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Record de chômage en France, quasi plein emploi américain et britannique : 1929-2008, la répétition d'une erreur française

Publié le 21 juillet 2014
En refusant perpétuellement de débattre des questions qui fâchent, la France se retrouve confrontée à ses démons des années 30. Alors que Royaume-Uni et États-Unis sortent de la crise en utilisant des moyens souvent jugés "illégitimes", l'Hexagone reste à l'arrêt, ancré dans ses certitudes.
Nicolas Goetzmann
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Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr. Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :
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En refusant perpétuellement de débattre des questions qui fâchent, la France se retrouve confrontée à ses démons des années 30. Alors que Royaume-Uni et États-Unis sortent de la crise en utilisant des moyens souvent jugés "illégitimes", l'Hexagone reste à l'arrêt, ancré dans ses certitudes.

Au cours des 6 derniers mois les Etats-Unis ont créé 1,4 millions d’emplois, le taux de chômage atteint 6,1% et se tient à un niveau proche du plein emploi estimé à 5,4%. Le Royaume-Uni avance sur les mêmes bases, la main d’œuvre totale s’est accrue de 929.000 personnes au cours de la dernière année et le taux de chômage y est de 6,5%. Le nombre de personnes ayant un emploi bat un nouveau record à 30,6 millions. Les deux pays sont sortis de la crise. De l’autre côté la France affiche des résultats opposés; le taux de chômage n’en finit plus de grimper à 10,1% et le nombre de demandeurs d’emplois inscrit son plus haut historique à 5 millions de personnes pour les catégories A, B et C. La croissance n’est plus qu’un lointain souvenir. Ces divergences entre pays sont si fortes, si abruptes, qu’il reste à en comprendre les origines.

La contradiction fondamentale entre les pays anglo-saxons, et ici la France, est la nature du débat économique au sein de l’opinion. Alors que le jeu français consiste à passer son temps à évoquer des problèmes budgétaires, les Etats-Unis et le Royaume-Uni débattent de leur situation monétaire. Deux approches aux résultats opposés. Et cette manie française à ne percevoir l’économie que sous l’angle des déficits ne date pas d’hier. 

En 1955, Marguerite Perrot, attaché de recherches au CNRS publiait un étonnant ouvrage intitulé La monnaie et l’opinion publique (Cahiers de la fondation nationale des sciences politiques. Armand Colin) ayant pour objectif d’analyser les comportements de l’opinion dans une France confrontée à la crise des années 30. Le constat de l’auteur y est alors sans appel :

« Pourquoi la politique de déflation a-t-elle été aussi docilement acceptée par l’opinion française ? C’est que les experts financiers et tous ceux qui fondaient leur opinion sur le bon sens et l’expérience, préconisaient une compression des dépenses publiques et une déflation des prix comme étant la seule politique économique qui fut conforme aux principes fondamentaux de la science financière et aux lois naturelles de l’économie. Des difficultés financières passées, l’opinion croit tirer des enseignements définitifs. Le ton volontiers sentencieux que prennent les journaux français lorsqu’ils traitent des problèmes économiques, semble pasticher La Bruyère : « Depuis plusieurs millions d’années que la civilisation existe, on a toujours entendu dire qu’on ne réalisait pas l’équilibre en faisant du déficit et que pour ne pas se ruiner, il ne faut pas dépenser plus qu’on a. Ainsi en ont décidé de tout temps l’arithmétique, le bon sens, et la sagesse des nations » (Réveil économique 7 octobre 1936) »

Il n’est ici pas nécessaire de rajouter un mot. L’analogie avec la période actuelle n’est pas fantaisiste; jamais depuis les années 30 la France n’aura été aussi proche de la déflation. 1930-2010 ; le discours est identique. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, M. Perrot poursuit :

« C’est cette conformité à la sagesse des nations qui a longtemps fait croire au public français qu’il suffisait de réaliser l’équilibre budgétaire et de diminuer son train de vie pour voir revenir la prospérité. La politique de déflation paraissait dictée par le bon sens alors que la politique de Roosevelt de lutte contre la dépression était sévèrement critiquée comme « contraire à toutes les données de l’expérience et à toutes les idées économiques ».

Car de l’autre côté de la Manche et de l’Atlantique, les choses se passent différemment. Le Royaume Uni quitte l’étalon or en 1931, les Etats Unis feront de même le 5 juin 1933. Les deux pays voient leur situation économique s’améliorer rapidement à l’inverse d’une France qui ploie sous les effets de la rigueur puis de la déflation Laval de 1935. 

Cette dimension monétaire de la crise des années 30 est bien connue dans les pays anglo-saxons, vision consacrée en 1963 par le monumental ouvrage de Milton Friedman et Anna Schwartz A Monetary History of the United States.

« L’effondrement monétaire de 1929 à 1933 n’était pas l’inévitable conséquence de qui avait été fait précédemment. Il a été le résultat de politiques (monétaires) poursuivies au courant de ces années. Pourtant, les politiques alternatives qui auraient pu stopper la débâcle monétaire étaient déjà disponibles. Bien que la FED proclamait poursuivre une politique accommodante, elle a en réalité poursuivi une politique excessivement restrictive » 

Friedman et Schwartz ont pu mettre directement en cause l’attitude des autorités monétaires américaines entre 1929 et 1933. Ces dernières sont jugées responsables de la crise des années 30. Les Etats Unis comme le Royaume Uni ont su accepter leur erreur initiale et réagir. La France n’y est pas parvenue. Comme le confirme M. Perrot :

« Toute préoccupation un peu nouvelle de la politique monétaire était par cela même condamnable. (…) Si l’opinion anglaise et l’opinion américaine plus réalistes, se sont laissées aisément convaincre des avantages matériels qu’apporteraient un changement de politique économique, l’opinion française soucieuse de logique plus que d’observation du monde extérieur a mis très longtemps à confronter ses croyances et la réalité. » (…) « La seule habileté des pouvoirs publics était de couvrir une politique de déflation, qui risquait fort d’aggraver encore le marasme économique, de la jolie formule de la « chasse aux abus », slogan bien ancien mais qui donne à l’opinion publique des satisfactions toujours nouvelles » (…) « C’est réserver aux tenants des théories traditionnelles le privilège exclusif de la raison alors qu’il s’agissait plutôt de paresse intellectuelle de la part des doctrinaires. (…) » « L’expérience de plusieurs générations, les enseignements de la science économique, le bon sens le plus élémentaire ont semblé mis au défi par les politiques économiques anglo-saxonnes. (…) Ce dogmatisme est tel qu’il n’y a rien d’autre à faire devant la crise économique que d’attendre que les évènements donnent raison aux principes traditionnels ». 

L’erreur française a duré jusqu’en 1936, et le changement n’a été rendu possible que par la contrainte, non par un choix. De ce fait, les moralistes de l’économie n’ont jamais accepté leur défaite intellectuelle. Et l’erreur peut ainsi se répéter à nouveau, sous nos yeux et sous l’angle européen. Friedman et Schwartz avaient pourtant prévenu :

« S’il y a une chose en laquelle nous pouvons être confiants, c’est de la capacité de l’histoire monétaire à réserver des surprises à ceux qui en suivront les développements futurs, surprises que les étudiants et les hommes d’état ignoreront à leurs risques et périls ».

Si les Etats Unis et le Royaume Uni ont su sortir de la crise, c’est qu’ils ont pu sortir du conformisme, qu’ils ont appris de leur passé, appris de leur erreurs et appris de la réalité. La France qui « pense » en semble incapable, figée dans un attachement dégoulinant au bon sens près de chez vous et à ses certitudes moralistes sur les questions économiques. Car si la crise de 1929 était de nature monétaire, la crise de 2008 n’en est que l’aimable répétition.

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"

 

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (22)
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michoulacolere
- 01/08/2014 - 15:46
Aveuglement ideologique
Quand on voit que nos gouvernants ont porte au pinacle Stéphane Hessel parce qu'il idéalisait le programme du CNR en clamant" urbi et orbi" : indignez-vous (ce qui ne crée aucun job), qu' i a eu droit a des obsèques nationales aux Invalides et que Francois Gabart (qui avait gagne le Vendée Globe) , un bel exemple de courage pour notre jeunesse, n' a même pas eu droit a une poignée de main de Flamby (alors que la Reine d' Angleterre avait reçu Eleen Mc Arthur , il y de quoi s' inquiéter..
2bout
- 23/07/2014 - 11:35
vangog,
l'ensemble des pays de la zone Euro a un commerce extérieur excédentaire. La solution a nos problèmes économiques est franco-français. L'UE, par son poids pourrait par contre chercher à imposer des politiques fiscales qui ne soient pas déloyales, mais cela commencerait par une harmonisation fiscale européenne, et dans ce cas, c'est toute la politique de redistribution qu'il faut redéfinir. C'est donc bien un problème franco-français.
vangog
- 23/07/2014 - 11:22
@2bout l'essence? 75% de taxes
du gouvernement français ( dont une grande partie sert à payer les intérêts de la dette UMPS...).
Une dévaluation de 20% ne provoquera qu'une augmentation de 5% du prix de l'essence, facilement équilibrées par 5% de taxes en moins! Ça décoiffe, non?
Avec toutes les économies faites par ailleurs sur la gabegie UMPS et les avantages d'une dévaluation compétitive sur le commerce extérieur (dont la balance penche dangereusement à l'extrême-gauche...), cela fait plein de bonnes raisons pour mettre l'Euro au même niveau que les US, la GB, la Suède, la Chine...plus la France attendra, plus elle y sera contraint...mais dans la douleur et les larmes!