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Yoshihiko Noda
Japon : un nouveau Premier ministre pour rassurer les marchés
Publié le 30 août 2011
C'est ce mardi que le nouveau Premier ministre japonais Yoshihiko Noda prend ses fonctions. Il hérite d'un pays en crise, traumatisé par la catastrophe de Fukushima, et doit faire face à la récente dégradation de la note du Japon par l'agence de notation Moody's.
Evelyne Dourille-Feer est Docteur en économie et japonologue (ancienne élève de l'Université de Keïo, maîtrise de japonais à l'INALCO).Elle est économiste au CEPII et enseigne l'économie japonaise à l'Université Paris Dauphine.
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Evelyne Dourille-Feer
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Evelyne Dourille-Feer est Docteur en économie et japonologue (ancienne élève de l'Université de Keïo, maîtrise de japonais à l'INALCO).Elle est économiste au CEPII et enseigne l'économie japonaise à l'Université Paris Dauphine.
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C'est ce mardi que le nouveau Premier ministre japonais Yoshihiko Noda prend ses fonctions. Il hérite d'un pays en crise, traumatisé par la catastrophe de Fukushima, et doit faire face à la récente dégradation de la note du Japon par l'agence de notation Moody's.

Atlantico : Comment expliquer l’échec de l’ex Premier ministre Naoto Kan ?

Evelyne Dourille-Feer : Le grand échec de Naoto Kan a été la gestion de la crise nucléaire. Si la gestion de crise a été extrêmement rapide (vitesse et efficacité des secours), la population attendait plus. Les déclarations contradictoires du gouvernement, les vidéos des centaines de milliers de réfugiés et les retards dans la mise en place des logements préfabriqués ont gravement terni l’image de Naoto Kan. Les populations des régions sinistrées ont l’impression d’être oubliées. Elles réclament des logements décents et la décontamination des terres pour qu’une partie des résidents puisse rejoindre l’endroit où ils habitaient autrefois. Ils attendent également un redémarrage de l’activité, qui tarde à venir.

Sa popularité avait déjà beaucoup baissé avant la catastrophe du 11 mars. Cela était notamment dû à la crise du pouvoir d’achat : les Japonais s’impatientaient de ne pas voir s’améliorer assez vite leur pouvoir d’achat. Il devait aussi faire face au fait que le problème des bases américaines d’Okinawa, qui devaient être relocalisées, ne se résolvait pas aussi vite que prévu, ce qui avait déjà fait chuter l’ex Premier ministre Yukio Hatoyama.

 

Peut-on imputer cet échec à l’ensemble du PDJ (Parti démocrate japonais) ?

Pour comprendre, il est important de savoir qu’au sein du PDJ (Parti démocrate japonais), il existe deux grosses factions : les pros et les anti-Osawa (cf. Ichiro Osawa, Secrétaire général du PDJ de septembre 2009 à juin 2010).

Le PDJ, parti de centre gauche, est composé de beaucoup de déçus du PLD (Parti Libéral Démocrate) et du Parti socialiste japonais. Il y a des éléments assez hétéroclites, avec des visions très différentes de la société. La faction Osawa, dont était issu l’ex Premier ministre Hatoyama, est résolument sociale. Quand elle est arrivée au pouvoir en 2009, elle a bâti un programme de campagne basé sur les transferts sociaux pour relancer la demande intérieure, ce qui était quelque chose de tout à fait inédit au Japon. Le PLD (au pouvoir depuis les années 50) favorisait en priorité les moteurs externes de croissance, les exportateurs. Il mettait aussi l’accent sur la dérèglementation (période Junichiro Koizumi 2001-2006), ce qui a fait grimper les inégalités au Japon (maintenant supérieures à la moyenne de l’OCDE).

En 2009, on est passé à une autre vision de l’économie où l’on augmentait les allocations familiales, où l’on favorisait la gratuité du lycée pour relancer la démographie. Tout un ensemble de mesures sociales qui visaient les parties de la population les plus appauvries : les personnes âgées, les agriculteurs etc.

Tout cela a un coût. Hatoyama est parti sur des budgets expansionnistes, ce qui a continué de creuser le déficit budgétaire, déjà extrêmement important. Il a voulu se démarquer des Etats-Unis contrairement à l’ancien gouvernement qui avait un rapport de subordination assez marqué avec les américains. Il a promis que les bases américaines d’Okinawa seraient délocalisées mais a perdu ce bras de fer vis à vis des Etats-Unis. Hatoyama a aussi dû payer les conséquences négatives de la crise de 2008-2009 qui nettement fait monter le chômage.

 

Comment Naoto Kan s’est-il démarqué de ses prédécesseurs ?

Naoto Kan, dès le départ, a affirmé sa différence. Il était partisan d’une certaine rigueur budgétaire. Pour son prédécesseur Hatoyama, l’important était d’abord de relancer la demande, le budget était secondaire. Malgré toutes ces bonnes intentions, et même si les détenteurs de la dette publique japonaise sont extrêmement stables (95% des obligations d’Etat sont détenues par des résidents japonais, notamment des banques liées au secteur public) la pression des agences de notation et du FMI devenait de plus en plus forte pour que le pays aille vers davantage de rigueur budgétaire (la dette publique japonaise équivaut à deux fois son PIB).

Là-dessus, Fukushima arrive. Le Premier ministre Naoto Kan, favorable à une restriction budgétaire, doit assurer maintenant la reconstruction d’une grosse partie du pays (estimée à 3-4% du PIB et facturée sur dix ans). L’endettement, l’augmentation des taxes et des impôts sont inévitables. Or, le contexte actuelle étant quand même fragile, tant au niveau de la consommation que des bénéfices des entreprises avec un Yen fort, il n’était pas évident d’augmenter les recettes.

 

Qui est le nouveau Premier ministre Yoshihiko Noda ? Peut-il stabiliser la politique japonaise avec son projet de coalition ?

En élisant Yoshihiko Noda, on retourne vers le régime antérieur. On a sorti du chapeau l’homme, très proche du patronat, qui est soutenu par les milieux d’affaires. Il rassure les marchés. La dégradation du Japon par Moody’s la semaine dernière était motivée, en partie, par l’instabilité politique du pays. Or,  Yoshihiko Noda  s’est d’instigué pendant l’élection en voulant former une grande coalition incluant l’opposition.

Ce qu’avait réalisé Kan préfigurait d’une telle coalition. Il avait cédé sur beaucoup de points à la droite. Un certains nombres de mesures sociales étaient déjà sur le recul, notamment les allocations familiales (beaucoup moins généreuses que ce qu’elles devaient être). Kan devait faire passer le vote du budget, il n’a été obtenu qu’à la faveur de l’abandon d’un certain nombre de programmes du PDJ.

Il y a des possibilités d’accord car Yoshihiko Noda fait partie de l’aile la plus à droite du PDJ. C'est un anti-Osawa. Cependant,  il y a toujours des partisans d’Osawa qui vont œuvrer pour la mise en place d’une politique plus sociale. Cela risque d’être très difficile. Il doit régler la crise nucléaire (il y a toujours des fuites à Fukushima), les problèmes de reconstruction et la force du Yen. Il y aussi cette déflation à vaincre, entretenu par la pression extrêmement forte sur les salaires depuis une dizaine d’années.

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revan
- 30/08/2011 - 11:18
Manque de logique...
Pourquoi vouloir faire plaisir aux marchés alors que le Japon n'emprunte quasiment rien sur les marchés? Il a préféré conserver un système qui lui permet de conserver sa souveraineté en empruntant à son peuple (épargnant) plutot qu'aux investisseurs (terme galvaudé auquel on devrait substituer celui de spéculateur). (Un choix abandonné stupidement par la France.