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En 2014 comme en 1914, les soldats sont nombreux à souffrir de stress post-traumatique.
Corps et chair

Les Invictus games 2014 pour les invalides de guerre, l’événement qui pourrait nous faire oublier que les pires blessures ne sont pas forcément celles que l’on voit

Publié le 14 septembre 2014
Les Invictus Games, une compétition sportive organisée par le prince Harry qui oppose des centaines de soldats blessés venant du monde entier, se terminent aujourd'hui à Londres.
François Lebigot est psychiatre des armées et professeur agrégé à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce.Membre de l'association Otages du monde, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Le traumatisme psychique (Fabert, 2011).
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François Lebigot est psychiatre des armées et professeur agrégé à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce.Membre de l'association Otages du monde, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Le traumatisme psychique (Fabert, 2011).
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Les Invictus Games, une compétition sportive organisée par le prince Harry qui oppose des centaines de soldats blessés venant du monde entier, se terminent aujourd'hui à Londres.

Atlantico : Chaque jour, en Irak et en Syrie notamment, des hommes sont abattus. Derrière l'arme, d'autres hommes. Quelles sont les souffrances psychologiques dont sont victimes les soldats de retour du front ? Quelles séquelles cela peut-il laisser et concrètement comment se manifestent-t-elles ? 

François Lebigot : Comme on peut l’imaginer, ces soldats reviennent pour la plupart dans un état d’angoisse aigue importante qui va mettre du temps à se dissoudre.

Un certain nombre d’entre eux souffrent de ce que l’on appelle le syndrome de stress post-traumatique (SPT), une anxiété chronique qui peut mettre plusieurs jours, mois, voire année à se défaire. Certains l’endurent même toute leur vie. Ce syndrome se caractérise par une reviviscence, c’est-à-dire qu’il va revivre à plusieurs reprises – pour certains tous les jours – le ou les évènements en question, que ce soit la nuit au cours de cauchemars, ou en état de veille, la journée. Comme happés dans une bulle, ils vont ressentir les mêmes odeurs, réentendre les mêmes bruits, se parler tout seul, etc. Est associé à cela le sentiment d’y être et d’être dangereux pour lui comme pour les autres.

Le soldat pourra également subir d’autres symptômes non-spécifiques au SPT mais qui peuvent lui être associés, comme des états de panique, d’angoisse, de dépression, des troubles du comportement (agressivité, repli sur soi), des tendances suicidaires, toxicomanes ou alcooliques, et enfin des maladies psychosomatiques (diabète, ulcère, hypertension).

Au fond, il y a souvent un sentiment de culpabilité, de honte et d’abandon. La plupart sont envahis par l’horreur et se sentent délaissés par le monde des hommes. Ils remettent en cause leurs actions, voire leur propre existence. Ils se sentent souillés par les crimes qu’ils ont commis, par le sang, la violence et l’horreur.

Ces symptômes surviennent-ils directement après avoir été en contact avec la mort ou peuvent-il se déclarer plus tard ?

Cela dépend du soldat. Certains sont littéralement choqués directement après, d’autres auront un temps de latence avant que les premiers symptômes ne se déclarent. Généralement, c’est une fois chez eux, lorsque le retour à la réalité est d’autant plus frappant et la rupture plus violente que le SPT fait son apparition, un peu comme un lourd secret qu’ils auraient refoulé le temps de leur mission, puis qui réapparaitrait une fois revenu dans un lieu dans lequel ils ont auparavant vécu alors qu’ils se sentaient encore innocents. D’autres encore l’expérimenteront des années de refoulement plus tard. 

Ce type de traumatismes affecte-t-il tous les combattants ? Certains sont prêts à mourir en martyr comme les djihadistes, ne peuvent-ils pas se sentir galvaniser à l'idée d'avoir éliminer un ennemi ?

Pas forcément. Environ 15 % des soldats qui reviennent du front souffrent du syndrome de stress post-traumatique, tandis que les autres vont généralement relativement bien. Même si certains se disent prêts à mourir en martyr et peuvent même se sentir galvanisés à l’idée d’éliminer un ennemi, cela ne veut pas dire pour autant qu’ils ne souffriront pas du SPT. 

Les conflits, les combats ont beaucoup changé. Certains soldats pilotent des drones à distance et ne sont jamais au contact des humains qu'ils touchent. Dans quelle mesure l'évolution des conflits a-t-elle eu un impact sur le type de séquelles ? Les soldats d'aujourd'hui souffrent-ils des mêmes maux que leurs prédécesseurs de 14-18 ou de 39-45 par exemple ?  

Bien entendu, les soldats qui combattent à distance sont protégés les balles comme par les traumatismes psychologiques – dans une certaine mesure. Mais pour tout ce qui est combat rapproché ou semi-rapproché, en tout temps, les troubles restent les mêmes, à savoir ce fameux SPT. 

Au sortir de la guerre 1914-1918, les combats se faisaient beaucoup au sol et les conditions étaient particulièrement difficiles. Si les bombardements et les combats ont été intenses, il y a de fortes chances pour qu’ils aient eux aussi souffert du même mal.

Comment ces soldats sont-ils pris en charge une fois rentrés ? Quels autres moyens existent-ils pour se remettre d'une guerre et d'avoir tué ?

Ces soldats sont pris en charge éventuellement via des débriefings avec un psychologue ou un psychiatre militaire ou civil. Grâce au dialogue, le soldat va devoir évacuer ses angoisses et les définir pour mieux les comprendre et mieux les maitriser. Il faut également assurer un suivi dans le temps. 

D’autres moyens existent en effet. Certains écrivent par exemple, peignent ou se focalisent sur une activité qui leur permettra de s’exprimer d’une manière ou d’une autre. Mais ce type de pratiques ne suffisent pas à elles-seules. Il est important de parler, surtout avec quelqu’un de compétent qui saura identifier les symptômes et apporter l’expertise nécessaire à une éventuelle guérison.

 
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