’agit vraiment d’attaques de bas niveau technique, pas du tout de « cyberguerre », les systèmes d’information clefs de la nation ne risquent rien. Cela montre toutefois les enjeux du « Post-Charlie » en termes de cybersécurité entrée de gamme et d’hygiène informatique  pour les entreprises et les administrations, mais aussi et surtout de guerre psychologique et de communication, comme en Algérie et en Indochine. La presse en effet amplifie très excessivement, ce qui alimente le climat anxiogène et aggrave les divisions entre « communautés » dans l’intérêt de l’ennemi. Une discipline citoyenne est à susciter dans les relais d’opinion, pour éviter de faire le jeu des groupes pro-djihadistes en valorisant leurs actions et en diffusant un discours alarmiste

 

La France qui est une puissance militaire de premier plan à l'échelle mondiale peut mener des actions efficaces sur un territoire défini, mais semble plus vulnérable face à des ennemismal définis. Quelle importance a finalement la puissance militaire dans un conflit contre une entité sans territoire ?

Si la France n’était pas une puissance militaire et policière, l’islamisme aurait peut-être déjà créésur  le  territoire  des  enclaves sous  contrôle… La puissance  militaire  a  donc un premier  rôledéfensif,  « in  being ».  A  l’extérieur  la  puissance  militaire,  au  sens  offensif,  doit  vaincrel’islamisme quand il  a  réussi  à  constituer  un territoire,  comme en Irak  (ce  qui  suppose  destroupes au sol qui ne peuvent guère être qu’irakiennes ou turques),  ou le maintenir dans unesituation infra-étatique. Mais dans ce cas,  il aura toujours recours au terrorisme et à la guérilla  ;c’est inévitable. D’où la nécessité que j’évoquais plus haut, de rechercher des solutions au-delàde l’aspect purement militaire.Aujourd’hui, la France tient plus spécialement le « Poste Afrique » avec un problème d’effectifsconsidérable (4000 hommes pour 8 millions de km2, sans compter la Libye méridionale demain).A l’intérieur du territoire, la réponse doit je pense se militariser à 4 niveaux : militarisation de lapolice, bien engagée ; militarisation de certaines unités policière d’élite, car on peut envisagerdes  actions  beaucoup  plus  larges  que  l’affaire  Charlie  Hebdo,  comme  des  prises  d’otagesmassives ;  création éventuelle  d’une Garde  Nationale,  qui  fait  l’objet  de  réflexions ;  scenariid’emploi des forces armées sur un mode « guerrier », au moins à titre d’option « dissuasive ».

Dans une guerre floue, si les buts de l'Etat islamique sont exprimés clairement, ceux de la France sont plus complexes à définir avec précision. Quels sont les buts d'une guerre à l'ennemi "évanescent" ? Est-ce seulement la sécurité du territoire national et de nos intérêts à l'étranger ? 

Il faut distinguer buts de guerre et buts militaires. Le défi posé par un adversaire révolutionnaire comme l’islamisme radical est total, comme l’étaitcelui  du  communisme.  La  réponse  ne peut  être  que totale :  politique,  économique,  militaro-policière. Mais le refoulement de l’islamisme, comme but de guerre, est plus complexe à mettre en œuvreque feu le « containment » : par exemple le redressement économique au Maghreb ou en Egypte suppose des financements qui viendront plutôt de pétromonarchies wahhabites que d’Occident,compte tenu de notre situation financière. D’autre part les conflits actuels sont quasiment sansexception des guerres civiles internationalisées avec un triple cercle d’enjeux :national / interne (Sunnites-Chiites en Irak) ; régional (guerre froide Arabie / Iran, rôle Turquie);international / mondial (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne vs Russie). Cette situation donneénormément  de  levier  aux  groupes  révolutionnaires  du  fait  de  la  difficulté  à  aligner  lesconstellations pour créer des coalitions et les détruire. Au plan militaire, l’application dépend aussi de la situation locale. En France il faut éviter quel’ennemi ne soit comme un « poisson dans l’eau » au sein de la population : or l’islamisme apoussé  des  racines  dans  les  prisons,  dans  certaines  mosquées,  dans  les  populations  les  plusjeunes,  et  dans  de  nombreux  quartiers  où  domine  une  position  de  culture  ou  de  traditionmusulmane. Cela pose un problème politique redoutable puisqu’il faudra amener les autoritésmusulmanes à une certaine autocritique,  selon la formule d’Abdennour Bidar,  on peut parleraussi d’examen de conscience. Le but militaire est donc difficile à dissocier du but de guerre, lui-même inséparable de la solution politique du problème de l’intégration.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Monteynard
- 16/01/2015 - 10:15
Excellent
En peu de mot ,l'essentiel est cerné...très lucide...
Texas
- 16/01/2015 - 09:05
@ Deudeuche
Google : Franck Kitson . Low intensity Operations .
Nicolas V
- 16/01/2015 - 01:20
Nous payons pour notre gouvernement
Nasrallah : les terroristes que vs ns avez envoyés rentrent chez vous. Stop armer l'EI au bénéfice du plan US et contre notre pays. Retrouver nos territoires perdus au bazooka. Si, ils ont des territoires entiers dans notre pays.