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La crise économique a eu un impact négatif sur la natalité.
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Comment la grande crise de 2008 a durablement changé les familles françaises

Publié le 26 décembre 2014
Si la crise n'a pas eu d'impact notable ou mesurable sur la courbe des mariages et des divorces, la natalité française a en revanche enregistré une baisse, qui ne sera pas compensée à l'avenir.
Nicolas Goetzmann
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Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr. Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :
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Si la crise n'a pas eu d'impact notable ou mesurable sur la courbe des mariages et des divorces, la natalité française a en revanche enregistré une baisse, qui ne sera pas compensée à l'avenir.

Depuis l’année 2008, La France est, comme ses pairs européens, confrontée à une situation de crise exceptionnelle, historique, aujourd’hui appelée Grande récession. Faible croissance, hausse du chômage, précarisation de la société, endettement etc. Les séries statistiques permettent de mesurer les effets de la crise sur la situation économique et financière du pays et de sa population. Mais après 6 années, il reste à en évaluer les conséquences sur les familles, et ce, à travers le nombre de mariages, de pacs, de divorces, et principalement sur les naissances.

Le Mariage, le PACS

Nombre de mariages. France (Les mariages de personnes de même sexe sont inclus pour 2013). INSEE

Ici, le constat n’est pas significatif, le nombre de mariages baissait déjà avant la crise et la tendance semble s’être simplement poursuivie. Il reste à noter que l’accélération de la croissance à la fin des années 90 a été concomitante à une forte hausse du nombre de mariages durant cette période.

De plus, l’apparition du PACS au début des années 2000, les différentes modifications législatives (fiscales) qui y ont été apportées, ont produit une importante volatilité des chiffres qui ne permettent pas de tirer quelque conclusion que ce soit de l’impact de la crise. Si la baisse du nombre de mariage depuis l’entrée en crise est supérieure à 10%, il serait abusif d’en tirer un lien de cause à effet.

Le divorce

Ici encore, la tendance semble se figer dans le temps. La progression du nombre de divorces est ininterrompue depuis les années 60, soit une hausse de plus de 300% alors que le nombre de couples mariés ne progressait que de 14% dans le même temps. Si la France a connu un pic du nombre de divorces en 2005 en raison de la nouvelle simplification du divorce par consentement mutuel, la baisse opérée depuis lors obéit plus une logique de tendance qu’à un impact réel de la crise. Le nombre de divorces baisse, mais le nombre de couples mariés baisse également. Le ratio de divorces par couple mariés n’opère pas de bouleversement significatif.

Nombre de divorces pour 1000 couples mariés. Source INED

Naissances

La question du lien entre natalité et récession a récemment pu être traitée pour le cas américain, dans une étude menée par l’Université de Princeton. Et les conclusions sont claires:

"Leurs calculs démontrent qu’une hausse d’un point du taux de chômage entre 20 et 24 ans réduit la fertilité à court terme de 6 naissances pour 1000 femmes. Lorsque l’on suit ces femmes jusqu’à l’âge de 40 ans, une même hausse du taux de chômage provoque une perte de 14.2 naissances pour 1000 femmes.(…). Ces femmes ne font pas que renoncer aux premières naissances, elles renoncent également aux naissances ultérieures".

Il est alors assez tentant de rétorquer que les différences de dépenses publiques entre la France et les Etats-Unis suffiraient à justifier un contexte différent. Une position soutenue notamment par le centre d’observation de la société, dans un article intitulé "Une crise sans impact sur la fécondité".

"Plus de chômage et de précarité = moins d'enfants ? Non. En France, comme  en Europe, la crise n'a pas un impact majeur sur la fécondité"Pourtant, le nombre de naissances est bien à la baisse depuis l’entrée en crise, et notamment depuis 2010 :

Nombre de naissances. France. INSEE

Mais ces chiffres ignorent l’impact de trop nombreux facteurs. Afin de se faire une idée plus précise des conséquences que pourrait avoir la crise sur la fécondité, il est préférable de s’intéresser plus particulièrement au cas des femmes de 25 à 34 ans, ou plus spécifiquement au cas des femmes de 25 à 29 ans et de celles de 30 à 34 ans.

Pour les première, la fécondité a été plutôt stable, malgré quelques pics, au cours des 20 dernières années, mais 2010 marque une réelle rupture à la baisse :

Nombre de naissances pour 1000 femmes de 25 à 29 ans. INSEE

Ici, pour les jeunes femmes, le lien entre grande récession et natalité semble se matérialiser. De la même façon, alors que la fécondité des femmes de 30 à 34 ans était en constante progression depuis les 20 dernières années, 2009 et 2010 semblent enclencher une nouvelle période de stabilisation :

Nombre de naissances pour 1000 femmes de 25 à 29 ans. INSEE

Il reste à rechercher le lien qui pourrait exister entre cette modification des tendances préexistantes et la crise. Car il est tentant de conclure qu’il se "passe quelque chose".

Pour cela, il suffit d’aller confronter ces chiffres avec ceux d’un taux de chômage plus serré, c’est-à-dire sur la classe d’âge des 25 et 49 ans :

Naissance par femmes de 25 à 29 ans (échelle inversée) et taux de chômage au sens du BIT des 25-49 ans. INSEE

La corrélation semble forte. Baisse du taux de chômage concomitante avec une hausse de la natalité des 25-29 ans à la fin des années 90, puis inversion des deux variables jusqu’à  2005, puis un nouveau revirement, puis dès 2008 hausse du chômage et baisse de la fécondité. Le nombre de naissances augmente avec la baisse du taux de chômage.

Et comme l’indique le centre d’observation de la société :

"Reste que si la crise se prolonge et prend de l'ampleur, l'effet de calendrier va continuer à jouer pour une partie des jeunes couples et il continuera à faire fléchir la fécondité conjoncturelle. C'est clairement ce qui se passe dans les pays qui ont été les plus marqués par la crise, comme la Grèce et l'Espagne. Cela pourrait être le cas demain dans d'autres pays."

Une hypothèse qui a été validée par l’étude américaine citée plus haut :

"Nous trouvons remarquable que l'évolution des conditions macroéconomiques au moment du jeune âge adulte ait un effet profond sur la vie future de chaque femme". Car la problématique mise en cause par les auteurs de l’étude est que le retard pris par cette génération en termes de revenus va persister dans le temps. Ce qui aura des répercussions, sur le long terme, sur la natalité. La grande récession ne fait pas que "mordre" sur les revenus, ses conséquences sur la population sont bien plus lourdes à long terme.

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Commentaires (2)
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Henrik Jah
- 22/12/2014 - 21:28
Au secours
Grosso modo en France, la vie est tellement chère et les salaires tant taxés, qu'offrir une bonne éducation à ses enfants est devenu un privilège. Les familles doivent travailler plus et ont de fait moins le temps et les moyens de faire des enfants. Dans le même temps, la plupart des familles immigrées font beaucoup d'enfants car beaucoup moins exigeantes sur le niveau de revenu exigible pour bien éduquer ses enfants, les incitations sont telles qu'il devient lucratif de se reproduire. Sans parler du fait que cette sur-natalité prend le dessus sur la natalité du vieux peuple de France qui est donc voué, si rien ne change, à disparaitre (c'est mathématique je dirais même plus arithmétique). Vous voyez bien que le grand remplacement c'est pas un fantasme.
Alain Proviste
- 22/12/2014 - 18:54
Oui...
...ces études corroborent le bons sens et l'observation personnelle.
Pas évident de faire un enfant quand on enchaine les stages gratuits et les CDD à la c.., sans pouvoir évidemment se loger décemment. Pour en rester aux raisons économiques.
Mon petit doigt me dit toutefois que certains ne raisonnent pas DU TOUT suivant ces critères.