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La moitié des parents qui se sentent inaptes à accompagner leurs enfants dans leurs devoirs du soir.
Ravages de l’idéologie

53% des parents incapables d’aider leurs enfants à faire leurs devoirs ou comment l’école a fini par exacerber les injustices sociales qu’elle voulait combattre

Publié le 02 octobre 2014
Plus de la moitié des parents qui se sentent inaptes à accompagner leurs enfants dans leurs devoirs du soir, c'est la triste réalité mise en avant par un sondage Opinion Way. Du déficit d'autorité aux dérives liées aux théories éducatives aujourd'hui mises en application, les raisons sont nombreuses.
Pierre Duriot est enseignant du primaire.Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les...
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Jean-Paul Brighelli est professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français. Il est l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment  La Fabrique du crétin (Jean-Claude Gawsewitch, 2005) et La...
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Plus de la moitié des parents qui se sentent inaptes à accompagner leurs enfants dans leurs devoirs du soir, c'est la triste réalité mise en avant par un sondage Opinion Way. Du déficit d'autorité aux dérives liées aux théories éducatives aujourd'hui mises en application, les raisons sont nombreuses.

Atlantico : Selon une étude Opinion Way révélée par "Le Parisien" mardi 30 septembre, 53% des parents se sentiraient incapables d'aider leurs enfants à faire leurs devoirs dans toutes les matières. Les parents parvenaient-ils auparavant à aider davantage leurs enfants ? Quelles en sont les raisons ?

Pierre Duriot : On rentre avec cette thématique sur un terrain électoral miné et régi par la langue de bois, comme beaucoup de paramètres touchant à l'enfance et à l'éducation. Oui, 53 % des parents sont en but avec leurs enfants sur la question des devoirs mais parce qu'ils en sont incapables, il suffit de savoir lire et compter en fait. Les devoirs ne sont pas une activité pédagogique mais de suivi et donc ne nécessitent pas de compétence particulière, en primaire du moins.

Le hic vient du mot en lui même "devoirs", devenu iconoclaste dans une société qui raisonne perpétuellement en termes de "droits". Sur le terrain et en pratique, faire faire les devoirs nécessite une posture de personne ayant autorité et là, on commence à comprendre pourquoi c'est si difficile. Nous sommes dans une "crise de l'autorité" avec nos enfants modernes, cela a été montré et remontré par de nombreux observateurs et c'est palpable pour tout un chacun. En fait, ce ne sont pas les parents qui sont incapables de suivre les devoirs, mais l'enfant qui leur dénie cette forme d'autorité : il ne veut pas que les parents lui imposent cette forme de contrainte, de la même manière qu'il peine déjà à accepter les contraintes liées à l'école et ce à tous les niveaux. Les parents qui réussissent à faire faire leurs devoirs à leurs enfants sont aussi ceux qui arrivent à les coucher à heure fixe, à faire taire leurs marchandages et à imposer des règles de vie intangibles en famille. On ne peut pas laisser en permanence filer son autorité, céder au quotidien par facilité et s'improviser précepteur le moment des devoirs venu. Mais les instances de l'éducation nationale ne peuvent pas s'aventurer sur ce terrain. Et comme on étudie la suppression des notes qui stigmatisent, on étudie aussi la suppression des devoirs qui se terminent en crises à la maison, mais cela ne résout pas le problème à la racine.

Jean-Paul Brighelli : Mes parents ne s'intéressaient pas (mais alors, pas du tout !) à mes devoirs (j'en avais peu : nous bossions suffisamment à l'école !), ni à mes leçons (un texte à apprendre par cœur chaque jour, récitation ou résumé d'Histoire). Ils faisaient confiance — avec raison — à l'Ecole de la République. Peut-être le lien est-il distendu, la confiance entamée, ou rompue par trente ans de pratiques pédagogiques aventureuses. En tout cas, les parents actuels tentent massivement  — quand ils en ont le temps — de s'impliquer dans le travail de leurs enfants. Qu'ils n'y arrivent pas témoigne à la fois de la difficulté de certains parents (si nous avons à l'école des "publics différents", comme on dit poliment, c'est qu'il y a aussi des "parents différents" — non francophones, par exemple), et de l'écart grandissant entre les apprentissages des parents (30 ans en arrière) et ce qui se fait aujourd'hui en classe — ne serait-ce que dans la terminologie : quel parent comprend les termes de la "grammaire de texte", étudiée au hasard des rencontres, eux qui ont appris la "grammaire de phrase" — systématique ; ou les techniques modernes de division en Primaire ?

Dans quelle mesure l'évolution des méthodes pédagogiques y est-elle pour quelque chose ?

Pierre Duriot : L'évolution des méthodes pédagogiques y est pour peu de choses en vérité dans les petites classes. Les règles de base de français et de calcul sont restées les mêmes, les terminaisons des conjugaisons et les tables de multiplication restent à apprendre par cœur sans que quelque méthode y soit pour grand chose. Cela se faisait avant et ne se fait plus ou plus aussi bien. Ce qui a changé c'est la posture des enfants face à ces règles de base, certes peu ludiques, ingrates même, mais qu'il faut bien faire l'effort d'apprendre, faute de quoi la grammaire ou le calcul ne seront jamais sus. D'ailleurs les faits montrent bien que l'écriture, régie justement par ces règles non apprises, part en vrille. Après l'école primaire, les devoirs de collège demandent de maîtriser un minimum les nouvelles technologies et donc d'en disposer, ce qui induit une forme d'inégalité face aux devoirs, tous les élèves n'étant pas outillés de la même manière, les profs non plus d'ailleurs.

Jean-Paul Brighelli : Le par cœur a considérablement rétrogradé — et c'était la façon la plus simple de contrôler ce qu'apprenaient les enfants. De même les manuels scolaires, de plus en plus remplis de "compétences" à évaluation complexe et non de savoirs fixes.

Les devoirs et le nombre grandissant de parents incapables d'aider leurs enfants, laissent penser que seul un petit nombre d'initiés parvient encore à épauler ses enfants. Quel est aujourd'hui le profil des parents qui parviennent à aider leurs enfants ?

Jean-Paul Brighelli : Prioritairement, les enseignants — auxquels on ne manque pas de reprocher ce statut d'initiés. Mais plus largement les classes les plus culturellement (et socialement) privilégiées. Tout se passe comme si on cherchait absolument à donner raison totalement à Bourdieu : les Héritiers dénonçaient dans les années 1960 la prise de contrôle du système éducatif par la "bourgeoisie", comme on disait alors. Ce n'était que partiellement vrai. Grâce à des théories pédagogiques aberrantes, aujourd'hui, nous y sommes : seuls les initiés comprennent ce que l'école attend. Et sauf exception montée en épingle, seuls les enfants d'initiés réussissent.

Pierre Duriot : Oui, un petit nombre d'initiés reste capable d'aider ses enfants au-delà de la primaire. Il ne faut pas seulement un peu de compétence, il faut du temps et le bon positionnement relatif à l'autorité. Quand on a évacué les problèmes liés à l'autorité, les parents la tête dans le guidon professionnel qui n'ont pas le temps et ceux qui parfois s'en désintéressent, il ne reste plus grand monde et c'est ce que montrent les enquêtes : l'école d'aujourd'hui reproduit les inégalités en les amplifiant, ne remplit plus très efficacement son rôle d'ascenseur social et privilégie une petite catégorie de la population. Cependant le facteur "devoirs" n'est pas seul en cause. La maîtrise des nouvelles technologies conduit souvent à des copiés/collés grossiers, même pas retravaillés. La situation financière des parents est également prépondérante, soit pour payer des cours du soir ou des séances de "devoirs du soir" effectuées par des personnes compétentes et ayant autorité, soit pour assurer les frais liés aux études secondaires ou supérieures.

Dans quelle mesure cette situation est-elle une source croissante d'inégalités ? Qui sont les enfants qui en font les frais ?

Jean-Paul Brighelli : Bien évidemment les plus démunis — culturellement et socialement. Les parents pourraient être des prolongements des maîtres — ils ne le sont que s'ils sont eux aussi maîtres (au sens politique, cette fois).

Pierre Duriot : L'inégalité est inhérente à la condition humaine et il faut élargir le débat au-delà de l'école pour comprendre la "source croissante d'inégalités". Les groupes d'individus se marient entre personnes de la même classe sociale et leurs enfants sont inclus dès le départ dans des trajectoires plus ou moins socialement élevées. L'école contribue de moins en moins efficacement à réduire ces inégalités pour des motifs internes liés à la formation des professeurs, aux errements pédagogiques parfois, à l'abandon de pans entiers des apprentissages fondamentaux au profit de matières dont on ne voit pas bien ce qu'elles viennent faire à l'école, comme le code de la route ou la nutrition, entre autres. Mais également, les motifs économiques encore une fois sont incontournables. Que penser d'un enfant de petite bourgade qui doit se déplacer pour aller au lycée, puis en études supérieures dans une grande ville située à plus de 100 kilomètres ? Et même d'un enfant de la campagne morvandelle, scolarisé en regroupement pédagogique, loin de chez lui, dès la maternelle, par rapport à un gosse qui dispose de son école de quartier et plus tard de ses études supérieures à quelques pas de chez lui ? L'inégalité est là dès le départ et pour de nombreux autres motifs qu'il serait trop long de passer en revue ici. Et puis le niveau de culture, de sollicitation, de propositions de la famille est également important. Il faut mieux être enfant dans une famille riche intellectuellement, financièrement et culturellement pour être un bon élève, c'est une évidence, mais en ces temps d'égalitarisme forcené il est bon de le rappeler. Cela a largement été montré par les statistiques prenant en compte l'origine sociale des élèves.

Comment faire en sorte que les devoirs ne soient plus une source d'inégalités supplémentaires ?

Pierre Duriot : Il n'y a guère de solution tant l'école n'est pas la seule imbriquée dans les modalités qui président à la "construction" de nos enfants d'aujourd'hui, tant elle n'a plus non plus le monopole de l'instruction. La solution que l'on voit arriver sera celle de la suppression pure et simple des devoirs, ce qui revient à mettre la poussière sous le tapis. Mais on le voit en faculté ou dans les grandes écoles, quand l'élève a la totale maîtrise de son travail. Certains se "fabriquent" eux-mêmes leurs devoirs en potassant d'autres sources de savoir en relation avec leurs cours et d'autres se contentent des cours, quand ils y vont !

La vraie solution consiste à donner à tout le monde l'envie d'apprendre, cette capacité que l'on voit chez certains élèves avides de savoirs et de compétences, ce qui leur permet de dépasser à la fois les questions de "devoirs", mais aussi d'aller plus loin qu'une école dont la tendance est de distiller des savoirs mécaniques et répétitifs où le sens passe au second plan. Tout un programme dont nous ne prenons pas le chemin.

Jean-Paul Brighelli : On a essayé (dès les années 50, déjà sous un gouvernement de gauche) de supprimer les devoirs à la maison — pour supprimer les inégalités, justement. Puis dans les années 70, on a imposé les "maths modernes" avec l'idée de mettre tous les élèves à égalité — puisque les maths que l'on avait programmées étaient inconnues des parents. C'était une idée tordue. La solution la plus fiable serait de restaurer complètement l'apprentissage systématique des savoirs — de façon à ce que chaque enfant puisse chaque soir répondre à la question "Qu'as-tu appris aujourd'hui ?". A priori, une école bien conçue peut se passer de la collaboration des parents — elle demande juste leur complicité, même si je ne sous-estime pas le moment de complicité que constitue le fait de se pencher sur les devoirs de ses enfants. Mais ce ne sera pas avec ce gouvernement.

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pale rider
- 02/10/2014 - 14:09
"La vraie solution consiste à donner à tout le monde l'envie
d'apprendre" : tant qu'on lira ce genre de bêtise , on ira dans le mur.
Une jeune né dans ce siècle , sous nos latitudes DOIT apprendre ,pas le choix, à moins de devenir un paria. Un socle minimal d'apprentissage doit être défini , accessible à tous et doit être non négociable . Que l'enfant soit moteur est évidemment souhaitable, mais tant pis si ce n'est pas le cas, il apprendra sans plaisir mais dira merci plus tard pour avoir rencontré des gens qui l'ont aidé à se construire.
The Jester
- 02/10/2014 - 13:57
Une volonté !
Clairement mon fils a 18 ans et jusqu'a la fin du lycée j'ai essayé de l'accompagner. Clairement les manuel scolaire et les méthodes semblent avoir été choisi pour ne pas être en mesure d'expliquer quoi que ce soit. Dans certain cas je ressortais mes bouquins et cours (je garde bcp de choses) pour pouvoir expliquer et lui montrer certaines problématique, et bizarrement ca passait bcp mieux !