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La guerre d'Algérie a eu lieu de 1954 à 1962
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L’évolution de l’opinion sur la situation en Algérie pendant les 5 premières années de la guerre
Publié le 01 novembre 2014
Au cours de la "Toussaint rouge", le Front de Libération Nationale, perpétuait le 1er novembre 1954 une série d’attentats dans les départements algériens. Ces événements allaient marquer les esprits et être à l’origine des affrontements aboutissant le 18 mars 1962 à la proclamation de l’indépendance. A l’occasion du soixantième anniversaire de cette date restée dans les mémoires, l’Ifop revient sur l’évolution de l’opinion française au regard des événements qui ont marqué la période de 1955 à 1959 dans une note exclusive pour Atlantico
Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.
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Au cours de la "Toussaint rouge", le Front de Libération Nationale, perpétuait le 1er novembre 1954 une série d’attentats dans les départements algériens. Ces événements allaient marquer les esprits et être à l’origine des affrontements aboutissant le 18 mars 1962 à la proclamation de l’indépendance. A l’occasion du soixantième anniversaire de cette date restée dans les mémoires, l’Ifop revient sur l’évolution de l’opinion française au regard des événements qui ont marqué la période de 1955 à 1959 dans une note exclusive pour Atlantico

 

1- La montée de la crise algérienne (1955–1956)

 

L'évolution de la situation et l'action du gouvernement

 

En juillet 1956, et alors que le début de l’année a été marqué par le rejet du cessez-le-feu proposé par Guy Mollet au FLN, les Français sont assez pessimistes sur la situation en Algérie : ils estiment, pour une majorité relative d’entre eux (45%), qu'elle a empiré sur les six derniers mois alors que la part des optimistes se réduit à la portion congrue (16%). Mais, dans l’ensemble, ils hésitent à rejeter franchement la responsabilité de cette dégradation sur le gouvernement, préférant davantage ne pas se prononcer (46%) que d’imputer la faute de l’évolution de la situation dans l'action des dirigeants en tout (40%) ou partie (10%). 

Le choix d'une politique et la confiance dans le gouvernement

Ce sentiment d'une détérioration de la situation se traduit par une tendance renforcée à envisager de négocier avec les rebelles, plutôt que d'employer tous les moyens militaires pour venir à bout de la rébellion, pour le cas où les événements s'aggraveraient encore. Tandis qu'en avril 1956 deux courants égaux se manifestaient l’un favorable à une négociation, l'autre à l'emploi de moyens militaires accrus, trois mois plus tard en juillet les tenants de la négociation l'emportent nettement.

Face à la montée en puissance du conflit, une telle mutation de l’opinion n’a rien de surprenant. Toujours en avril 1956, et alors que les tenants de la négociation et de l’action militaire accrue faisaient jeu égal, presque la moitié des Français estimaient qu’il était prioritaire d’à la fois de rétablir l’ordre et de faire des réformes (47%), moins d’un tiers de la population considérant qu’il fallait reléguer l’aspect social et politique derrière celui de la force (30%).

En dépit de la situation plus tendue, et en dépit des critiques adressées de ce fait au gouvernement, celui-ci conserve dans l'opinion en juillet 1956 par rapport à avril le même degré de confiance pour régler les difficultés en Algérie. Confiance qui n'est au reste le fait que d'une majorité relative, un tiers s'abstenant de prendre parti à cet égard. 

Ce niveau de confiance s’avérait d’autant plus précieux au printemps-été 1956, qu’à l’automne 1955, avant d'être mis en minorité à l'Assemblée nationale, le gouvernement Edgar Faure ne jouissait pas de la confiance de la majorité du public pour régler les problèmes d'Afrique du Nord. Un tiers hésitait, et, parmi ceux qui se prononçaient, trois contre quatre lui accordaient leur confiance. Cette comparaison témoigne d’un accroissement notable de la confiance dans le gouvernement à faire face aux difficultés en Afrique du Nord entre octobre 1955 et l’été 1956.

L'effort financier et militaire

Si le gouvernement estimait nécessaire pour rétablir la paix en Algérie, soit de faire voter des impôts nouveaux, soit d'envoyer sur place la presque totalité du contingent, soit de mobiliser une ou deux classes supplémentaires, il serait suivi, en avril 1956, par un peu plus du tiers du public, soit environ la proportion de ceux qui lui font confiance à ce moment-là pour mener à bien sa tâche. En revanche, près de la moitié désapprouverait de telles mesures.

Dans sa très grande majorité, le groupe de personnes prêtes à accepter les trois mesures envisagées (21%) constitue un cœur de la population hostile à une négociation avec les rebelles : parmi eux, neuf sur dix souhaitent la répression de la rébellion sans négociation avec les rebelles même en cas d'aggravation de la situation, même si près de la moitié pensent qu’il faut mener de front les réformes et le rétablissement de l'ordre. En tout cas, ils font majoritairement confiance au gouvernement pour résoudre la crise algérienne et montrent une détermination certaine eu égard à leur faible niveau d’abstention de réponse aux questions soumises.

A l'opposé, parmi ceux qui déclarent refuser toutes les mesures envisagées (32%), il convient de mener à la fois le rétablissement de l'ordre et les réformes, et surtout de « négocier avec les rebelles l'indépendance de l'Algérie » (68% d’entre eux) plutôt que d’« employer tous les moyens militaires pour réprimer la rébellion ». Chez cette population plus favorable à la négociation, le nombre des hésitants est élevé ou très élevé, donnant ainsi une manifestation de moins bon moral.

Le statut et l'avenir de l'Algérie

Au début d'octobre 1955, une majorité relative des Français exprime sa préférence pour que l'Algérie conserve son statut de département français, plutôt que de la voir rattachée à la France métropolitaine par un lien moins étroit. Plus du quart toutefois n'expriment pas d'opinion à cet égard. Au cours du premier semestre de 1956, cette opinion évolue : la part de ceux qui estiment que l'Algérie doit continuer à constituer des départements français plutôt que d'avoir des liens moins étroits avec la métropole demeure l’option la plus citée, mais en baisse de 9 points entre février et avril, et de 7 points si l’on remonte à octobre 1955.

Alors que la proportion de Français favorables à ce que l’Algérie demeure un département s’érode, en avril, moins d’un tiers pensent que l'Algérie sera encore française cinq ans plus tard. En juillet, cette opinion recule de 12 points et passe derrière l’avis que l’Algérie acquerra son indépendance à brève échéance (28%). Aux mêmes dates, quatre à cinq Français sur dix (44% à 53%) ne se prononcent pas sur l'avenir, et leur abstention paraît être un signe que leur confiance ne correspond pas entièrement à leur désir, tel qu'il apparaît dans les opinions exprimées à l'égard du statut de l'Algérie.

En analysant plus finement les résultats, on observe une corrélation entre le pronostic sur l’avenir de l’Algérie et la confiance dans le gouvernement pour régler la crise. En avril 1956, les personnes qui font confiance au gouvernement ont ainsi tendance à penser plutôt que l'Algérie restera française : elles espèrent non seulement l'apaisement de la crise, mais aussi une solution qui maintienne l'Algérie dans la communauté française. Les personnes qui ne font pas confiance au gouvernement estiment plutôt que la cause est perdue. Le manque de confiance exprimé semble donc concerner moins le gouvernement actuel en particulier que la situation algérienne en général.

A l’été 1956, il apparaît donc que les Français ont déjà commencé à envisager la fin de l’Algérie française, voire à la pronostiquer : la perception de l’enlisement du conflit est notoire, et malgré une confiance encore relativement solide dans le gouvernement, la population ne se déclare pas prête à accepter les sacrifices qui permettraient à l’Etat de reprendre le contrôle de sa province d’Afrique du Nord. Face à l’intransigeance des mouvements rebelles algériens, l’option de la négociation prédomine dans l’opinion.

2- 1957 – L’Algérie et l’Union française

L’évolution de la situation depuis 1956.

En septembre 1957, l’essentiel du public se partage entre une vision pessimiste de l’évolution de la situation en Algérie par rapport à l’année précédente (40%), et le sentiment que la situation est restée stationnaire (40%). Seuls 12% des Français jugent que cette dernière s’est améliorée par rapport à l’année précédente.

Les Français se montrent partagés au sujet d'éventuelles négociations avec les chefs de la rébellion. Si en 1956 une majorité de Français était favorable aux négociations (53%), cette majorité n’est plus que relative en septembre 1957 (45%). Les répondants favorables aux tractations expriment clairement le souhait d’y voir inclues toutes les tendances de la rébellion algérienne, et non uniquement certaines d’entre-elles.

Mais dans le même temps, les Français estiment en majorité (58%) que la France ne devrait négocier qu'avec les représentants librement élus de toute la population algérienne.

Le statut et l'avenir de l'Algérie

Peu à peu, l'idée que l'Algérie doit garder son statut de départements français perd du terrain. Majoritaire jusqu'en avril 1956, cette tendance est devenue minoritaire en 1957. Mais l'hésitation demeure grande et la marge entre les deux tendances s’avère très faible.

En juillet 1957, la question avait été formulée de manière différente, faisant apparaître des tendances analogues. En tout état de cause, même si l'Algérie ne doit plus être considérée comme des départements français, elle doit aux yeux d'une large majorité rester une composante de la République française.

Ainsi, si les Français jugeant injustifiées les revendications d'indépendance (47%) forment un groupe uniforme dans l’idée que l’Algérie doit rester sous la souveraineté française (44%), les répondants pour qui ces revendications sont justifiées (34%) se divisent en deux groupes : d’une part les partisans d’une indépendance complète de l’Algérie (13%), et d’autre part les opposants à cette idée (19%).

La question suivante, posée aux opposants à l'indépendance totale, fait apparaître un partage des opinions avec une légère tendance favorable à ce que les députés algériens siègent dans une Assemblée fédérale à Paris, et non au Parlement français.

Quoi qu'il en soit du statut futur de l'Algérie, une large part des Français n'ose se prononcer sur l'avenir, et en particulier sur la question de savoir si elle sera encore française dans cinq ou dans dix ans. En ce qui concerne les répondants ayant exprimé une opinion, la tendance dominante s'est renversée au cours du deuxième semestre de 1957 : s'ils avaient tendance à croire plutôt jusque-là que l’Algérie serait encore française dans cinq ans, ils estiment qu'elle ne le sera plus dans dix.

Par ailleurs, la confiance qu'avait le public dans le gouvernement jusqu'au premier semestre de 1957 pour régler les difficultés d’Algérie ne se retrouve plus à la fin de l'année. Une majorité relative de Français n’ayant pas confiance dans le gouvernement au pouvoir sur ce point (43%).

Enfin, à supposer qu'aucune autre solution ne puisse être trouvée au problème algérien, et qu’il faille choisir entre lui accorder l’indépendance totale, ou employer tous les moyens militaires disponibles pour écraser la rébellion, le public français se diviserait en trois groupes. Les uns pour l'indépendance (38%), les autres pour l'emploi de toutes les forces possibles afin d'écraser la rébellion (36%), et un quart environ ne se prononçant pas. Cette division en deux groupes opposés paraît révélatrice de l’état d’incertitude du public français devant le problème algérien.

Aide extérieure à la rébellion et négociations

Bien que très réservé à ce sujet, plus du tiers des personnes interrogées ne souhaitant pas se prononcer, le public estime que la majorité de la population musulmane désapprouve les rebelles. Mais il est largement convaincu que l'Egypte, la Tunisie, les pays communistes, ou dans une moindre mesure le Maroc apportent une aide importante à la rébellion.

Les Français expriment également le sentiment qu’ils ne peuvent faire confiance à Habib Bourguiba, Président de la République tunisienne, ou au Sultan du Maroc, pour aider à trouver une solution au conflit algérien qui soit acceptable pour la France. De plus, les Français estiment que réunir ces personnalités autour d'une même table de négociations gênerait la recherche de solutions acceptable pour la France, plus qu’elle ne la faciliterait.

Suivant les affirmations répétées de leur Gouvernement, les personnes interrogées expriment également la volonté d’écarter les avis de l'Organisation des Nations Unies si elle vient à en donner sur le sujet algérien. Un Français sur deux souhaite que la France ne suive pas les éventuelles recommandations de l’ONU, pour moins d’un sur cinq qui souhaite qu’elle les suive.

Le problème algérien et les préférences politiques

Les paragraphes précédents, donnant les opinions de l'ensemble du public français au sujet des problèmes algériens, ont montré une grande incertitude et une grande dispersion des suffrages entre diverses éventualités, pour ne pas dire une très grande division. Aucune option ne semble, au moment des observations, rallier une majorité substantielle, aucun courant dominant n'emporte l'adhésion de la conscience collective.

Le problème algérien est lourd d'implications politiques, et les options possibles ne sont pas indépendantes des préférences idéologiques, et il importe en conséquence de considérer la situation de l'opinion en fonction de ces préférences.

Ainsi, les sympathisants du Parti Communiste se montrent beaucoup moins partagés, et leurs attitudes s'opposent nettement à celles des autres. Ils expriment pour huit à neuf sur dix d’entre eux leur soutien à l'indépendance totale de l'Algérie et à tout ce qui pourrait la préparer, et estiment dans les mêmes proportions que la situation a empiré depuis un an. Les sympathisants communistes rejoignent l'opinion des autres partis sur un point. Ils s’accordent avec eux pour ne pas suivre les avis de l'O.N.U., si celle-ci vient à en formuler concernant l'Algérie. La minorité de sentiment contraire est toutefois plus élevée parmi les communistes.

Partout ailleurs, les tendances dominantes sont de même sens, sauf sur une question : socialistes et radicaux se révèlent partisans de rechercher des négociations avec les rebelles, les indépendants et modérés comme les formations plus à droite plutôt hostiles à cette recherche, les républicains populaires étant exactement partagés.

3.   Janvier 1958 – La situation avant le putsch d’Alger

L'évolution de la situation

Pour la première fois depuis le début du conflit algérien, le public a le sentiment que la situation n'a pas empiré depuis les derniers six mois ; près de 3 Français sur 10 pensent même qu'elle s'est améliorée.

L'amélioration de la situation en Algérie est attribuée aux causes suivantes :

Néanmoins, l'impression que la situation s'améliore ne signifie pas la fin immédiate des difficultés ni des hostilités. Les optimistes l'espèrent d'ici quelques mois (13%) à un an (21%), les pessimistes ne la voient pas avant plusieurs années ou même jamais pour quelques-uns (8%).

L'amélioration ressentie s'exprime encore d'une autre manière en janvier 1958. L'avenir de l'Algérie demeure très incertain, mais pour la première fois depuis 1956, à la question : « A votre avis, est-ce que dans dix ans l'Algérie sera encore française ? », on observe une diminution sensible de la part des Français anticipant une séparation de la France et de l’Algérie, au profit d'une plus grande hésitation. Ainsi, et pour la première fois, les Français se montrent plus nombreux à estimer que l’Algérie sera encore française dix ans plus tard (27%). De plus, la majorité des indécis conservent un espoir, les quatre cinquièmes échappant à l'alternative en déclarant « peut-être ».

La recherche du cessez-le-feu

En relation ou non avec le sentiment que la situation est meilleure, la tendance dominante en janvier 1958, comme au cours de l'année précédente considère que le Gouvernement doit rechercher des conversations avec les chefs de la rébellion, en vue d'un cessez-le-feu.

D'autre part, les Français n'ont pas confiance en M. Bourguiba, président de la République tunisienne, ni dans le roi du Maroc pour aider à trouver en Algérie une solution acceptable pour la France. A cette date, les opinions à l’égard de M. Bourguiba se sont encore légèrement dégradées sur ce point, tandis qu'elles marquent une légère évolution positive à l'égard du roi du Maroc. 

4- Eté 1958 – La situation auprès le putsch

L'avenir de l'Algérie

Près de la moitié du public, depuis 1956, n'osait se prononcer à l’égard de l’avenir de l’Algérie et de savoir si elle sera toujours française dix ans plus tard. Parmi les Français exprimant une opinion, l'optimisme ne l'emportait pas toujours sur le pessimisme. Au début de juin 1958, sous l'effet du choc du putsch d’Alger, de la création d’un « comité de salut public » et du retour au pouvoir du général de Gaulle, à qui les Français font confiance pour ramener la paix, le courant optimiste l'emporte nettement (42%). Quatre personnes sur dix n'en restent pas moins dans l'expectative.        

Le statut de l'Algérie

Ce regain de confiance, mais cette hésitation persistante à se prononcer, dissimulent beaucoup d'incertitude et de courants opposés dans l'opinion. En effet, en août, la majorité approuve l'idée d'intégration des 9 millions de musulmans d’Algérie (52% contre 21%). Mais 40% seulement la croient possible, contre 26% d'avis contraire. Enfin, le public se révèle hésitant et partagé au sujet des perspectives d'indépendance à plus ou moins long terme : 41% contre 36% estiment que tôt ou tard il faudra donner l'indépendance à l'Algérie. 

Souhaiter l’intégration de la population musulmane d’Algérie d’une part, et d'autre part envisager l'indépendance dans un avenir plus ou moins lointain, représentent-elles des options qui s'excluent l'une l'autre ? A en juger par les réactions du public, elles ne s'opposent que dans une certaine mesure, et les prises de position simultanées, dans leur imbrication parfois confuse, expriment à la fois la complexité du problème, et l'embarras d'une partie des Français. Certes, approuver l'intégration, c'est le plus souvent penser qu’elle est possible, mais pour une minorité il y a une séparation entre le souhaitable et le possible. De plus, l'opposition à l'idée d'intégration s'accompagne le plus souvent de l'idée qu'il faudra tôt ou tard en arriver à l'indépendance (71% contre 22%). Surtout, un courant minoritaire, qui dépasse néanmoins le tiers des répondants, approuve l'intégration tout en pensant qu'elle ne sera pas définitive et qu'on en arrivera à l'indépendance. 

Le rôle de l'armée depuis le putsch d’Alger du 13 mai 1958

Quelles que soient les positions adoptées à l'égard de l'Algérie, la majorité des Français jugent utile pour la France le rôle qu'a joué l'armée en Algérie lors des événements du 13 mai 1958 (55%). Ils apprécient également l'action du général Salan en tant que délégué du gouvernement français en Algérie (47%), cette satisfaction vis-à-vis du commandant de l’armée est sans surprise liée positivement à la perception du rôle de cette dernière durant les événements du 13 mai.

5.     1959 - Le principe d’autodétermination de l’Algérie entre dans les esprits

 

La situation générale

Concernant le problème algérien, les espoirs nés de retour au pouvoir du général de Gaulle n'ont pas tous été confirmés par les faits, si l'on en juge par les fluctuations de l'opinion publique. Tout d'abord, on constate que l'Algérie occupe une place de plus en plus importante dans la conscience des individus. En février 1959, les conséquences de la situation en Algérie occupent le deuxième rang dans les préoccupations personnelles des Français. 

D'autre part, la grande majorité estime que la situation en Algérie ne s'est pas modifiée au cours des derniers mois, soit un sentiment de statu quo toujours délétère pour un pouvoir engagé dans un conflit à l’étranger. Parallèlement, si la proportion de ceux qui croient à une détérioration de la situation reste faible, la tendance à croire à une amélioration a sensiblement diminué depuis janvier 1958. 

Au cours de l'été 1958, les deux tiers des Français faisaient confiance au général de Gaulle pour rétablir la paix en Algérie. Mais cette vague de confiance exceptionnelle devait décroître rapidement : d'août à septembre 1958, le niveau de confiance passait de 68% à 51%, tandis que la proportion de personnes déclarant ne pas avoir confiance atteignait le quart de la population. On ne décèle, depuis cette époque, aucune évolution des attitudes. En février 1959, ce sont encore deux personnes contre une qui accordent leur confiance au gouvernement actuel pour résoudre le conflit algérien ([1]).

L'évolution des attitudes ne peut être attribuée à des divergences de vues que certains prétendent apercevoir entre le général de Gaulle et le Premier ministre, M. Debré. En effet, la majorité n'exprime aucun avis à ce sujet, et la tendance dominante parmi les autres n'aperçoit aucune divergence semblable. 

Les données politiques

Les Français continuent à penser que la guerre en Algérie est alimentée en grande partie de l'étranger : les pays communistes en général, la Tunisie et le Maroc, l'Egypte comptent au premier rang parmi les pays qui aident la rébellion. Concernant l'Egypte, les opinions en février 1959 sont semblables à ce qu'elles étaient deux ans plus tôt.

Les sentiments n'ont pas changé non plus en ce qui concerne les attitudes prêtées à la population musulmane à l'égard des rebelles. Bien que très hésitant, le public continue à estimer plutôt que la majorité désapprouve les rebelles.

Malgré l'état de guerre, des élections ont eu lieu en Algérie en novembre 1958 pour élire des députés à l'Assemblée Nationale. Si la majorité du public considère les députés européens d'Algérie, issus de cette consultation, comme parfaitement représentatifs de la population, une réserve assez nette se manifeste en ce qui concerne la représentativité des députés musulmans. A noter que le regard sur la représentativité des élus algériens varie sensiblement que les interviewés estiment ou non que la situation a évolué positivement.

Le problème des négociations

 

Malgré un refus assez net à admettre que le FLN soit approuvé par la population musulmane d'Algérie, deux Français contre un se déclarent favorables au principe de négociations avec ses représentants.

Un sondage effectué un mois plus tôt, en janvier 1959, auprès d'un échantillon d'hommes donnait même une majorité plus forte en faveur de telles négociations (63%). Quoi qu'il en soit, le courant favorable à des négociations avec les représentants du FLN ne se dément pas.

Lors de cette même enquête de janvier 1959 auprès d'un échantillon d'hommes, une nette majorité, 53% contre 29% d'avis contraire, déclarait approuver les mesures de grâce prises par le général de Gaulle à l'égard des Algériens condamnés à mort, qui ne seraient pas exécutés. L'approbation se révélait d'autant plus marquée que les hommes interrogés étaient plus jeunes.

Le statut de l'Algérie

S'il existe un courant favorable à des négociations avec les représentants du FLN, l'idée qu'il faudra tôt ou tard donner l'indépendance politique à l'Algérie gagne du terrain. Alors que la tendance hostile à cette indépendance à terme était presque aussi forte en août 1958, elle est devenue en février 1959 nettement minoritaire. Au contraire, 51% se rallient à l'idée de cette indépendance dans l'avenir. 

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