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François Hollande et le président de la côte d'Ivoire Alassane Ouattara.
© Reuters
François Hollande et le président de la côte d'Ivoire Alassane Ouattara.
Retard à l'allumage

François Hollande tente de ressusciter la Françafrique... mais trop tard

Publié le 17 juillet 2014
Le président qui avait déclaré "je romprai avec la Françafrique", entame ce jeudi 17 juillet une tournée de trois jours en Côte d'Ivoire, au Niger puis au Tchad afin d'y faire le point sur l'état des intérêts français. Un engagement qui se déclenche relativement tard maintenant que la concurrence des émergents, mais aussi celle d'autres Etats européens, s'est fortement implantée sur le continent.
Ancien fondateur de La Lettre du Continent, Antoine Glaser est spécialiste de l’Afrique. Son dernier ouvrage, Arrogant comme un Français en Afrique, est paru chez Fayard.   
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Le président qui avait déclaré "je romprai avec la Françafrique", entame ce jeudi 17 juillet une tournée de trois jours en Côte d'Ivoire, au Niger puis au Tchad afin d'y faire le point sur l'état des intérêts français. Un engagement qui se déclenche relativement tard maintenant que la concurrence des émergents, mais aussi celle d'autres Etats européens, s'est fortement implantée sur le continent.

Atlantico : François Hollande entame aujourd’hui une tournée africaine, de la Côte d'Ivoire au Tchad en passant par le Niger. Peut-on s’interroger sur la nature de ce voyage de la part d’un président qui souhaitait mettre un terme à la Françafrique avant son entrée en fonction ?

Antoine Glaser : On observe tout d’abord sur le plan géostratégique que la France se retrouve dans une sorte "d’anachronisme historique" à travers le discours défendu par une classe politique, notamment du côté socialiste, qui souhaitait effectivement sortir de la Françafrique et de ces fameux "quinze pays"  nés de la dissolution de l’AEF et de l’AOF (Afrique Equatoriale et Orientale Française, NDLR). La visite de François Hollande au Nigeria ainsi que celle organisée pour les 50 ans de l’Union africaine à Addis Abeba en Ethiopie résultait justement de cette tentative.

On voit pourtant bien à travers ce déplacement que l’Hexagone est revenu sur "sa" zone sahélo-saharienne qui comporte de nombreuses anciennes colonies, l’idée étant désormais de conserver les avantages qui sont déjà les nôtres. Cette position est principalement celle d’un "gendarme africain" dont le rôle sécuritaire est effectivement prédominant dans la région. C’est principalement cet aspect qui sera abordé lors des visites au Niger et au Tchad alors que la France s’apprête à lancer un nouveau dispositif militaire. La visite en Côte d’Ivoire comporte toutefois un volet plus directement économique.

On constate certes donc un certain "effet rétro" de la politique africaine : notre mission de sécurité se plaçait dans une logique de préservation des intérêts occidentaux contre l’URSS durant la Guerre Froide, aujourd’hui nous faisons d’une certaine manière la même chose contre les menaces représentées par le terrorisme et les conflits civils.

Peu de patrons français accompagnent aujourd’hui le président en Côte d’Ivoire. Comment expliquer cela alors que le pays représente de nombreuses opportunités au plan économique ?

On peut éventuellement supposer qu’un certains nombre de chefs d’entreprises n’ont pas souhaité accompagner M. Hollande car ces derniers considèrent que le marché africain nécessite moins d’investissement que des marchés plus difficile à pénétrer (Chine, Inde, Brésil…). Peut-être aussi ne font-ils pas confiance au Président pour susciter des opportunités économiques. Plus largement, on voit là l’illustration d’une contradiction de la part d’un chef de l’Etat qui ne veut pas agir en "VRP de l’économie française" et qui invite pourtant plusieurs PME pour développer un axe sur la politique de la ville et le développement durable. C’est là somme toute une tentative "politiquement correcte" d’échapper à l’image d’un grand gourou français accompagné du traditionnel "B&B" (Bouygues et Bolloré, NDLR), mais qui reste forcé de répondre aux nécessités économiques liées à tout voyage officiel.

En creux cela pose la question des contresens de la politique africaine de la France au niveau économique, contresens qui sont pourtant soulignés depuis des années par divers dirigeants de l’Hexagone, mais contre lesquels très peu est fait pour inverser la tendance.

Voir aussi : "Quand la Chine tente de bouter les Français hors d'Afrique"

Cette perte d’influence française dans la région est-elle irréversible ?

L’Afrique s’est mondialisée presque deux fois plus vite que la France sur les deux dernières décennies. Entre temps les dirigeants économiques et politiques français sont restés sur leurs vieux acquis et n’ont pas pris une seconde en compte cette nouvelle donne, caractérisée notamment par l’arrivée de nouveaux partenaires commerciaux : les pays émergents évidemment, mais aussi des puissances développées comme l’Allemagne et l’Angleterre. Un diplomate britannique résumait ainsi en privé assez bien la situation : "we do business, and French take care of security" ("nous faisons des affaires, et les Français s’occupent de la sécurité"). Le fait que l’Europe n’ait pas réussi à mobiliser plus de 800 soldats communautaires pour la Centrafrique démontre assez bien cette réalité : la France n’est considérée dans la région qu’à travers ses capacités militaires, et dans le même temps n’arrive pas à faire valoir ses intérêts économiques. 

François Hollande défendra logiquement certaines volontés françaises dans la région. A l’inverse que pourrait-il céder aux chefs d’Etat africains qu’il rencontrera lors de cette "tournée" diplomatique ?

Le rapport entre la France et ses anciennes colonies s’est dans les faits déjà inversé et ce depuis longtemps. Officiellement les chefs d’Etat africains se gardent de bien de toute déclaration publique dans les conférences de presse, mais ce sont bien ces derniers qui ont tendance à devenir de plus en plus les maîtres du jeu. A titre d’exemple, Alassane Ouattara, président ivoirien, a fortement milité après son intronisation pour l’annulation sans contreparties de la dette de son pays à l’égard de la France. Normalement, ce type de mesures s’accompagne de projets de développement qui visent à ré-investir efficacement les fonds qui ne seront plus consacrés aux remboursements financiers. M. Ouattara préfèrerait toutefois employer cet argent autrement et demande une annulation "sèche" de la dette. Par ailleurs, il obtient grâce au développement du nouveau dispositif de sécurité français le retour en 2015 de troupes hexagonales sur son territoire (près de 950 estime t-on aujourd’hui).

En ce qui concerne le Tchad, le climat sera bien plus familier puisque le président du pays, Idriss Déby, est considéré comme le "M. Elysée" de la région depuis sa prise de pouvoir en 1990. A tel point d’ailleurs qu’en 2008 son principal opposant Oumar Mahamat Saleh disparaîtra soudainement de la circulation alors qu’un important mouvement de révolte soudano-tchadien couvait dans la région. Toutes les enquêtes, au Tchad comme en France, n’ont pas abouti depuis… La visite revêt néanmoins un caractère bien particulier puisque le Tchad sera comme je l’ai déjà évoqué le point névralgique du futur dispositif militaire français dans la bande sahélo-saharienne. Sachant que l’armée française compte énormément sur le soutien d’Idriss Déby, et que l’installation d’une base militaire contre rémunération (de l’ordre de 20 à 30 millions d’euros) est en suspens, on devine que là encore l’interlocuteur de M. Hollande sera dans une relative position de force. Il faut ajouter à cela les  43 soldats tchadiens qui ont péris au Mali, ce qui ajoute une sorte de "dette de sang" dans les rapports franco-tchadiens.

Propos recueillis par Théophile Sourdille

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