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Les restos du coeur sont débordés, cette année encore.
A qui la faute ?
Tsunami sur les Restos du cœur : ce qu’on doit au contexte, ce qui relève des responsabilités individuelles dans la montée de la pauvreté en France
Publié le 25 novembre 2014
Alors que les Restos du cœur fêteront leur trentième anniversaire en 2015, lors de la campagne 2013-2014, l'association a reçu plus d'un million de personnes et distribué 130 millions de repas, un record. Si la situation est largement produite par l'environnement social, certains comportements individuels comme la surconsommation augmentent les risques de tomber dans la pauvreté.
Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.
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Alors que les Restos du cœur fêteront leur trentième anniversaire en 2015, lors de la campagne 2013-2014, l'association a reçu plus d'un million de personnes et distribué 130 millions de repas, un record. Si la situation est largement produite par l'environnement social, certains comportements individuels comme la surconsommation augmentent les risques de tomber dans la pauvreté.

Atlantico : Près de 9 millions de Français, soit 14% de la population, possèdent des revenus mensuels inférieurs à 950 euros par mois et sont donc considérés comme vivant en-dessous du seuil de pauvreté. Quelle part de responsabilité peut-on imputer au contexte économique et social ?

Laurent Chalard : Il convient de distinguer deux principales logiques concernant les bas revenus en France. Une première logique est d’ordre structurel. Dans un contexte de mondialisation à dominante libérale, les inégalités de rémunérations et d’accès au marché du travail ont tendance à augmenter, ce qui sous-entend que la partie la moins qualifiée de la main d’œuvre est en voie de paupérisation, que la conjoncture économique du moment soit bonne ou mauvaise.

Ce processus est cependant renforcé par une seconde logique d’ordre conjoncturel, qui est la crise économique dans laquelle la France se situe, qui se traduit par une montée du chômage, qui frappe durement les revenus des ménages les plus pauvres.

Quel est le profil sociologique type de ces Français qui vivent dans la pauvreté ?

Aujourd’hui, la paupérisation touche des populations aux caractéristiques de plus en plus diversifiées. Cependant, il est possible d’en faire un profil-type. Les Français les plus pauvres sont très largement des personnes peu formées (c’est-à-dire ayant un diplôme inférieur au Baccalauréat) et peu qualifiées (les ouvriers non qualifiés par exemple). Ils se concentrent dans les grands ensembles des grandes métropoles et dans les territoires ruraux et industriels touchés par la désindustrialisation et éloignés des grandes métropoles.

On les retrouve aussi bien à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis qu’à Revin dans les Ardennes. La paupérisation touche les plus jeunes, qui entrent sur le marché du travail, puisque ce sont les plus touchés par le chômage et par la précarité de l’emploi (le cumul de stages ou de petits boulots est commun). Concernant le type de famille, les familles monoparentales et nombreuses sont largement surreprésentées parmi celles touchées par la paupérisation.

Les évolutions de la structure familiale et de la nature de la solidarité ont-elles joué un rôle dans l'accroissement de la paupérisation française ?

L’augmentation de la fréquence des ruptures des unions fait que les personnes qui se retrouvent seules avec des enfants, en très large majorité des femmes, ont beaucoup plus de risques de basculer dans la pauvreté car le revenu du ménage ne repose plus que sur une seule personne. Si cette dernière perd son emploi et/ou travaille à temps partiel, les fins de mois deviennent alors très compliquées. La séparation d’un couple signifie donc de plus en plus un risque de déclassement social.

Un autre élément qui joue aussi est l’absence ou la faiblesse des solidarités intrafamiliales. Les disputes entre parents et enfants dans certaines familles peuvent conduire les uns ou les autres à « couper les ponts », et donc les enfants peuvent se retrouver dans une situation financière difficile s’ils n’ont pas encore acquis une situation professionnelle stable. C’est aussi valable pour des familles populaires où les parents considèrent qu’arriver à l’âge adulte, les enfants doivent se débrouiller tout seul sur le plan financier.

Or, aujourd’hui, dans un contexte de moindres revenus des jeunes par rapport à leurs parents, la redistribution familiale joue un rôle de plus en plus important dans les revenus des plus jeunes.

Faut-il considérer qu'il s'agit là d'une situation induite par l'environnement ou les individus sont-ils également responsables de ces évolutions ?

La situation est largement produite de l’environnement social.  Dans des familles où le lien social est brisé, il est très difficile pour les individus de sortir de logiques dont ils ne sont pas responsables. En outre, certains parents dans les catégories populaires ne comprennent pas toujours la nécessité d’aider leurs enfants car eux-même ont du se débrouiller tout seul dans la vie et ne les incitent pas à la réussite scolaire, puisqu’ils avaient réussi à obtenir leur emploi immédiatement à la sortie de leurs études courtes quand ils étaient jeunes. C’est un phénomène typique dans les anciens bassins industriels du nord-est de la France.

Le contexte, certes défavorable, peut-il expliquer à lui seul le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté ? Quels sont les comportements individuels "à risques" ?

En large partie oui, il serait effectivement dangereux de faire croire, suivant la logique du darwinisme social nord-américain, qu’une grande partie des pauvres sont forcément responsables de leur situation, ce qui est un moyen pour les élites de se défausser de leur responsabilité.

Cependant, pour une minorité de gens, il existe effectivement des comportements individuels qui vont augmenter les risques de tomber dans la pauvreté. Par exemple, la surconsommation de certains individus des classes populaires est un exemple type. Dans un contexte sociétal qui pousse à la consommation ostentatoire, certains individus moins argentés vont vouloir se procurer des biens qu’ils n’ont pas les moyens d’acquérir. Il s’en produit un processus de surendettement à l’origine de situations de pauvreté qui auraient pu être évitées si les personnes concernées n’avaient pas eu les yeux plus gros que le ventre.

Dans le cas particulier du surendettement, toutes les catégories de population sont-elles concernées ?

Oui, le surendettement n’est pas spécifique aux classes populaires, il peut aussi se retrouver dans des catégories sociales beaucoup plus favorisées, où la consommation ostentatoire est tout aussi (voire encore plus) valorisée.

Cependant, de par l’étendue de leur réseau social et familial, il est plus facile pour les personnes issus de ces milieux sociaux de trouver des bouées de secours lorsqu’elles se retrouvent dans des situations financières difficiles (comme pendant les périodes de chômage) que dans des catégories populaires, où les liens sociaux sont parfois brisés ou tout simplement parce que les autres personnes de l’entourage ne sont pas en capacité de venir les aider.

 

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Texas
- 25/11/2014 - 21:04
Voilà
Un sujet d' investigation pour les universitaires en Sciences Sociales...On trouve des travaux universitaires sur le sujet des restos du coeur ?