En direct
Best of
Best of du 16 au 23 mars 2019
En direct
© Pixabay
La GPA est autorisée dans plusieurs pays d'Europe
Hypocrise juridique
Et le Conseil d’Etat autorisa de fait la GPA en France
Publié le 13 décembre 2014
Vendredi 12 décembre, le Conseil d'Etat a validé la circulaire Taubira. Désormais, les enfants nés de GPA à l'étranger auront accès à la nationalité française, ce qui revient in fine à en autoriser le procédé, interdit en revanche s'il a lieu en France. Une situation de rare hypocrisie sur le plan juridique.
François Martin est haut-fonctionnaire, ancien élève de l'Ena. Soumis au devoir de réserve, il s'exprime ici sous pseudonyme.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
François Martin
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
François Martin est haut-fonctionnaire, ancien élève de l'Ena. Soumis au devoir de réserve, il s'exprime ici sous pseudonyme.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Vendredi 12 décembre, le Conseil d'Etat a validé la circulaire Taubira. Désormais, les enfants nés de GPA à l'étranger auront accès à la nationalité française, ce qui revient in fine à en autoriser le procédé, interdit en revanche s'il a lieu en France. Une situation de rare hypocrisie sur le plan juridique.

Atlantico : Quelle lecture juridique peut-on faire de la circulaire Taubira validée par le Conseil d'Etat récemment ? Est-elle juridiquement compatible avec l'interdiction de la GPA en France ?

En premier lieu, cette décision du Conseil d’Etat n’est pas surprenante d’un point de vue juridique, après l’arrêt de la CEDH qui a condamné la France sur le même sujet et contre lequel la France n’a pas fait appel. Par ailleurs, il est en tout état de cause souhaitable que le droit soit appliqué de la même manière partout, au nom du principe d’égalité devant la justice ; on ne peut pas avoir des tribunaux qui placés devant des cas similaires, acceptent ou refusent la transcription dans l’état civil.

Donc sur ce plan, la situation est relativement claire : le fait que le contrat d’achat de l’enfant (autant appeler les choses par leur nom) soit illégal, nul et non avenu, ne doit pas aboutir à priver l’enfant de la nationalité française. Par conséquent, tous les couples (hétérosexuels ou homosexuels, ce n’est pas le sujet) qui auront recours à la GPA à l’étranger verront l’enfant concerné reconnu en France.

En pure théorie juridique, la GPA peut rester interdite dans notre pays. Mais cette interdiction devient alors un droit abstrait, coupé du réel, un droit menteur. On ne peut pas durablement interdire la cause alors qu’on reconnaît les effets ! L’abstraction juridique, c’est intéressant sur le plan intellectuel, mais là il s’agit d’êtres humains.

Pourrait-elle permettre un enclenchement de recours qui pourraient in fine s'apparenter à une normalisation de la gestation pour autrui ? 

Bien entendu, tous les couples concernés vont faire des recours pour obtenir la transcription des enfants dans l’état civil, dans le livret de famille, etc.  En théorie encore, une simple circulaire ne s’impose pas aux juges. Mais on voit mal comment ceux-ci pourraient appliquer une autre solution que celle recommandée par la circulaire, puisqu’elle est imposée par la CEDH. Il faudra sans doute attendre une décision de la Cour de cassation pour fixer le droit positif, mais la Cour de cassation elle-même ne pourra que s’incliner devant l’arrêt de la CEDH. A ce stade, il va bien y avoir normalisation du recours à la GPA, puisque tous ceux qui auront les moyens de le faire sauront que l’enfant sera reconnu par l’état civil. Et comme l’environnement juridique va être ainsi stabilisé, cela revient à une incitation de fait. Les cas vont donc se multiplier ; on ne peut pas extrapoler les chiffres actuels de recours à la GPA puisqu’ils se situaient dans un contexte d’incertitude juridique, sur le sort de l’enfant. Cette incertitude va disparaître. Encore une fois, ce n’est pas la circulaire qui est le fait déclencheur de l’évolution du droit, c’est l’arrêt de la CEDH et la décision de la France de ne pas s’y opposer. Simplement, au vu de la circulaire, qui date de janvier 2013, il était évident que le Gouvernement ne s’opposerait pas à cet arrêt.

 

A quels conflits et complications les magistrats et les juges seront-ils confrontés ? Au nom du principe d'égalité devant le droit, les magistrats pourront-ils vraiment continuer à condamner ceux qui y auraient recours illégalement en France ?

C’est l’étape suivante. Pour l’instant, les sociétés commerciales qui exploitent ce créneau très rentable restent installées à l’étranger, tout en faisant de la publicité sur internet. Si une telle société s’installait clandestinement en France, il est bien évident que la solution qui s’appliquerait aux enfants serait la même. Ces enfants ne seraient pas dans une situation différente en fonction seulement de leur lieu de conception. Seulement, tant que la GPA est officiellement illégale, il est plus difficile pour une telle société d’exercer ses activités sur le territoire national. La situation est d’une rare hypocrisie sur le plan juridique ; nous sanctuarisons notre territoire, mais nous acceptons que ces actes se pratiquent (puisque nous en reconnaissons les effets) à condition que ce soit ailleurs et de préférence loin.

Peut-on imaginer une prochaine étape vers une légalisation pure et simple, en invoquant une harmonisation de la CEDH par exemple ?

La légalisation de droit (autorisation pure et simple de la GPA) est assez peu probable à court terme, essentiellement pour des raisons d’acceptation par la population, donc des raisons politiques. Mais comme il y a légalisation de fait, cela revient au même – encore une fois, pour les couples qui en ont les moyens financiers. L’étape suivante viendra sans doute de ce point : le marché des enfants réservé aux riches, cela ne tiendra sans doute pas très longtemps.

Il est intéressant, pour conclure, de voir ce que devient le droit sur la question du mariage et de la parentalité : il y a un hiatus complet entre la présentation qui est faite du droit et sa réalité. La première est fondée sur l’émotionnel et l’affectivité : la loi « mariage pour tous » est seulement destinée à permettre l’union de ceux qui s’aiment, la GPA est interdite car c’est mal, mais les enfants nés par GPA doivent être reconnus car les pauvres, ils ne sont pas responsables de ce qui leur arrive. La réalité du droit est toute autre : la loi « mariage pour tous » ouvre la voie vers le droit à l’enfant, et la GPA est reconnue de fait.

Cette évolution du droit est inquiétante. L’intérêt général et le bien commun voudraient que la loi soit claire, soit qu’elle autorise, soit qu’elle interdise…

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Jean Arcelin : “Une large majorité des 700 000 personnes en Ehpad mangera, pour le reste de sa vie, des repas à 1€”
02.
Profondément convaincus ou en réaction épidermique à Emmanuel Macron ? L’enquête exclusive qui révèle que les Français se disent nettement plus nationalistes et favorables au protectionnisme que les autres Européens ?
03.
Mont Everest : la fonte des glaces fait apparaître de nombreux corps d'alpinistes
04.
Soirée arrosée en boîte : Christophe Castaner filmé en train d'embrasser une inconnue
05.
A l’insu de son plein gré : le « nouveau monde » finira-t-il par faire basculer la France dans une nouvelle culture démocratique « grâce » à ses vieux travers ?
06.
Fumer du cannabis à forte concentration de THC augmenterait les risques de développer une grave maladie mentale
07.
Vous ne croyez pas au choc des civilisations ? Intéressez vous alors au sort de l'iranienne Nasrin Sotoudeh!
01.
Jean Arcelin : “Une large majorité des 700 000 personnes en Ehpad mangera, pour le reste de sa vie, des repas à 1€”
02.
Dégoût, colère, envie de révolution… : l’étude exclusive qui révèle la très sombre humeur des Français relativement aux autres Européens
03.
Philippe de Villiers : « Mon livre n’est pas complotiste, c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste »
04.
Et Marine Le Pen éclata de rire…
05.
Grand Débat, la suite : petite géographie des intellectuels français que reçoit Emmanuel Macron ce lundi (ainsi que de ceux qu’il ne reçoit pas)
06.
Révolution silencieuse ? Un groupe de physiciens armés d’ordinateurs quantiques a réussi (en quelque sorte) à remonter dans le temps
01.
Philippe de Villiers : « Mon livre n’est pas complotiste, c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste »
02.
Révolution, le retour : le scénario d’un vrai dérapage insurrectionnel est-il en train de devenir possible en France ?
03.
Grand Débat, la suite : petite géographie des intellectuels français que reçoit Emmanuel Macron ce lundi (ainsi que de ceux qu’il ne reçoit pas)
04.
Recours à l’armée face aux Gilets jaunes : la dangereuse fuite en avant du gouvernement
05.
Christchurch : de la théorie du Grand Remplacement à ses travaux pratiques
06.
Rokhaya Diallo va (peut-être) nous quitter pour les Etats-Unis
Commentaires (7)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Ganesha
- 14/12/2014 - 06:22
Tempête Médiatique
Cloette, je constate avec plaisir que vous avez au moins partiellement admis mon point de vue, qui ne fait que s'opposer à la tempête médiatique actuelle !
Quelle sont les motivations d'une femme qui abandonne son enfant ? Est-elle une pure et innocente victime, tandis que la mère GPA serait une criminelle assoiffée d'argent ? Ne serait-il pas souhaitable que toutes ces femmes, quelle soit leurs vraies motivations, reçoivent de l'argent, au lieu que ce soit seulement les tenancières (bonnes-sœurs / maquerelles) de l'orphelinat qui s'enrichissent ? L'enfant de la GPA a l'avantage d'être adopté dès sa naissance. Quant à ce que ressentent les enfants, ils sont surtout reconnaissants envers ceux qui les élèvent avec amour. Et puis, quelle curieuse obsession que celle de la parenté biologique, alors qu'en France, avec l'explosion des divorces, et des femmes qui préfèrent vivre seules ou deviennent lesbiennes, avoir au moins un beau-père, c'est déjà une chance ! Désormais, seule une minorité privilégiée des petits français passent leur enfance avec leur ''vrai papa et vraie maman'' ! En résumé, si on voulait interdire la GPA, il faudrait aussi interdire l'adoption !
cloette
- 13/12/2014 - 20:17
Grosse difference, Ganesha !
L'enfant étranger est abandonné par la femme pauvre et mis en orphelinat C'est triste pour lui, c'est le destin. Ill. Faut payer les filières, l'argent va à l'orphelinat, au pays, aux frais divers , rien à voir avec le business infâme qu'on a vu apparaître
Le résultat est-il le même ? Il est différent Souvent très difficile pour l'enfant étranger qui a eu une petite enfance difficile d'enfant abandonné, mais il y a des exceptions et il peut retrouver ses racines , ça peut l'aider
L'enfant GPA aura aussi été abandonné , il comprendra plus tard que les raisons ne sont pas du tout les mêmes que pour la femme pauvre, il n'aura pas de mère de substitution, et ne pourra s'en créer une dans son imaginaire,
Ganesha
- 13/12/2014 - 19:39
Beaucoup de Bruit pour Rien
En y réfléchissant un petit peu, quelle différence entre la GPA et un enfant étranger adopté ?
Un femme pauvre ''met en route'' un enfant ''par hasard'', puis se résout à le proposer en adoption... Une autre femme décide ''avec préméditation'' d'être enceinte en vue d'une GPA, et elle connaît même les futurs destinataires. Mais, au final, le résultat est le même ! Des parents français adoptent un enfant produit à l'étranger par une étrangère, et si cet enfant a tout ou partie de l'ADN de ses adoptants, c'est encore mieux ! La France est un pays merveilleux où l'adoption est libre et gratuite, mais tout le monde sait que sur les autres continents, il faut payer pour obtenir un enfant ! Ce qu'il faut espérer, c'est que l'argent aille en priorité à la ''productrice'', et pour le minimum aux ''intermédiaires''. Au final, comme aurait dit Shakespeare : ''Beaucoup de bruit pour rien'' !