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Le Roman de l'espionnage
Histoire secrète des cinq espions de Cambridge
Publié le 21 août 2011
Dans les années 30, cinq jeunes Britanniques pleins d'avenir ont été recrutés par Moscou. Ils espionneront pour le compte de l'URSS au plus haut niveau pendant deux décennies.
Vladimir Fédorovski est un ancien diplomate russe, porte-parole du mouvement des réformes démocratiques pendant la résistance au putsch de Moscou, d'août 1991. Il est aujourd'hui écrivain. Ses derniers ouvrages s'intitulent : Le Roman des...
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Vladimir Fédorovski est un ancien diplomate russe, porte-parole du mouvement des réformes démocratiques pendant la résistance au putsch de Moscou, d'août 1991. Il est aujourd'hui écrivain. Ses derniers ouvrages s'intitulent : Le Roman des...
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Dans les années 30, cinq jeunes Britanniques pleins d'avenir ont été recrutés par Moscou. Ils espionneront pour le compte de l'URSS au plus haut niveau pendant deux décennies.

Harold Adrian Russel Philby naquit le 1er janvier 1912 au Pendjab, où son père était inspecteur des colonies de l’Empire britannique avant de se convertir à l’islam et de devenir le protégé de l’élite arabe. Surnommé « Kim », en référence au héros de Rudyard Kipling, le jeune Philby marchera lui aussi toute sa vie hors des sentiers battus.

Tout commença pendant ses études : Philby, diplômé d’histoire au Trinity College, était féru de son professeur d’économie, marxiste convaincu, l’un des fondateurs du parti communiste, Maurice Dobb. Suivant sans hésitation l’exemple de son maître à penser, Kim adhéra au parti. À vrai dire, ce collège de Cambridge était truffé de sympathisants communistes et la cellule de Trinity était la plus importante de l’université. Philby et deux autres étudiants, Guy Burgess et Anthony Blunt, y devinrent inséparables en fréquentant une amicale étudiante – la Société des apôtres – qui réunissait les professeurs et les étudiants les plus brillants.

En juin 1933, à l’issue de ses études, Philby n’avait qu’une idée en tête : devenir un « illégal » du Komintern. Ainsi passa-t-il l’année 1934 à Vienne, servant de courrier pour le PC autrichien clandestin. Son cher professeur l’introduisit auprès d’un grand metteur en scène des messes communistes en Europe, Willy Münzenberg1, député au Reichstag.

C’est en Autriche que se forgèrent définitivement les convictions du jeune Anglais. Son destin changea après sa rencontre avec une jeune et flamboyante étudiante divorcée, Litzi Friedmann, qu’il épousa. Ce fut une véritable passion, une sorte de fusion à la fois charnelle et spirituelle.

À Vienne, Philby fit aussi la connaissance de Deutsch, son futur recruteur, qui n’évoqua pas d’emblée une mission d’espionnage au profit du Kremlin, mais mentionna seulement en termes vagues une collaboration à la lutte clandestine de l’Internationale communiste contre le fascisme :

« Nous avons besoin de gens capables d’infiltrer les institutions bourgeoises. Faites-le pour nous. »

Puis il suggéra à Philby de rompre officiellement tout lien avec le parti communiste britannique et de pénétrer les milieux profascistes.

Les quatre autres grands informateurs issus de la même université allaient bientôt être recrutés par Moscou.

Philby rendit son premier service notable au Kremlin en proposant une recrue de valeur. Il s’agissait du fils d’un ancien ministre, haut dignitaire de l’Empire britannique, Donald MacLean. Brillant et affable, le jeune homme avait ses entrées partout et incarnait l’agent secret idéal.

Ayant obtenu son diplôme de langues modernes au collège de Trinity Hall en 1934 et songeant à une carrière universitaire, MacLean ne manifestait aucun désir d’entrer dans la fonction publique. Mais c’était sans compter sa rencontre avec Deutsch au mois d’août. Il changea subitement d’avis et annonça à sa mère qu’il avait l’intention de préparer les concours d’entrée au Foreign Office. Il avait accepté de travailler pour Moscou.

La troisième recrue, Guy Burgess, poursuivait ses études au Trinity College où il préparait tranquillement une thèse de doctorat en histoire. Il s’était également enflammé à l’idée de mener une guerre souterraine contre le fascisme pour le compte de l’Internationale communiste. Lors d’une nuit d’amour, bravant les instructions de Moscou, MacLean lui aurait confié qu’il avait été investi d’une mission secrète. Burgess, impressionné, voulut absolument prendre part à l’aventure. Aussi MacLean lui organisa-t-il immédiatement une première entrevue avec son recruteur.

Burgess était l’une des figures emblématiques de Cambridge. Ce remarquable conteur était autant à l’aise dans les discussions intellectuelles que dans les beuveries en compagnie de ses multiples amants, affichant avec fierté ses convictions communistes et son homosexualité. On aurait pu penser que l’excentricité de Burgess lui interdirait une carrière d’espion. Mais il n’en fut rien. Moscou considéra que cette attitude peu conventionnelle constituait une excellente couverture.

Burgess fut donc invité à participer à la « lutte clandestine contre le fascisme », autrement dit à devenir un agent secret soviétique. Au début de l’année 1936, alors producteur à la BBC, il mit les Soviétiques en contact avec son amant Anthony Blunt, autre brillant diplômé de Cambridge, historien d’art.

Le « cinquième homme » était l’Écossais John Cairncross. Étudiant remarquable, il fut admis au Trinity College en 1934, après avoir passé deux ans à l’université de Glasgow et obtenu, à la Sorbonne, une licence ès lettres. Cette fois-ci, le Kremlin tabla non seulement sur son marxisme passionné, mais aussi sur sa frustration face à la classe dirigeante britannique. Ce jeune homme d’origine modeste détestait en effet les représentants de la haute aristocratie qui le traitaient avec dédain.

___________________________

Extraits du Roman de l'espionnage, de Vladimir Fédorovsk, Éditions du Rocher (août 2011).

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Lexington
- 22/08/2011 - 00:42
Another Country
http://www.imdb.com/title/tt0086904/ pour la version romancée d'une partie de l'histoire
Tan
- 21/08/2011 - 09:33
Espions auprès nazis
Une question qui me turlupine beaucoup: sachant que Staline plaçait des espions près des mouvements politiques des pays étrangers, espions qui parfois atteignaient des postes important, quel fut le ou les espions staliniens auprès du gouvernement Nazi de 33 à 45. Je ne trouve aucune information sur ce point d'histoire. Pourtant je suis à peu près sûr qu'ils devaient en exister. Borman ?