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"3 ans de sacrifices" à venir… ou le curieux décalage entre l’annonce de Manuel Valls, ce qu’en dit François Hollande et (surtout) la réalité

Publié le 02 janvier 2015
Lors d'une interview accordée au quotidien El Mundo, Manuel Valls a voulu se poser comme l'homme réformateur de la France, adoptant un discours à mi-chemin entre ceux de Gerhard Schröder et de Tony Blair. Une position largement contredite par le bilan de son action comme Premier ministre, et avec pour exemple récent la manière dont la loi Macron a perdu de sa substance devant les corporatismes et les pressions divers.
Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.
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Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
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Lors d'une interview accordée au quotidien El Mundo, Manuel Valls a voulu se poser comme l'homme réformateur de la France, adoptant un discours à mi-chemin entre ceux de Gerhard Schröder et de Tony Blair. Une position largement contredite par le bilan de son action comme Premier ministre, et avec pour exemple récent la manière dont la loi Macron a perdu de sa substance devant les corporatismes et les pressions divers.

Atlantico : Interviewé par le quotidien espagnol El Mundo, qui l’a élu "homme de l’année", le Premier ministre français a déclaré ne pas vouloir "dire aux Français que d'ici deux à trois ans nous en aurons fini avec les sacrifices", et a ajouté qu’en aucun cas une éventuelle reprise économique ne devait dispenser le pays d’efforts en matière de réduction de la dépense publique. Faut-il voir dans le discours de "vérité" de Manuel Valls une volonté d'apparaître comme un homme politique courageux, n'ayant pas peur d'annoncer aux Français les difficultés par lesquelles ils vont devoir passer ?

Philippe Crevel : Il y a du Churchill, du Raymond Barre, du Felipe Gonzales, du Tony Blair et du Gerhard Schröder dans les paroles du Premier Ministre français, Manuel Valls. Certes, nous pouvons regretter que le Premier Ministre ait préféré délivrer sa parole socio-libérale à un journal conservateur espagnol en lieu et place d’un journal français. En outre, protégé par les Pyrénées, il s’est senti plus libre de ses propos. Peut-être est-ce la maxime de Blaise Pascal, "vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà" qui l’a incité à faire preuve de témérité en pleine période de trêve des confiseurs et à quelques jours des vœux présidentiels. Le Premier Ministre entend apparaître comme un réformateur, comme celui qui a voulu s’affranchir des clivages et des corporatismes. Si courage il a, il se situe dans son positionnement. Il est entre l’enclume et le marteau. Il doit faire face à une majorité dont l’épicentre est très à gauche et à un Président de la République qui a fait de la synthèse un art. Manuel Valls risque de périr écartelé entre sa majorité, son Président et les corporatismes de tout poil qui rejettent toute idée de réforme. Si le sort lui est défavorable, le Premier Ministre entend tomber du bon côté afin de préserver son avenir. Il sait qu’en 2015, son poste tiendra à un fil avec en perspective deux défaites électorales aux cantonales et aux régionales. Il devra faire face aux mécontentements internes au PS de tous ceux qui auront perdu leurs postes. La majorité à l’Assemblée pourrait s’effilocher, voire ne plus être au rendez-vous sur un texte donnant le prétexte au Premier Ministre de démissionner ou d’être démissionné. Manuel Valls prépare l’après 2017 voire 2022. La France peut, comme d’autres pays, à un moment ou un autre, être contraint face à la menace de l’extrême droite de s’essayer à la grande coalition, d’autant plus si une dose de proportionnelle est instituée pour les prochaines élections législatives. Manuel Valls pourrait être ainsi l’homme de la fusion. S’il y a indéniablement du courage dans ces propos, il y a aussi du calcul politique.

Christophe de Voogd : Je considère qu'il s'agit d'une déclaration importante, d'autant plus qu'elle a été donnée d'une part à un média étranger et d'autre part en pleine "trêve des confiseurs" et offre donc plus de liberté (relative) à Manuel Valls pour dire sa vraie pensée. On sait à quel point nos hommes politiques "se lâchent plus" hors de l'hexagone... Le premier ministre se marque une fois de plus comme un "social-libéral", sur le plan économique du moins. Ce que n'est pas le Président, au mieux social-démocrate, au pire "homme de la synthèse", c'est à dire du maintien au pouvoir, en grand machiavélien qu'il est. Et c'est là que se trouve le point crucial de l'interview: la question du timing politique, notion essentielle pour Machiavel (avec d'autres mots à l'époque!). Pour Manuel Valls, tout le quinquennat doit être placé sous le signe de l'effort et des sacrifices, y compris, et c'est essentiel, en cas de retour de la croissance. François Hollande pense exactement l'inverse. Il l'a dit dès la campagne de 2012: le deuxième temps du quinquennat sera celui de la redistribution... programme retardé par la conjoncture mais qu'il compte bien appliquer dès que la croissance reviendra, même mollement. A temps en tout cas pour la prochaine élection!

Il suffit de voir la manière dont le projet de loi Macron sur la compétitivité a été vidé de sa substance (voir ici) pour mettre en doute le volontarisme et le courage du Premier ministre. Alors que Manuel Valls annonce du "sang et des larmes", les réformes qui ont été entreprises par le gouvernement, et notamment la loi Macron s'annoncent-elles aussi difficiles que le Premier ministre le laisse entendre ? En creux, ces réformes représentent-elles les efforts décrits par Manuel Valls supposés ramener le pays sur le chemin de la croissance ?

Christophe de Voogd : Je ne suis pas du tout d'accord avec l'idée courante d'un gouvernement qui "n'a rien fait": Il y a eu des réformes considérables... et catastrophiques, de la loi Duflot à la Loi Touraine en passant par le compte pénibilité, pour ne rien dire du matraquage fiscal. Les réformes utiles ont été, elles, handicapées, par le goût de la complexité (cf le CICE) et surtout par l'idéologie et/ou l'inculture économique de la majorité parlementaire. C'est là que réside le problème central: Manuel Valls n'a pas la majorité de ses idées et, quoi qu'il déclare à  EL Mundo, il n'a pu faire que des réformettes. La loi Macron, déjà bien édulcorée, sera étrillée en janvier prochain. Comme il ne s'agit pas d'une loi de finances, les frondeurs vont s'en donner à coeur joie. Ils l'ont d'ailleurs déclaré sans ambages. Tout le monde semble l'avoir oublié...

Philippe Crevel : La France avance à la manière du crabe. Les gouvernements n’aiment pas les lignes droites. Du rapport Camdessus à celui de Jacques Attali, nous savons tous qu’il faut déréglementer, simplifier, alléger les dépenses publiques, limiter les embauches de la fonction publique. Mais devant les corporatismes, les gouvernements de droite comme de gauche refusent les obstacles. Manuel Valls s’est affranchi de la langue de bois, tente de bousculer les lignes mais restent très prudent au niveau de l’action. Il y a un parallélisme évident avec le Pape François qui entend secouer la Curie sans pour autant imposer les réformes.

"Les Français en général sont en avance sur leurs dirigeants politiques, en ce qui concerne les réformes, les changements et leur disposition à l'effort", a-t-il ajouté. Les Français sont-ils effectivement prêts à faire les efforts nécessaires pour une amélioration ? Sont-ils plus sensibles à un discours de vérité qu'ils ne l’étaient par exemple en 1983 lors du tournant rigoriste entrepris par François Mitterrand ?

Philippe Crevel : 2013 n’est pas 1983. Depuis la fameuse pause et le choix de l’Europe, la France a accumulé trente ans de déficit. La dette a été multipliée par plus de deux. En 1983, l’idéal de gauche commençait à s’écorner ; aujourd’hui, les Français ne croient plus en rien. Il y a une forme d’abandon qui les pousse vers des territoires inconnus. Manuel Valls entend responsabiliser les Français en indiquant qu’il faut qu’ils acceptent leurs responsabilités. Les déficits, les dettes, la médiocre compétitivité sont avant tout nôtres ; les politiques n’en sont pas les uniques responsables. Ce sont des choix collectifs qui depuis plus de trente ans nous ont amené à cette situation. A chaque élection présidentielle, les Français ont toujours couronné le plus démagogue des grands candidats. Allons-nous ouvrir les yeux avec Manuel Valls ? Il faut l’espérer mais rien n’est certain en la matière.

Cette phrase constitue-t-elle aussi une façon de soigner sa cote de popularité, et de "tacler" François Hollande au passage ?

Christophe de Voogd : Manuel Valls a parfaitement raison, tous les sondages montrent cette disposition des Français à la réforme notamment en faveur des entreprises. Nous nous trouvons là dans une situation assez rare: en général une majorité impose des lois qu'une majorité de la population souhaite; assez souvent, surtout depuis 2012, elle impose des lois dont la population ne veut pas; très rarement, le gouvernement impose à sa majorité une loi populaire: je ne vois comme précédents que les lois Neuwirth et Veil. Qui sait, le rêve de VGE, dont tout les beaux esprits se moquaient, de rassembler "2 Français sur 3" est-il désormais dans l'ordre du possible? Mais évidemment pas pendant le quinquennat actuel. Sauf dissolution, il est vrai de plus en plus probable. Car encore une fois Manuel Valls n'a pas de majorité pour réformer vraiment et surtout pour baisser la dépense publique, coeur du credo et de l'électorat socialistes. Il n'a pas davantage le soutien du Président pour ce mandat. Et il le sait.

Entre le tournant de la rigueur décidé par François Mitterrand en mars 1983 et le discours actuel du gouvernement, la comparaison est tentante. Mais où la ressemblance s’arrête-t-elle ?

Christophe de Voogd : En effet de François I à François II, et du Prince Laurent (car je place plutôt la rupture en 1984 avec le changement de premier ministre) au Prince Manuel, tous deux énergiques et fringants, le parallèle est tentant. Il l'est d'autant plus qu'il ne doit rien au hasard: François II a retenu la leçon de son prédécesseur (dont il était le conseiller à l'époque, ne l'oublions jamais et une telle expérience de jeunesse vous marque pour la vie!) et il cherche à la renouveler. Mais il y a deux grandes différences: la première est que l'histoire ne se répète jamais, surtout quand les choses semblent à ce point semblables! La deuxième tient à la dissonance actuelle entre le président et le premier ministre: Laurent Fabius était le "fils" de François Mitterrand, son héritier naturel sinon désigné; la distribution des rôles entre un président "good cop" et une premier ministre "bad cop", chargé d'annoncer les mauvaises nouvelles et de gérer les dossiers "pourris"  (à l'époque, la sidérurgie) était alors parfaitement organisée. Je n'en suis pas si sûr aujourd'hui, même si le "vivre ensemble" jusqu'en 2017 est le scénario idéal pour les deux hommes. A vrai dire, je crois que Manuel Valls et François Hollande sont engagés dans une partie de "poker-menteur" dont le gagnant n'a rien d'évident. En tout cas, au premier coup de vent sérieux, je suis convaincu que le Président lâchera le Premier ministre et cherchera une solution de rechange et, d'abord, un autre titulaire à Matignon.. qui fera vite long feu. Et tout cela Manuel Valls le sait aussi. Parler à un grand média étranger, rappeler et renforcer au passage sa propre dimension internationale, à 2 jours des voeux présidentiels, n'est-ce pas se profiler pour un autre rôle?

Finalement, les dirigeants de l'époque ne cherchaient-ils pas par tous les moyens à se cacher de ce tournant alors qu'aujourd'hui Manuel Valls s’en vante sans pour autant appliquer effectivement une politique de rigueur ?

Philippe Crevel : En 1983, la France éprouvait des difficultés à se financer à l’extérieur du fait de l’accumulation de déficits commerciaux et de déficits budgétaires. Le franc était attaqué face au mark. Il fallait choisir entre l’aventure ou l’Europe. Après hésitations, François Mitterrand a opté pour l’Europe. Aujourd’hui, la France est protégée par l’euro qui empêche une glissade de la monnaie nationale. Sans l’euro, nous aurions ressenti les affres des Russes au moment de la dégringolade du rouble. Sans l’euro, la France serait gouverné par le FMI. Il faut se rappeler que dans le passé les dévaluations que certains regrettent étaient accompagnées de plans de rigueur et de contrôle de change. En 1983, François Mitterrand a sauvé la construction européenne en instillant une dose de rigueur toute relative car le déficit budgétaire était déjà de 3 % du PIB. Il espérait déjà la reprise de la croissance mondiale qui intervint avec la révolution conservatrice de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher. Le tournant de 1983 c’est avant la désinflation compétitive et la libéralisation des marchés financiers. Aujourd’hui, à la fois, la France n’éprouve aucun problème de financement de sa dette ou de ses déficits commerciaux et pour autant la situation est plus grave  qu’en 1983. Mais tout comme il y a trente ans, le passage à la rigueur dans la gestion publique reste très théorique.

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moineau
- 31/12/2014 - 10:38
fonctionnaires encore
À ceux pour qui les fonctionnaires sont un des mots de notre société.Ces bon à rien qui partent tot à la retraite etc etc...JE suis fonctionnaire (infirmier anesthesiste)travail jour et nuit les week ends.les malades obèses à déplacés .le vomit.la merde.les patients infectés dangereux pour nous même...Ha oui c'est vrai je suis un feignant.
bjorn borg
- 31/12/2014 - 10:29
D'AMATO
dans le désert, on attend la république islamique!
D'AMATO
- 30/12/2014 - 21:00
Que de Verité connues
que d'erreurs electorale faite. que de promesses électorales gobées, mais qui n'étaient que des promesses pendant des campagnes ????DEMOCRATIQUES....... ET AVEC DES D2PENSES INOUIES; TOUT CA POU CA ;;;;ET MAINTENANT???? qu'allons nous faire ? dans ce desert?......