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Mobilité sociale : la France n’obtient pas du tout des résultats à la hauteur des sommes qu’elle y consacre.
Doublement coupable

Mobilité sociale : pourquoi la France n’obtient pas du tout des résultats à la hauteur des sommes qu’elle y consacre

Publié le 12 décembre 2014
Si la France s’invite régulièrement dans le club des pays à fortes dépenses publiques, son efficacité à lutter contre le déterminisme social reste décevante. La faute à des dépenses inadaptées aux défis des inégalités sociales et au progressif désintérêt pour son système éducatif.
Nicolas Goetzmann
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Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr. Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :
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Si la France s’invite régulièrement dans le club des pays à fortes dépenses publiques, son efficacité à lutter contre le déterminisme social reste décevante. La faute à des dépenses inadaptées aux défis des inégalités sociales et au progressif désintérêt pour son système éducatif.
  • La France consacre 57% de PIB en dépenses publiques mais reste un pays de fort déterminisme social ;
  • La lutte en faveur de la mobilité sociale passe par l’éducation, notamment des plus jeunes ;
  • En France, les dépenses relatives à l’éducation sont moins fortes que ne le laissent penser les dépenses publiques totales. Concernant l’enseignement primaire, la France tombe en bas de classement ;
  • La France dépense trop en asphyxiant la population sous les prélèvements obligatoires et le fait mal en minimisant l’école primaire, maillon essentiel de la lutte contre les inégalités.  

 

Ce n’est un secret pour personne, en 2013, la France a consacré 57,1% de son PIB en dépenses publiques. Ainsi, au regard des standards internationaux, la France est un champion international dans cette catégorie, un rang qu’elle partage avec les pays nordiques comme le Danemark, la Suède ou la Finlande. En termes de montants par contre, le total peut faire peur, puisque les 1200 milliards d’euros annuels de dépenses sont atteints.

Pourtant, malgré l’importante part de la richesse consacrée à la collectivité, la France ne parvient pas à agir efficacement. C’est ainsi qu’en 2010, l’OCDE pointait la faible capacité du pays à agir en faveur d’une mobilité sociale plus fluide, c’est-à-dire en faveur d’une plus grande égalité des chances.

Dans une étude consacrée à la mobilité intergénérationnelle, l’organisation évaluait la force du lien existant (élasticité) entre le revenu d’un individu et le revenu parental. Plus le niveau est élevé, plus la corrélation entre parent et enfant sera élevé :

 

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Si les pays nordiques comme le Danemark, la Finlande et la Suède occupent les meilleures places, la situation de la France interpelle. Car, malgré le niveau de dépenses publiques, la mobilité sociale est plutôt plus faible que celle des autres pays européens, Italie exceptée.

Il convient alors de s’intéresser aux dépenses qui permettent de promouvoir l’égalité des chances et de mesurer ce que la France y consacre. Sur ce point, le consensus est fort et l’OCDE l’indique clairement :

"Les politiques qui soutiennent l’accès à l’éducation des individus issus de famille défavorisées promeuvent la mobilité intergénérationnelle." Sans surprise, c’est bien l’éducation qui offre la plus forte capacité de réduire les inégalités existantes, en s’assurance d’offrir, au mieux, une certaine égalité des chances.

Et concernant les dépenses d’éducation, la France ne se situe plus en tête des classements internationaux, mais plus simplement dans une moyenne haute :

 

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Le premier enseignement apparaît alors. La France consacre une très forte part de ses revenus aux dépenses publiques, mais cette surenchère ne bénéficie pas réellement à son secteur le plus symbolique qu’est l’éducation nationale.

Pourtant, malgré cette déconvenue, les écarts existants concernant la mobilité sociale paraissent trop importants pour être simplement justifiés par ce seul écart. Il reste à affiner l’ensemble.

En octobre 2014, une étude menée par les économistes Isabelle Sawhill et Richard Reeves de la Réserve fédérale de Boston et intitulée Egalité des chances, définitions, tendance et interventions concluait : "Si l’on intervient tôt les résultats peuvent être impressionnants". Pour les auteurs, "intervenir tôt"  signifie soutenir les enfants dès le plus jeune âge, c’est-à-dire avant 5 ans. Après avoir "testé" le soutien scolaire à tous les âges, les auteurs indiquent que si les pouvoirs publics veulent obtenir les meilleurs résultats sur l’égalité des chances, c’est sur les premières années de l’enfant qu’il leur faudra investir.

Et en effet, les résultats sont impressionnants puisqu‘un soutien apporté à des enfants "défavorisés" de moins de 5 ans permet de combler totalement l’écart les séparant des plus favorisés :

 

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Ainsi, plus l’enfant est jeune, plus les bienfaits de l’intervention seront perceptibles. Il reste alors à rechercher, en France, le niveau des dépenses publiques consacré au plus jeune âge.

Concernant l’école préélémentaire et primaire, et selon France Stratégie, la dépense publique atteint 1.7% du PIB, contre 4% pour la Suède, ou 1.1% pour l’Allemagne. Mais la démographie a également un impact puisque la part de jeunes enfants dans la population n’est pas la même entre les différents pays. L’OCDE offre ainsi un comparatif des montants attribués à chaque élève de primaire en parité de pouvoir d’achat (en USD) :

 

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Le constat est accablant. Malgré son niveau record de dépenses publiques, les montants attribués aux élèves du primaire sont parmi les plus bas de l’échantillon. La France dépense beaucoup, sans doute trop, mais elle ne dépense pas là où elle pourrait être efficace afin de soutenir un modèle soutenant une plus grande égalité des chances. Et ce point avait déjà été mis en avant par le fameux classement PISA :

"Le système d’éducation français est plus inégalitaire en 2012 qu’il ne l’était 9 ans auparavant et les inégalités sociales se sont surtout aggravées entre 2003 et 2006 (43 points en 2003 contre 55 en 2006 et 57 points en 2012). En France, lorsque l’on appartient à un milieu défavorisé, on a clairement aujourd’hui moins de chances de réussir qu’en 2003."

Mais le constat n’est pas encore totalement satisfaisant. L’Allemagne dépense moins et dispose d’une mobilité sociale plus forte, les Etats-Unis dépensent plus et ont une mobilité sociale plus faible. Il reste alors à rechercher la dynamique de progression de ces dépenses afin de se faire une idée de la volonté des pouvoirs publics à s’attaquer à cette immobilité sociale. Dans un monde parfait, plus un Etat est confronté à une faible mobilité plus il aura tendance à s’attaquer au problème. Et pourtant, selon les chiffres fournis par l’OCDE, la France est le pays qui a le moins soutenu son système éducatif entre les années 2000 et 2008 :

 

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Le système français est ici doublement coupable. Dépenser trop en asphyxiant la population sous les prélèvements obligatoires. Dépenser mal en minimisant l’école primaire, maillon essentiel de la lutte contre le déterminisme social et la promotion de la mobilité intergénérationelle.

 

 

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Commentaires (2)
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Anouman
- 08/12/2014 - 19:01
Etude
Pas vraiment convaincante la conclusion car les Etats unis font moins bien que la France en terme de mobilité, dépensent plus par élève et ont eu une progression des dépenses plus élevée. On se demande d'ailleurs pourquoi la variation des dépenses auraient un quelconque effet sur la qualité de l'enseignement dès lors qu'elles sont à un niveau suffisant.
Tout ramener à une histoire de budget est un peu simpliste, d'autant que les chiffres ne vont pas tous dans le sens de la conclusion. Il y a aussi la qualité de l'enseignement (c'est à dire les méthodes) et les populations concernées.
zouk
- 08/12/2014 - 14:16
Education et mobilité sociale
Qui a tenté dévaluer le rôle des syndicats d'enseignants dans ce triste - pour la France - constat