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La réforme controversée des rythmes scolaires a laissé cours à une instrumentalisation politique du débat sur l'école, très éloignée de l'intérêt de l'élève.
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La réforme controversée des rythmes scolaires a laissé cours à une instrumentalisation politique du débat sur l'école, très éloignée de l'intérêt de l'élève.
Punition générale

Fronde autour des rythmes scolaires : petit historique des prises en otage des enfants par le politique

Publié le 03 septembre 2014
La réforme controversée des rythmes scolaires a laissé cours à une instrumentalisation politique du débat sur l'école, très éloignée de l'intérêt de l'élève. Et les débats ne datent pas d'hier.
Emmanuel Davidenkoff est directeur de publication de l'Etudiant et chroniqueur à France Info. Il a également publié de nombreux livre traitant du système scolaire et universitaire français notamment Lycée tome 1 et 2 aux éditions Jacob Duvernet...
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Pierre Duriot est enseignant du primaire.Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les...
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Emmanuel Davidenkoff est directeur de publication de l'Etudiant et chroniqueur à France Info. Il a également publié de nombreux livre traitant du système scolaire et universitaire français notamment Lycée tome 1 et 2 aux éditions Jacob Duvernet...
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La réforme controversée des rythmes scolaires a laissé cours à une instrumentalisation politique du débat sur l'école, très éloignée de l'intérêt de l'élève. Et les débats ne datent pas d'hier.

Ce mercredi 3 septembre, des dizaines de maires opposés à la réforme des rythmes scolaires redoublent d'imagination pour manifester leur mécontentement, certains vont même jusqu'à fermer simplement les écoles. Le gouvernement, lui, reste sourd aux appels des communes qui font part de la nécessité d'un délai, faute de personnel pour faire appliquer la réforme. Et ce n'est pas la première fois dans l'histoire que les enfants sont les victimes de l'instrumentalisation politique des débats sur l'Education.

Les rythmes scolaires (2012-2014)

Pierre Duriot : Affaire emblématique s'il en est. Elle a démarré sur une escroquerie intellectuelle : la fatigue des enfants. On y dénonçait des emplois du temps trop chargés générant fatigue et stress des élèves. Les études montraient que les enfants étaient plus réceptifs le matin, mais même en quatre jours on travaillait le matin. D'autres études, en d'autres temps, avaient montré que l'on retrouvait une pointe d'attention vers 16 heures, alors… En étant objectif, on sait aussi que le temps de sommeil des enfants a diminué, entre autres pour des raisons de meilleure alimentation. Mais on sait aussi que nombre de parents peinent à gérer l'heure du coucher de leurs enfants, que ces mêmes enfants ingurgitent en moyenne quatre heures de télévision par jour, sans compter les écrans des jeux vidéo, tablettes, téléphones et autres. Il fallait aussi chercher ailleurs que dans la fatigue supposée générée par la journée de classe. On commence à en prendre conscience. Mal engagée avec à peine un quart des maires preneurs, alors même qu'ils étaient majoritairement socialistes ou de gauche, mais avec des parents globalement "pour", on est passé à des maires plus recentrés, vers la droite et des parents devenus majoritairement "contre". La crispation est au rendez-vous, c'était attendu.

Emmanuel Davindekoff : A l’évidence, cette réforme a et va empoisonner tout le quinquennat. Comme toutes les réformes de l’éducation, elle n’est pas rentable politiquement à court terme, même si elle repose sur les travaux des chronobiologistes qui ont abouti à un certain consensus partagé par la droite à l’époque où Luc Chatel était ministre de l’Education nationale. Le problème est que le gouvernement a trop fait confiance aux syndicats dans un premier temps. Ensuite, en faisant rentrer dans l’école des activités qui ne sont pas scolaires, il aurait dû impliquer un peu plus les enseignants. Par ailleurs, la communication en direction des municipalités qui financent ces aménagements est loin d’avoir été d’une clarté limpide. Il y a aussi une extrême hétérogénéité des situations des écoles primaires, entre les grandes villes et les villages, plus désargentés. On en arrive donc au maelstrom actuel où une minorité d’écoles et d’élus refuse la réforme.  En fait, cette mesure controversée est peut être paradoxalement la première réforme de l’Education depuis longtemps qui se préoccupe de l’intérêt de l’enfant et non pas du confort du système. Peut-être est-ce pour cela qu'elle est si difficile à mettre en œuvre.

L'ABCD Egalité (2013-2014)

Pierre Duriot : On est dans la démagogie pure. Non seulement l'école véhicule moins de stéréotypes que la société mercantile ou le milieu professionnel mais elle est à l'origine même de l'émancipation des femmes qui ont pu s'y instruire massivement et accéder à tous les métiers sans exception, ce que l'on oublie un peu vite et en premier lieu à celui de maîtresse d'école, première profession intellectuelle la plus accessible aux femmes. Ce sont également, globalement, les filles qui réussissent le mieux à l'école. Nous avons cependant en France, le grand tort de n'avoir pas assez d'hommes dans les métiers au contact de la petite enfance, ce n'est certes pas la faute de l'école et si les femmes restent moins payées que les hommes dans les milieux professionnels, à compétence égale, la raison profonde n'en est certes pas en maternelle.

Emmanuel Davidenkoff : Il ne s’agissait pas d’une réforme mais d’une expérimentation menée dans 200 écoles. A mon avis, sans le contexte sociétal du débat sur le mariage pour tous versus la Manif pour tous, elle aurait peut-être créé quelques polémiques mais n’aurait pas connu l’ampleur qu’elle a connue. On est ici dans un cas d’instrumentalisation. Que des associations laissent entendre que l’école va apprendre aux enfants à se masturber, c’est déjà délirant, mais que des familles le croient sincèrement, c’est affolant. Cela veut dire qu’elles ont une image et une défiance vis-à-vis de l’école qui est profondément terrifiante. Cela traduit surtout une rupture du lien de confiance entre les deux institutions que sont l’école et la famille, et qui finit par rejaillir malheureusement sur les enfants. D’où la volonté de la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, d’œuvrer pour renouer ce lien. Le gouvernement, qui a décidé de faire de la lutte contre les stéréotypes une priorité, avait d’ailleurs annoncé ses intentions dès le début.

La suppression des savoirs liés à l’histoire de France (2009-2010)
(suppression de l'enseignement pour les séries scientifiques au lycée en 2009 et réforme des programmes de 6e et de 5e supprimant les enseignements liés aux rois de France en 2010)

Pierre Duriot : On touche là une dimension idéologique. Tous les pays, peu ou prou, révisent leur histoire à leur avantage, ont une manière de présenter les choses qui n'est pas la même vue de l'étranger. Dans l'enseignement russe, on n'a sans doute pas la même vision de l'ère communiste qu'en Occident.

Mais il a été acté au fil des ans que pour ne pas "stigmatiser", par "respect" et "tolérance" d'autres cultures, certains épisodes de l'histoire devaient être de la responsabilité entière de la France. Le sujet est très tabou et très douloureux, un peu comme si accueillir une autre culture passait forcément par la négation de sa propre culture. Le tout noyé dans l'européanisme, le mondialisme, le multiculturalisme, avec au final une culpabilisation outrancière de toute forme de patriotisme laquelle ne profite finalement qu'aux partis extrémistes et déchire la société.

Emmanuel Davidenkoff : Chaque époque puise dans son patrimoine historique des événements, des symboles et des connaissances, dont elle estime qu’ils sont importants à transmettre aux générations futures. Dans tous les cas, il n’y a pas de programme scientifiquement incontestable ou politiquement neutre. Tout programme est forcément politique au sens où il est l’expression à un instant T de ce qu’un pays décide de retenir de l’ensemble des connaissances qui lui sont arrivées pour préparer une jeunesse au monde qui vient. Je suis plus affolé dans ces programmes et dans l’ensemble des disciplines par le manque de réflexion sur le monde numérique et le monde d’aujourd’hui.  S’il y a bien une crise identitaire en France, son identité demeure mouvante. La fait que la droite, qui est attachée à une certaine vision de la France et de son histoire, aille chercher, comme la gauche de son côté, des exemples qui servent son discours est tout à fait logique. Il s’agit d’abord d’effets de balanciers.

Le redoublement (la réfome entammée par François Fillon en 2004 renforçait le recours au redoublement)

Pierre Duriot : Une pratique bien française, mais là encore, il ne faut pas décréter et passer d'un extrême à l'autre. Le redoublement ne doit pas être utilisé comme une "méthode" pédagogique mais comme un réel bienfait pour l'enfant et parfois, c'est effectivement un bienfait, on pense aux enfants de fin d'année, aux enfants également ayant subi en cours d'année un événement personnel difficile qui les a fait chuter scolairement. Toute décision doit être mûrement réfléchie en collaboration avec des professionnels, les parents, les enseignants concernés et l'enfant.

Avec ce type de décision il faut faire du cas par cas sous peine, ou de dévaloriser irrémédiablement un élève ou alors de l'obliger à "galérer" durant toute sa scolarité.
 
Emmanuel Davidenkoff : C’est une question de croyances. Il y a ceux qui sont persuadés que le redoublement joue le rôle d’une épée de Damoclès ou que le fait de répéter deux fois vaut mieux qu’une, malgré le démenti d’études nationales et internationales. A contrario, il y a ceux qui pensent que le redoublement n’est pas positif, qui ont un mal fou à en apporter la preuve tant c'est contre-intuitif en France. En réalité, le problème n’est pas le redoublement, mais ce qu’on fait à la fin de l’année si on estime qu’un élève n’a pas toutes les chances de réussir l’année suivante. On peut définir les objectifs non pas par année mais par cycle. La seule façon de faire diminuer le redoublement, et certains pays s’y emploient, c’est dès qu’un élève commence à rencontrer des difficultés, essayer d’y répondre. Or, tant que les enseignants ne seront pas suffisamment formés à cela et que l’organisation pédagogique ne permettra pas d’y remédier, la polémique sur le redoublement continuera, au détriment des élèves, sachant que 100% de réussite n’existeront jamais.
 

Placer l'enfant au centre de l'apprentissage (idée introduite par Segolène Royal lorsqu'elle était ministre déléguée à l'Enseignement scolaire de 1997 à 2000)

Pierre Duriot : Démagogie totale. Il y a une forme de schizophrénie à vouloir placer, jusqu'à leur majorité les enfants au centre de tout, pour les livrer à un monde professionnel où ils ne seront plus jamais le centre de rien et à l'usage, on se rend parfaitement compte que nos jeunes peinent fréquemment à supporter cette rupture. Un éminent collègue avait écrit "à trop vouloir écouter les élèves, on n'entend souvent plus les profs". Il n'y a pas autres formes de vie en société que le mode collectif dans lequel on apprend à vivre ensemble, en famille, au travail et dans l'espace public et des "centres" ont plus tendance à former une juxtaposition d'égos qu'une équipe. Nous le payons aujourd'hui de multiples manières.

"Ammener 80% d'une classe d'âge au baccalauréat" (Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'Education nationale en 1985)

Pierre Duriot : L'excellence ne se décrète pas politiquement. Quand on veut de la réussite, il faut se mettre au travail. A partir du moment où le taux est fixé artificiellement par un politique, il y a deux solutions. Soit on met en place les ingrédients de l'excellence, ce qui n'a pas été fait, les résultats en baisse régulière aux enquêtes PISA le montrent, soit on dévalorise l'examen pour le rendre plus accessible. Au passage, on a perdu l'apprentissage, les métiers techniques et manuels, sans cesse dévalorisés et nous l'avons payé de la disparition régulière de nos appareils industriels et de production.

Le projet de loi Savary dont l'objectif était de rapprocher les établissements publics et privés (1984)

Pierre Duriot : C'est la dernière fois, dans les années 80 que l'on avait pu voir dans la rue des manifestations de grande ampleur à propos de l'école. Il fallait maintenir la possibilité d'une autre école que l'école publique. Mais globalement, toutes les "réformes", tous les aménagements sont arrivés par le haut, décrétés par des "spécialistes", avec des concertations alibis et les observateurs de l'école ont tous noté cette manière qu'à l'institution d'attendre de ses agents plus de conformisme que d'ingéniosité. L'absence de grandes manifestations populaires de rue depuis cette période montre bien que le constat d'échec dans les grandes enquêtes européennes, le barnum du baccalauréat, la défiance des parents, le manque de candidats au métier de professeurs, le taux de chômage des jeunes, l'explosion de la délinquance, résultent soit d'une responsabilité pleine, soit d'une responsabilité partagée de l'école avec l'ensemble des acteurs de la "formation" des jeunes de la nation. Mais au final, ce sont eux qui payent les pots cassés de ces politiques hasardeuses.

Méthode globale ou méthode syllabique (depuis les années 1960)

Emmanuel Davidenkoff : C’est l’exemple type d’une controverse idéologique, car aucune d’entre-elles ne correspond aujourd’hui à une méthode établie. Tout est plus entremêlé et plus compliqué. On a voulu simplifier les choses concernant la lecture en partant d’une description de l’enseignement à l’école qui est complètement erronée. Le débat est donc quasiment impossible. On est davantage dans la défense d’une certaine nostalgie, tout à fait compréhensible, parce que l’école depuis 30 ans a été absolument incapable de se réformer sur le fond, de répondre à un certain nombre d’enjeux et de remplir ses promesses. Depuis des années, l’école promet en effet de lutter contre les inégalités, or elle n’y parvient pas. C’est une contestation qu’il faut entendre, mais elle est ici portée sur la place publique par des arguments faits pour notre démocratie médiatique, à coups de petites phrases et de raccourcis, scientifiquement infondés et sans aucun rapport avec l’intérêt de l’enfant. De plus, même s’il y a des préconisations fortes de l’Education nationale, les enseignants restent attachés à leur liberté pédagogique.

Pierre Duriot : La polémique aura fait long feu, les résultats de l'expérimentation ont été sans appel et on a opéré un retour à des méthodes mixtes. Au passage on a perdu la maîtrise globale de l'orthographe dans les générations modernes. Les méthodes de lecture "expérimentales" ne sont pas les seules responsables.

Propos recueillis par Amaury Brelet et Carole Dieterich

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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MALOR
- 03/09/2014 - 16:26
Il y a peu d'années les
Il y a peu d'années les enseignants travaillaient 4 jours et demi.Un ministre à tort ou à raison établit la semaine de 4 jours tout en dégageant des heures de remise à niveau pour les élèves les plus en difficulté (on l'oublie trop souvent).Si la mesure était mauvaise il fallait rétablir les quatre jours et demi sans toute cette usine à gaz qui ne fonctionnera jamais.Mais il fallait imposer aux enseignants les anciens horaires .Refus des syndicats qui n'attendent pas de la gauche une nouvelle couleuvre à avaler!