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Certains comparateurs font par exemple évoluer les tarifs en fonction de l’heure d’achat pour rendre la réservation moins chère en pleine nuit.
Trop cher !
Dans les secrets des modes de fixation des prix des billets d’avion (et comment en tirer parti au mieux)
Publié le 30 novembre 2014
Acheter ses billets d'avion sur internet peut nous réserver quelques surprises. Quelques hésitations et, au moment de se reconnecter, le prix du billet a déjà augmenté... Ce phénomène donne lieu à beaucoup de rumeurs, notamment sur l'utilisation de nos cookies et adresses IP. Mais la vérité résiderait du côté du Yield Management.
Formateur en aéronautique, spécialiste de la sécurité aérienne et président du Centre de Traitement de la Peur de l'Avion (www.peuravion.fr), Xavier Tytelman est également chargé d'étude Veille Analyse Anticipation au profit du Bureau Opérations...
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Yves Crozet est Professeur à l’Université de Lyon depuis 1992. Aujourd’hui en poste à Sciences Po Lyon (IEP Lyon). Il est membre du Laboratoire d’économie des Transports (LET) qu’il a dirigé de 1997 à 2007. 
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Xavier Tytelman
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Acheter ses billets d'avion sur internet peut nous réserver quelques surprises. Quelques hésitations et, au moment de se reconnecter, le prix du billet a déjà augmenté... Ce phénomène donne lieu à beaucoup de rumeurs, notamment sur l'utilisation de nos cookies et adresses IP. Mais la vérité résiderait du côté du Yield Management.

Atlantico : La façon d'obtenir les billets d'avion les moins chers possibles fait débat. Concrètement, que sait-on aujourd'hui des méthodes de fixation des prix des compagnies aériennes ?

Xavier Tytelman : Les comparateurs de tarifs de vol permettent de définir en un clin d’œil quelle compagnie offrirait le billet le moins cher vers une destination donnée, et le classement des compagnies les plus abordables n’évolue que peu, les grandes tendances étant invariables. Certains aéroport de départ ont des taxes réduites, des compagnies profitent de l’emplacement géographique de leur escale pour économiser du carburant (comme les compagnies islandaises vers les Etats-Unis), d’autres pourront acheter le pétrole au plus bas (notamment les compagnies du Golfe) ou profiter d’un coût du travail compétitif (toutes les compagnies du monde sont dans cette situation en comparaison avec celles basées en France), et viennent ensuite l’espacement entre les sièges, les options comme les bagages de soute ou le placement dans l’avion.

D’autres facteurs, aussi nombreux qu’obscurs, permettent aux compagnies de faire évoluer le tarif des billets pour optimiser le chiffre d’affaire généré par un voyage : remplissage de l’avion (les premiers servis ont les tarifs les plus abordables), proximité avec la date de voyage, période et jour choisis (les compagnies réduisent le nombre de place offertes aux tarifs d’appels lors des vacances scolaires ou pendant les week-ends) ainsi que d’autres détails plus inattendus.

Certains comparateurs font par exemple évoluer les tarifs en fonction de l’heure d’achat pour rendre la réservation moins chère en pleine nuit. La plateforme sur laquelle on achète le billet a également son importance, et il est parfois intéressant d’utiliser le site web de la compagnie plutôt qu’un comparateur. Il en sera de même pour les vols partagés au sein des alliances aéronautiques.

A titre d’exemple, un voyage entre Paris et la Bulgarie effectué avec Air France à l’aller et Bulgaria Air au retour coûtera moins cher sur le site de la compagnie bulgare que sur celui d’Air France, alors qu’il s’agit pourtant du même avion… Difficile donc de trouver une logique ou une causalité systématique…

Yves Crozet : Les compagnies aériennes pratiquent ce que l'on appelle le "yield management" ou "revenue management". Cette méthode permet de faire varier les tarifs de façon à maximiser la recette et le taux de remplissage des avions.

Concrètement, pour le même billet de classe touriste par exemple, le prix peut varier du simple au triple, voire plus, selon que vous voyagez en milieu de semaine ou en fin de semaine, en période creuse ou en période de pointe etc.. Les compagnies savent que les voyageurs n'ont pas la même disposition à payer. Quelqu'un qui veut faire dans la journée un aller-retour Paris - Francfort est certainement financé par son entreprise et son agenda est contraint. On peut donc lui demander beaucoup plus qu'au retraité qui part pout 8 jours et dont les dates de déplacement sont très souples.

Les compagnies présentent leurs tarifs sur leur propre site, mais les transmettent aussi à d’autres sites de vente : selon l’endroit où on les regarde, les mêmes billets peuvent avoir des prix différents (voir ici). Comment l’expliquer ?

Xavier Tytelman : Les tarifs peuvent en effet largement varier selon le point de vente, notamment en raison des marges appliquées par chaque réseau de vente. On comprend aisément qu'un site web n'a pas les mêmes coûts fixes qu'une agence de voyage. De même, une compagnie ne proposera pas ses tarifs les plus avantageux à certains réseaux de distribution plus "sélect", notamment les grandes enseignes proposant des listes de mariages...

Mais même en limitant la recherche à internet, le tarif peut fluctuer. Certains sites proposent les vols qu'ils ont préréservé aux enchères, et l'on peut même trouver des voyages incluant l'hébergement à un tarif moindre que l'unique billet d'avion. Mais certains prix apparemment avantageux cachent aussi des surcharges qui n'apparaîtront qu'à la fin de la réservation.

Après 5h de recherche et de comparaison, vous réalisez qu'Opodo est 40€ moins cher que ses concurrents pour un vol identique. Vous vous lancez donc, mais arrivés au moment de payer, l'utilisation de la carte bancaire est facturée 46€... Certains comparateurs, comme Kayak, offrent désormais la possibilité de préciser quel moyen de paiement sera utilisé, et donc quelle surcharge sera appliquée. Cela représente un gain de temps important, les résultats obtenus étant aujourd'hui très fiables.

Les compagnies aériennes ont-elles recours à l'IP tracking ? Ce qui ferait fluctuer les prix entre deux connexions...

Xavier Tytelman : Les comparateurs de prix ont longtemps été accusés d’utiliser l’IP tracking, ou plutôt de l’exploitation des cookies contenus dans un ordinateur et permettant de retracer l’activité de chaque internaute. Cette pratique permet théoriquement à un vendeur en ligne d’adapter le tarif d’un produit en fonction de l’activité de l’internaute.

Un habitué des sites de vente en ligne qui aurait déjà fait des recherches vers un service et habiterait Neuilly sur Seine aura toutes les chances de voir le prix affiché évoluer à la hausse à chaque connexion. Le but est d’améliorer la marge du vendeur, mais provoquerait aussi des achats plus rapides, l’internaute pouvant constater que le tarif s’élève avec le temps qui passe. Même s’il paraissait évident que les comparateurs avaient recours à ce procédé, une étude de la CNIL et de la DGCCRF a prouvé le contraire en janvier dernier… Beaucoup de professionnels du voyage pensent néanmoins que c’est en réalité cette enquête qui a mis fin à cet usage.

Yves Crozet : Ce n'est pas officiel, mais beaucoup de sites internet le font. Plus vous allez sur un site avec le même ordinateur et plus le vendeur peut cerner votre profil et votre disposition à payer... Internet est une formidable source d'information pour les vendeurs de tout poil.

En revanche, il semblerait que ces dernières aient recours à ce que l'on appelle le Yield Management. En quoi cela consiste-t-il et quel est son effet sur les prix des billets ?

Xavier Tytelman : Le Yield Management, ou « gestion fine » en bon français, est une pratique systématique dans les transports ferrés et aériens. L’objectif est simple : remplir l’avion tout en réduisant la proportion de places disponibles à tarifs avantageux, des algorithmes calculant en temps réel l’offre idéale qui permettra d’atteindre cet objectif.

Si un avion ne se remplit pas au rythme normal, une proportion plus importante de sièges sera offerte à tarif réduit. A l’inverse, un nombre d’achat élevé sur un vol va réduire voire faire disparaître les places offertes dans les gammes de prix inférieures. Ce système conduit néanmoins à des aberrations, puisque le prix d’un trajet aller sera plus important dans un aller-retour sur une journée qu’en passant une nuit sur place.

La raison est simple : la population qui réalise ce type de voyage est très souvent composée de professionnels qui n’ont pas le choix et achèteront quel que soit le prix…

Avec le temps, ces algorithmes finissent néanmoins par devenir prévisibles, et un certains comparateurs de vols affichent même une tendance prévisionnelle pour le trajet choisi, avec parfois le conseil d’attendre quelques jours pour obtenir un tarif plus faible.

Dans quelle mesure la période de l'année a-t-elle une influence sur le prix des vols ? Faut-il se résigner à payer ses billets chers en période de fêtes ?

Xavier Tytelman : Les compagnies se basent sur l’historique de remplissage des avions à des périodes comparables pour déterminer la proportion de places offertes à chaque tarif. Le coût moyen du billet est toujours plus élevé en période de pointe, mais il y aura toujours, dans chaque avion, des billets aux prix d’appels destinés aux premiers acheteurs…

Yves Crozet : Oui, si vous voulez voyager en période de pointe, vous faites partie des captifs et en plus les demandeurs sont nombreux. Les avions dégagent donc une forte marge pendant ces périodes, ce qui permet de les faire voler en période creuse, quand ils travaillent  à perte. La fréquence des dessertes et leur maintien en période de basse fréquentation ne sont possibles que par cette discrimination tarifaire.

Au final, quelles conclusions faut-il en tirer pour acheter ses billets le moins cher possible ?

Xavier Tytelman : Tout dépend de ce que l’on cherche. Si l’on part avec un tour operator, celui-ci aura pré-réservé les places dans les avions et les nuits dans les hôtels, et il sera donc capable d’une grosse réduction dans les derniers jours.

Pour ce qui concerne les vols simples et si l’on fait abstraction des programmes de fidélité, une étude américaine a montré que les tarifs augmentent progressivement jusqu’à environ deux mois avant le vol. A cette date, si l’avion n’est pas assez rempli, des billets vont être bradés suivant le principe du Yield Management jusqu’à atteindre un niveau de remplissage normal. Une fois l’objectif atteint, les tarifs recommencent à augmenter de plus en plus vite.

En résumé : pour un voyage pendant les vacances scolaires ou un vendredi soir il vaut mieux ne pas attendre. A l’inverse, si l’on est flexible et que l’on peut partir en semaine, alors il peut être bénéfique d’attendre les deux derniers mois pour se lancer.

Dans tous les cas, il faut tester les comparateurs et les sites des compagnies aériennes, les différences peuvent être importantes même si, avouons-le, le temps passé à comparer les offres n’est que rarement compensé par l’économie réalisée…

Yves Crozet : Les acheter le plus tôt possible, ou le plus tard possible dans une logique de dernière minute, mais peu de compagnies font des rabais de dernière minute car avec le yield management, les avions sont déjà remplis. La meilleure solution pour payer moins est d'être flexible sur les dates et les destinations. Dès que vous ciblez une destination et une période donnée, vous avez ouvert votre jeur au vendeur....


 

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