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"Pour faire des affaires, obtenir des renseignements, les policiers peuvent offrir de fermer les yeux sur certains délits"
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Police et corruption : l'affaire de Lyon est sans précédent connu

Publié le 01 octobre 2011
Michel Neyret, le n°2 de la police judiciaire de Lyon a été placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête pour corruption, trafic international de stupéfiants et blanchiment d'argent. Du jamais vu pour Jean-Marc Berlière, historien de la police. Et sans commune mesure avec la porosité existant parfois entre flics et voyous.
Jean-Marc Berlière est Professeur d’histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne, spécialiste de l'histoire de la police. Ses derniers ouvrages parus sont Policiers français sous l’Occupation (Perrin, Tempus, 2009), Histoire des polices en...
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Jean-Marc Berlière est Professeur d’histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne, spécialiste de l'histoire de la police. Ses derniers ouvrages parus sont Policiers français sous l’Occupation (Perrin, Tempus, 2009), Histoire des polices en...
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Michel Neyret, le n°2 de la police judiciaire de Lyon a été placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête pour corruption, trafic international de stupéfiants et blanchiment d'argent. Du jamais vu pour Jean-Marc Berlière, historien de la police. Et sans commune mesure avec la porosité existant parfois entre flics et voyous.

Atlantico : Que peut-on déduire des premières informations transmises dans le cas de l’affaire incriminant le numéro deux de la PJ lyonnaise, M. Neyret ?

Jean-Marc Berlière : Dans cette affaire, ce qui est frappant, c’est que le numéro deux de la PJ avait obtenu un certain nombre de succès dans différentes grosses investigations, des casses de bijouterie par exemple…

Soyons honnêtes, il est impossible qu’il ait disposé d’assez de moyens pour placer un flic devant chaque bijouterie, il a donc bénéficié d’indications sur les personnes incriminées par des gens qui le tenaient, des truands avec qui des marchandages ont été passés.

L’Histoire de la police est-elle faite de précédents impliquant des acteurs de haut rang ?

L’une des affaires les plus célèbres de ces 25 dernières années a mis en scène le Commissaire Jobic, tombé à la suite d’une enquête menée par la Gendarmerie. Il n’a cependant pas été condamné par la justice car l’affaire était ambigüe, mais il entretenait des rapports tels avec des malfrats et truands, qu’on ne savait plus qui manipulait qui.

Avant les années 1980, à Lyon, un commissaire était devenu le protecteur d’un certain nombre de maisons closes.

Une autre affaire avait impliqué un certain nombre de policiers, entretenant des liens avec le « gang des postiches », c’est-à-dire qu’eux-mêmes s’étaient mués en truands.

Et l’on peut remonter plus loin encore. Fin 19ème, pratiquement tous les chefs successifs de ce qui deviendra la brigade criminelle, le quai des orfèvres et autres, sont tombés sous des affaires louches d’argent.

L’Histoire de la police montre donc une porosité forte entre flics et voyous ?

Pour faire des affaires, obtenir des renseignements, ce n’est pas l’argent que les policiers peuvent offrir dans le cadre du marchandage avec les truands. Mais ils peuvent offrir de fermer les yeux sur certains délits, de laisser des gens échapper à la police ou de les prévenir. Voire même éventuellement, d’utiliser de la drogue provenant de grosses saisies, quand ils ont à négocier avec des toxicomanes.

Les policiers sont donc liés aux recèles, aux saisies, mais également à un autre aspect terrible, qui touche au proxénétisme et aux tolérances à l’égard des maisons closes.

Ces négociations sont parfois opérées avec des malfrats qui font de grosses affaires dans le jeu clandestin, le proxénétisme, le trafic de drogues et autres, et qui n’ont pas envie que l’attention des médias, de la police, de l’administration politique et judiciaire soit attirée sur une ville parce qu’il y a des casses de bijouterie, braquages, ou autres…
Ils passent donc des deals « gagnant - gagnant » avec certains policiers : livrer ceux qui les gênent en échange de leur tranquillité, et les policiers concernés par le deal sont promus par leur hiérarchie. 

Les malfrats sont finalement des gens qui aiment l’ordre.

Comme au cinéma finalement ?

Dans le cas de 36 quai des orfèvres par exemple, les traits sont grossis, avec un côté « guerre permanente », kalachnikov en main, mais ça peut exister…

Qu’est-ce qui fait que certains policiers basculent de l’autre côté de la barrière ?

Leur problème, c’est qu’ils affrontent de gros trafiquants de drogue, des bandes organisées, et jouent contre des gens très bien informés et guidés, qui ont des moyens financiers supérieurs aux leurs.
Les enquêtes sont souvent longues, et l’entrisme entre flics et voyous, permet d’obtenir des informations de première main plus rapidement.

Les policiers sont donc obligés d’entretenir des liens douteux avec des gens dont ils espèrent des renseignements importants. Et ce sont ces rapports obligés qu’entretiennent policiers et malfrats qui s’avèrent décisifs. Entre faire croire qu’on est corruptible et l’être, il n’y a qu’un pas…

Et soyons honnêtes, à force de fréquenter et de combattre des gens qui gagnent leur salaire mensuel en une journée, les tentations sont énormes.

Dans ce contexte, qu’est-ce qui pousse les policiers à rester intègres ?

En dehors de leur conviction morale et de leur déontologie, la grosse précaution, c’est le travail d’équipe. On ne manipule pas un informateur sans en parler à sa hiérarchie. Personne n’est propriétaire d’un informateur, et comme on travaille en équipe, il y a une surveillance mutuelle, et on remarque vite si un de ses collègues vit au-dessus de ces moyens.
Notamment chez les Stups et le grand banditisme, où la vie en équipe prend le pas sur la vie sociale.

Dans l’affaire lyonnaise, ce qui est frappant, c’est que plusieurs policiers de haut rang sont concernés et peut-être même des magistrats. Ils avaient donc les moyens de contourner la loi sans être dérangés.

L’image qu’on a de soi et de son métier joue, mais les policiers ripoux ont toujours existé, anciennement les « mains crochues » comme on les appelait au milieu du 20ème. Du reste, il ne faut pas oublier que le premier à avoir dirigé la police moderne était Vidocq, un ancien bagnard. 

Ces techniques d’investigation dites « à l’ancienne » mériteraient-elles d’être torpillées, au détriment des résultats ?

L’on peut en effet déplorer le fait qu’une police dans une démocratie soit obligée d’employer des moyens dans les marges de la loi. Le problème, c’est que la Police ne peut être au-dessus des lois, mais il n’y a malheureusement pas beaucoup de moyens de contrôle.

Si nous prenons les nouvelles techniques d’investigation, telles que l’épluchage de comptes bancaires, la surveillance d’internet, les policiers sont quand même limités : ils surveillent des gens qui ne sont pas des malfrats ou qui sont en contact avec des malfrats.

Ces techniques font donc figure d’illusion d’une police propre et infaillible. La naissance de la police technique et scientifique a nourri cette illusion, que la police ne se trompera plus, qu’elle n’aura plus besoin d’indicateurs, de ces échanges entre-deux et troubles, qu’elle n’aura plus besoin de l’aveu puisque disposant de preuves matérielles irréfutables. Mais ce n’est pas aussi efficace qu’il était souhaité, et cela n’empêche pas les policiers d’user de méthodes condamnables.

Quadrature du cercle, l’on n’est donc jamais parvenu à une police propre et infaillible.

Pareil scandale était-il évitable en amont ?

Cette affaire est fascinante, car elle met en scène toute une flopée d’acteurs de haut rang. Or, si la hiérarchie est corrompue, il n’y plus de garde fous, de filet de sécurité. Le regard commun de l’équipe est perdu, tout comme la surveillance mutuelle.

Autre constat,  le fait que cette affaire implique des dirigeants haut placés de la police, le numéro 2 de la PJ de Lyon, nous permet d’affirmer que les acteurs concernés étaient en mesure d’échapper - un temps - à toutes les sécurités et contrôles imaginables.

Ensuite, la police est elle-même chargée de faire respecter la loi, donc qui peut la contrôler… La police des polices. Et pourtant, l’IGS, contrairement aux RG, à la PJ, fonctionne en vase clos, et il est impossible de savoir ce qui s’y passe. C’est une boîte noire, il n'existe aucune statistique publique sur les policiers "ripoux". Qui plus est, ce sont des gens qui font le même métier, qui sont solidaires…

Enfin, et il faut le préciser, on ne peut pas exclure la possibilité d’une vengeance, d’une provocation ou d’une manipulation de la part de truands. Il n’y a pas que les flics qui apportent de la drogue dans une perquisition, et les malfrats peuvent aussi leur tendre des pièges.

Cette américanisation de notre police est-elle une spécificité franco-française ?

Le modèle est très clair, les Etats-Unis font office de muse dans tous les domaines : les bagnoles, les méthodes de travail… La preuve avec Olivier Marchal, ancien flic, reconvertit dans le cinéma.

Mais les flics ripoux ne sont pas propres à la France, il  y en a partout… Quant à la spécificité française, c’est l’existence d’une police des polices en interne, l’IGS.

 

 

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Caudavenenum
- 02/10/2011 - 17:50
Un article de plus, vide et
Un article de plus, vide et insignifiant....Monsieur Jean-Marc Berlière, sauf son respect, ne voit la Police que de l'extérieur...Y passer quelques années, à l'intérieur, lui serait bien utile....Attendons les résultats de cette enquête pour y voir plus clair....Tiens, jamais d'enquête sur les membres de l' IGS ? Bizarre.....
sergio1
- 02/10/2011 - 11:31
à aie pour faded yasser
Petit ? je dirais plutot : sale, vrai, pauvre, grand;
au choix :-)
alankin
- 01/10/2011 - 18:00
des points commmuns avec...
un trader, un policier, un commissionné, qui sont encouragés et couverts en cas de succès... mais vient un seul échec et tout le monde les laisse tomber. tout est très hypocrite.