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"Ne réduisons pas l'existence à la consommation"... Comment la gauche s'y est pourtant largement employée depuis 1968

Publié le 12 décembre 2014
Martine Aubry s'est prononcée contre le travail dominical prôné par Emmanuel Macron, au motif que le dimanche est "un moment précieux qui doit être consacré à la famille et aux amis, à la vie associative, à la culture et au sport". Omettant au passage que la gauche post soixante-huitarde a largement précipité le consumérisme tant méprisé.
Christophe de Voogd
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Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
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Gilles Lipovetsky
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Gilles Lipovetsky est philosophe et sociologue. Il enseigne à l'université de Grenoble. Il a notamment publié L'ère du vide (1983), L'empire de l'éphémère (1987), Le crépuscule du devoir (1992), La troisième femme (1997) et Le bonheur...
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Martine Aubry s'est prononcée contre le travail dominical prôné par Emmanuel Macron, au motif que le dimanche est "un moment précieux qui doit être consacré à la famille et aux amis, à la vie associative, à la culture et au sport". Omettant au passage que la gauche post soixante-huitarde a largement précipité le consumérisme tant méprisé.

Dans une tribune publiée mercredi 10 décembre dans Le Monde, Martine Aubry rappelle son opposition au projet de loi pour l'ouverture des commerces le dimanche, mettant au pilori les dérives d'une société consumériste :

"Veut-on faire de la consommation –  encore plus qu’aujourd’hui – l’alpha et l’oméga de notre société ? La gauche n’a-t-elle désormais à proposer comme organisation de la vie que la promenade du dimanche au centre commercial et l’accumulation de biens de grande consommation ?"

Atlantico : Cette gauche authentique, au-dessus des considérations matérialistes, à laquelle Martine Aubry semble se référer n'est-elle pas une gauche rêvée, qui n'a jamais existé dans les faits ?

Gilles Lipovetsky : C'est un effet de discours qui ne repose pas sur la question de la consommation, mais sur la défense des salariés vis-à-vis d'un certain nombre de réglementations. Le grand discours idéologique sur la consommation est purement incantatoire. Ce ne sont pas 4 ou 5 ouvertures de plus par an qui vont changer quoi que ce soit au rapport à la consommation, qui a aujourd'hui envahi la quasi intégralité des expériences vécues des individus, puisque presque plus rien ne se produit sans échange marchand.  Qu'on le veuille ou qu'on le déplore, la marchandisation des expériences et des désirs est déjà là. Il en est allé de même à Grenoble, où les affiches publicitaires ont été interdites : c'est une mesure purement idéologique, déconnectée du monde consumériste tel que le capitalisme le produit. La gauche met en avant des valeurs prétendument anticonsuméristes pour se donner une virginité, mais en réalité elle défend simplement un certain nombre de catégories professionnelles qui ne tiennent pas à travailler le dimanche.

Christophe de Voogd : Je serais atterré par ce qu'a écrit Martine Aubry, si seulement j'étais vraiment surpris ! Son message va tout simplement à contre sens de la gauche historique, qui a œuvré pour l'amélioration du bien-être des classes populaires et en particulier des travailleurs pauvres. Ce mépris de la consommation n'est rien d'autre qu'une considération de NANTIE. L'expression "accumulation de biens" est symptomatique et devrait faire grincer des dents dans de nombreuses chaumières, car la France compte des millions de citoyens qui, par définition, sont privés de consommation. Et pourtant voilà qu'une personnalité de gauche s'inquiète de "l'excès" de consommation. On a tendance à oublier en France que "l'horrible" mondialisation libérale a sorti de la misère 700 millions de personnes en l'espace de 20 ans. 

Quelles ont été les grandes étapes qui ont nous ont amenés à la société de consommation que Martine Aubry dénonce ? 

Gilles Lipovetsky : La première phase se situe dans les années 1920 aux Etats-Unis. Elle marque le début de la consommation des classes moyennes. Le consumérisme de masse, à proprement parler, voit le jour après la Seconde Guerre mondiale. C'est ce qu'on a appelé les Trente glorieuses, à partir des années 1950, qui concrètement se sont traduites par l'équipement des ménages en électroménager, voitures, radios, télévisions, etc. Aujourd'hui nous ne nous trouvons plus dans une société de consommation de masse, mais d'hyperconsommation. Alors que dans les Trente glorieuses l'essentiel des dépenses allait à l'équipement des ménages, depuis les années 1980 le système est centré sur l'équipement des individus : chaque membre de la famille possède son smartphone, son ordinateur, sa télévision.

Durant les Trente glorieuses, la consommation de masse reste très marquée par des cultures de classe. Les biens de luxe ne sont pas des objets qui entrent dans les aspirations des classes dites "inférieures". Aujourd'hui, une dérégulation des modèles s'est opérée : les jeunes des quartiers les plus déshérités aspirent eux aussi à posséder des marques. Ce ne sont plus des produits qui sont achetés, mais des marques. Tout le monde ne peut pas accéder aux grandes griffes, mais le désir est là, ce qui n'était pas le cas auparavant. L'avion, qui autrefois était admiré au décollage par les classes populaires, est devenu accessible à tout le monde grâce au low-cost. Ce qui apparaissait comme réservé aux classes supérieures est désormais désiré par tout le monde.

Martine Aubry n'a pas tort dans la mesure où de plus en plus d'expériences qui autrefois ne passaient pas par la marchandisation deviennent aujourd'hui payantes. Marcher ou courir, ce sont des activités gratuites, pourtant de plus en plus de personnes se rendent dans des salles de sport. Nous pouvons résumer les choses ainsi : chacun cultivait sa salade, puis on s'est mis à l'acheter au marché, puis on l'a achetée déjà prête… et ensuite, qui sait ? L'hyperconsommation n'est pas nécessairement négative, contrairement à ce que laisse entendre Martine Aubry. C'est simplement le constat d'une société dans laquelle tout passe par le paiement, y compris les choses les plus simples. Des espace-temps, comme le dimanche, échappaient encore à l'hyperconsommation, mais la dénonciation est ridicule car entre-temps internet est arrivé, et a transformé les gens en consommateurs permanents. Si bien que l'affaire du dimanche apparaît comme minime au regard du mouvement considérable que je viens de décrire.

Christophe de Voogd : Martine Aubry fait certes partie de cette génération du baby-boom qui a fait Mai 68: cela dit, le personnage, alors plus occupé par ses études, ne correspond pas à la gauche bobo post soixante-huitarde et je ne lui ferai pas ce procès. En revanche, vous avez raison, c'est tout le paradoxe de Mai 68, qui a finalement stimulé un individualisme, y compris sur le plan économique, qu'il combattait originellement. Mais j'irai plus loin. Il est frappant de voir que la gauche française se focalise sur la lutte contre les inégalités, et non pas contre la pauvreté. Vous ne trouverez pas un seul mot relatif à la pauvreté dans la tribune de Martine Aubry. La sacro-sainte lutte contre les inégalités  se résume à une lutte contre les riches: cf l'impôt à,75%. Churchill a eu ses mots très justes : "les socialistes luttent contre la richesse, nous, nous luttons contre la pauvreté".

Le mouvement de mai 68 s'inscrivait contre la société de consommation. Pourtant l'affirmation de l'individualisme, dans une perspective hédoniste, n'était-il pas le terreau idéal pour faire prospérer ladite société de consommation tant honnie ?  Après  68, le consumérisme n'a pas connu d'affaiblissement, bien au contraire…

Gilles Lipovetsky : Mai 68 a fait tomber la culture conventionnaliste, et donc la logique de l'épargne propre à la bourgeoisie. Car cette dernière, conformément à la morale de Max Weber, ne gaspille pas, contrairement à l'aristocratie. Mai 68 étant anti-bourgeois, le mouvement a fait tomber les anciennes réserves et limites  apportées à la quête de la jouissance. "Jouissez sans entrave" : si vous voulez partir au Club Med à l'instant "T", faites-le, car désormais l'important c'est de vivre au présent. Le consumérisme ne connaît que le présent, est le crédit est là pour l'aider. Autrefois il fallait épargner 20 ans pour jouir d'un bien. Mai 68 a été une rhétorique anticonsumériste qui n'a fait que précipiter le consumérisme.

Sous Mitterrand, la gauche a opéré son tournant libéral en 1983, et a largement adhéré au projet européen, lui-même fortement teinté de libéralisme. Est-ce faire injure à la gauche que de dire qu'elle a contribué, sous bien des aspects, au développement du libéralisme, le dernier exemple en date étant le projet de loi d'Emmanuel Macron ?

Gilles Lipovetsky : La gauche a contribué au libéralisme dans la mesure où elle a permis l'augmentation du pouvoir d'achat des masses, sur fond de rhétorique anticonsumériste, car le consumérisme reste le capitalisme, la marchandise. Mais de fait, plus personne dans le monde n'échappe au consumérisme. Le discours moraliste de Martine Aubry ne correspond pas aux aspirations des classes populaires, seulement à celles de la petite population des bobos. Ce que veulent  les moins riches, ce sont des heures supplémentaires défiscalisées pour mettre du beurre dans les épinards, partir en vacances, et acheter des Nike et des smartphones à leurs enfants. Le discours anticonsumériste n'est bon que pour ceux qui possèdent déjà tout.

La gauche est tiraillée : elle veut augmenter le pouvoir d'achat – qui par définition sert à consommer – et en même temps lutter contre le consumérisme, émanation d'un matérialisme sans âme, alors que le nec plus ultra, pour elle, c'est la citoyenneté.

Christophe de Voogd : Il n'est pas interdit de dire du bien du projet de loi d'Emmanuel Macron, qui s'inscrit véritablement dans la tradition du libéralisme, dont l'objectif est la lutte contre la pauvreté. D'Adam Smith à John Rawls, tous se sont demandés quel était le système le plus efficace pour aider les plus défavorisés. Evidemment cela va contre les idées reçues...  

En réalité la réaction de Martine Aubry est tout à fait à côté de la plaque : dans le projet de loi, rappelons-le, il est question de travailler moins d'un dimanche sur quatre dans l'année, sur la base du volontariat et avec une forte augmentation du revenu. Or jamais la Maire de Lille n'évoque le fait que les travailleurs du dimanche gagneront beaucoup plus. En bonne keynésienne formée dans les années 1970, elle n'a aucune idée des vertus de la politique de l'offre. Elle ne voit pas que le travail du dimanche va générer des revenus supplémentaires. Là encore, elle a une phrase symptomatique de nantie: "les revenus étant limités". Il est vrai que ces revenus supplémentaires ne concernent que des caissières de Monoprix... A aucun moment, elle ne semble réaliser que les belles activités du dimanche des nantis ("culture et sport") requièrent aussi des travailleurs pour les fournir ! Martine Aubry me rappelle mon arrière grand- mère, catholique ultra, qui proclamait, au repas familial du dimanche, le caractère sacré du repos dominical... devant sa bonne qui lui passait les plats ! 

Je vais vous faire une confidence : c'est cette hypocrisie - ou plutôt, dans le cas de Martine Aubry, qui est, je crois, sincère, cette inconscience - qui m'a fait quitter la gauche, il y a une vingtaine d'années. Il y a, certes, une autre gauche: de Rocard à Valls et Macron : qui, au moins, nomme les choses et les problèmes, du chômage de masse à l'illettrisme. Mais la gauche dominante en France, clientéliste avant tout, ne se soucie de la pauvreté que sur le mode de l'assistanat. Comme mon arrière grand-mère catholique, au demeurant...

Le libéralisme économique est-il forcément synonyme d'ultra-libéralisme et de marchandisation de la société ? 

Gilles Lipovetsky : L'ultra-libéralisme correspond à la fin des barrières et des réglementations édictées par la puissance publique. Il s'inscrit dans la politique de l'offre prônée par François Hollande, pour "libérer" les entreprises. Depuis Reagan, Thatcher et la gauche en 83, l'ultralibéralisme consiste à redonner de l'oxygène aux entreprises en procédant à une déréglementation. Il faut faire la distinction entre ultralibéralisme et ultra consumérisme : l'un s'adresse à l'offre, l'autre à la demande. La marchandisation, quant à elle, c'est la tarification de choses qui ne l'étaient pas auparavant. Comme courir, par exemple.

Christophe de Voogd : Le libéralisme que je préconise après Adam Smith, John Stuart Mill ou Friedrich Hayek, est celui qui cherche à dégager un surcroît de richesse pour le partager équitablement au sein de la société. Équitablement ne voulant pas dire "égalitairement". John Rawls, progressiste s'il en est, a démontré que des inégalités pouvaient et devaient être profitables aux plus défavorisés. 

La marchandisation, quant à elle,  est un fait aussi réel que dangereux. Mais en l’occurrence, il ne s'agit pas du libéralisme, mais du capitalisme, un système qui fait "profit de tout bois". Le libéralisme bien compris, lui, veut corriger les excès du capitalisme par la mise en concurrence, alors que le capitalisme aspire au monopole et aux rentes. Là encore, lisez Adam Smith ! La différence entre capitalisme et libéralisme, si complaisamment confondus en France, se mesure, entre tant d’autres preuves, au modèle chinois: un système "ultra capitaliste" mais pas du tout libéral !

Manuel Valls a clairement affirmé que la GPA était intolérable, et a déclaré attendre l'avis du Comité national consultatif d'éthique concernant la PMA pour les couples de même sexe. A gauche, cependant, toutes les voix ne sont pas à l'unisson, comme est venu le rappeler Pierre Bergé en décembre 2012 lorsqu'il a déclaré que "Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ?" Finalement, est-ce la gauche qui pousse le principe de la marchandisation jusque dans ses aspects les plus extrêmes ?

Gilles Lipovetsky : La gestation pour autrui est l'une des formes ultimes de la marchandisation. On pourrait penser que c'est le dernier point, mais il serait possible de trouver encore d'autres "débouchés". La France dit résolument "non" à la GPA pour le moment, mais d'autres pays, tout de même civilisés, l'ont autorisée. La marchandisation n'est pas un totem devant lequel il faut s'aplatir, tout n'est pas acceptable. La marchandisation des reins, la prostitution, posent des questions éthiques et morales.

Vous avez raison de préciser que toute la gauche ne se reconnaît pas dans la légalisation de la GPA. Sylvia Nagasinski notamment, érige la marchandisation au rang d'horreur.

Le mariage pour tous, porté par la gauche au nom de l'égalité, avec pour conséquence logique la possibilité pour les couples homosexuels d'adopter, ne participe-t-il pas de toute façon de cette logique de consommation et de satisfaction des envies ? Cette réforme ne s'inscrit-elle pas pleinement dans une logique de société de marché ?

Gilles Lipovetsky : L'adoption par les couples homosexuels relève du consumérisme. Cela relève d'un individualisme radical. L'individu s'accorde une autonomie absolue. Par exemple, si la science permet à une femme de soixante ans d'avoir des enfants, celle-ci pourra dès lors se demander : au nom de quoi m'impose-t-on des limites ? Le raisonnement est le même avec l'avortement, qui est fondé sur le contrôle qu'ont désormais les femmes de leur corps, et qui participe objectivement d'une individualisation de la société. Je n'exerce pas de jugement de valeur, je me contente de répondre à votre question : il s'agit simultanément d'une exacerbation de la logique marchande, en même temps que d'une expression de l'hyper individualisme contemporain.

Propos recueillis par Gilles Boutin

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2bout
- 11/12/2014 - 17:37
Mr Lipovetsky, avec Atlantico,
en abordant le thème de la GPA, vous rappelez que le modèle social voulu par cette gauche tend à uniformiser notre société, engendrant des besoins communs à l'ensemble de ses membres : au nom de l'égalité, on va réclamer le droit de consommer de la couche à tous ceux qui le souhaitent, et par ailleurs, on va interdire à d'autres de pratiquer une activité économique le dimanche. Pour rappel, l'expression totalitarisme dont relève les idéaux de cette gauche, vient du fait qu'il ne s'agit pas seulement de contrôler l'activité des personnes, comme le ferait une dictature classique. Le régime totalitaire va au-delà en tentant de s'immiscer jusque dans la sphère intime de la pensée, en imposant à tous les citoyens l'adhésion à une idéologie obligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis de la communauté. En clair, tout le contraire de la Liberté, qui offrirait le choix à chacun d'exercer ou non toutes les activités dont il aurait envie, au moment où il le souhaite.
Phlt1
- 11/12/2014 - 16:46
On peut le dire.?.
Le socialisme est la "philosophie du matérialisme".
Est ce qu'on peut le dire, ou ça fait vomir les bobos pseudo "humanistes".?.
Et tant qu'on aura pas admis cela, nous continuerons à nous faire pieger par cette idéologie qui fait le contraire de ce qu'elle prône parce que ce qu'elle prône n'existe pas dans la réalité.
Je n'ai jamais rencontré plus matérialiste qu'un socialiste.
mado83@free.fr
- 11/12/2014 - 16:23
"res, non verba" des réalités, non des mots
C de Voogd a TOUT dit, rien à ajouter si ce n'est que certains socialistes aimeraient bien retrouver les belles heurs des Soviets..