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Les G7 sont-ils devenus totalement inutiles ?
Publié le 04 juin 2014
Initialement programmé à Sotchi en Russie, le G8, redevenu G7 en raison des troubles en Ukraine, se déroule cette fois sans Poutine.
Alexandre Melnik, né à Moscou, est professeur associé de géopolitique et responsable académique à l'ICN Business School Nancy - Metz. Ancien diplomate et speach writer à l'ambassade de Russie à Pairs, il est aussi conférencier international sur...
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Alexandre Melnik, né à Moscou, est professeur associé de géopolitique et responsable académique à l'ICN Business School Nancy - Metz. Ancien diplomate et speach writer à l'ambassade de Russie à Pairs, il est aussi conférencier international sur...
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Initialement programmé à Sotchi en Russie, le G8, redevenu G7 en raison des troubles en Ukraine, se déroule cette fois sans Poutine.

Atlantico : Bruxelles accueille son tout premier G7 ces mercredi 4 et jeudi 5 juin. La Russie, à cause de l'annexion de la Crimée, n'a pas été autorisée à y siéger. Dans quelle mesure la gouvernance mondiale telle qu'elle est envisagée lors de ces réunions est-elle illusoire ? Les ambitions ne sont-elles pas excessives au regard de ce qui se passe entre la Russie et la Crimée, et la Chine et le Vietnam ?

Alexandre Melnik : La Russie a été logiquement exclue du G8 à la suite de son comportement vis-à-vis d’un pays indépendant, l’Ukraine, qui s’apparente à un acte de banditisme international, en flagrante violation de la loi. La politique impérialiste de la Russie de Poutine, dans ce que ce que les stratèges du Kremlin appellent « l’étranger proche », sent la naphtaline du XIXe siècle et porte les stigmates du système soviétique criminel, jamais jugé par l’Histoire. Par conséquent, ce reliquat du passé, qui s’exprime sous une forme agressive et dangereuse pour le reste du monde,  doit être clairement condamné par un cercle des pays, ayant en partage les valeurs du respect de la Loi et de la liberté individuelle. A mon avis, dans le labyrinthe de nouvelles évolutions planétaires, ces valeurs, initialement propulsées par l’Occident, s’imposeront, en dernier ressort, comme un fil d’Ariane pour assurer l’épanouissement de chaque pays et chaque individu, face aux impératifs du monde global et interdépendant du XXIe siècle.

Certes, la Russie a été exclue du G7 par une décision unanime de ses membres, mais, avant tout, elle s’en est exclue elle-même, en choisissant de narguer les règles du jeu et les codes déontologiques d’un groupe auquel elle était pourtantcontente d’adhérer dans les années 1990, au sortir du glacis communiste.

Là-dessus, je tiens à préciser un point qui me semble capital : il faut éviter tout amalgame entre les sanctions précises et légitimes contre une politique, une manière comportementale – inadmissible - de la Russie, en proie à une extase nationale, comme si elle était sous l’emprise des stupéfiants,  et la veine tentative d’ostraciser ce grand pays en tant qu’acteur incontournable sur l’échiquier géopolitique dans les années à avenir.

Néanmoins, cette sanction ponctuelle à l’encontre de la Russie, ni la recrudescence des tensions entre la Chine et le Vietnam, ni toutes les autres, éventuelles, difficultés qui peuvent intervenir dans un avenir proche, ne signifient, en aucun cas, la fin de la recherche d’un nouveau modus vivendi, en matière de gouvernance universelle, calibré par rapport aux réalités de la globalisation en cours, où les nouveaux pôles d’excellence comme la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, la Turquie, etc. continuent à monter en puissance, au détriment du pouvoir occidental.

Le fait que la première esquisse de cette indispensable boussole planétaire, lors des réunions du « directoire du monde » après la chute du Mur de Berlin, s’avère aujourd’hui illusoire, ne doit pas nous décourager, mais devenir une piqure de rappel pour sensibiliser l’ensemble des acteurs du changement (aussi bien les élites politiques que la sociétés civiles, composée des individus dotés d’une volonté de changement)  à l’urgence de la mise en place de la globalisation politique. Celle-ci doit être construite sur la base de concepts géopolitiques radicalement nouveaux, sans un lien direct avec le passé et en osmose avec cette totale transmutation de paradigme civilisationnel que vit l’ensemble de l’Humanité, en ce début du nouveau millénaire.

Continuer à pratiquer, comme c’est le cas actuellement, la globalisation économique(à savoir - la globalisation de l’économie de marché, déjà en marche) et se résigner à l’absence de toute globalisation politique (qui devrait, en principe, générer un consensus autour de la finalité des actions internationales, des identités, des valeurs nationales, des cultures différentes, qui interagissent actuellement en permanence), c’est la même chose que chercher à avancer une voiture en appuyant à la fois sur l’accélérateur et le frein.

D’où mon appel à la réinjection de la politique (au sens initial du terme : une structuration de la vie de la « cité », donc de  la civilisation humaine, autour des enjeux du pouvoir, de la gouvernance, du leadership) dans le corps de l’économie – monde. En d’autres termes, il faut d’urgence renforcer et accélérer la recherche de la nouvelle gouvernance mondiale, reposant sur les valeurs humanistes, adaptée aux impératifs du XXIe siècle et capable d’encadrer, de coordonner l’expansion économique avec ses possibles excès. Une nouvelle politique globale, capable aussi, en tout dernier ressort, de donner du sens à l’économie et placer l’être humain au cœur du développement !

Le lancement du G20 ne partait-il pas de toute façon du constat que le G8 n'était pas suffisant pour gérer les affaires de ce monde ? Dans quelle mesure la pluralité des puissances freine-t-elle la collaboration internationale ?

Toute la constellation des institutions transnationales, censées arbitrer le monde (y compris le G7, inspiré par Valéry Giscard ‘Estaing, qui est devenu le G8 avec l’adhésion de la Russie de Boris Eltsine) est issue d’une géopolitique révolue du siècle précédent, avec son cortège de ses clashs idéologiques entre deux systèmes antagonistes (appelons-les de façon approximative – « communisme » et « capitalisme »). Cette page de l’Histoire est désormais définitivement tournée. La globalisation en cours a totalement rebattu les cartes et a métamorphosé la donne : le communisme ne survit que sous sa forme tragicomique en Corée du Nord, et le « capitalisme » en 2014 n’a pas grand-chose en commun avec le modèle de fonctionnement de l’hémisphère Ouest pendant la guerre froide.

Dans ce nouveau contexte, l’actuelle pluralité des puissances, loin d’être un frein pour la collaboration internationale, a, au contraire, vocation à devenir une source d’inspiration, unpuissant booster permettant d’inventer de nouvelles formes d’interactions entre pays, Etats et individus.

Pourquoi tout le monde s’accorde à reconnaître la nécessité de l’innovation dans le domaine économique, et pourquoi nous restons trop souvent sceptiques par rapport à la possibilité d’innover en géopolitique ? Est-ce que l’économie, qui est déjà de facto globale, est « condamnée » à jamais coexister avec une politique, qui demeure, à l’heure où nous sommes, nationale, étriquée, cloisonnée dans les périmètres étatiques ?

Ma réponse est non ! Je récuse le fatalisme historique, préconisé par Samuel Huntington. L’Histoire n’est pas immuable. Elle n’est pas non plus une mécanique reproduction des schémas du passé. L’Histoire s’écrit par une mutualisation de volontés individuelles, et la diplomatie mondiale, supposée de coordonner la collaboration internationale, pour reprendre votre terme, n’échappe pas, comme tous les autres domaines de notre vie, à l’actuel besoin de la « réinitialisation » de ses fondamentaux. A l’instar de ce que fut déjà le cas dans les sillons de bouleversements historiques (sortie du Moyen Age, la Réforme, les Lumières qui précédaient les accouchements de la démocratie moderne en Europe et aux Etats-Unis à la fin du XVIIIe siècle, la chute de l’empire de Napoléon, l’effondrement de la bipolarité idéologique du XXe siècle après la chute du Mur de Berlin en 1989, et enfin, une nouvelle donné créée par l’impérialisme post-soviétique,new look, pratiqué par la Russie de Poutine).

Les nouvelles réalités inscrivent la nécessité de la réinvention de la diplomatie, dont le concept de la gouvernance mondiale fait partie. Cette urgence doit être inscrite en top-priorité de l’agenda des décennies à venir. Il faut appuyer à nouveau sur le bouton « reset » !

A partir de quand l'ambition d'une gouvernance internationale a-t-elle eu du plomb dans l'aile ? Le 11 septembre, notamment, est-il un marqueur de cette prise de conscience ?

Replaçons l’évolution du monde dans son contexte global.

Vous avez raison :la première projection géostratégique dans  l’avenir du monde, au lendemain de la chute du Mur de Berlin, conceptualisée par Francis Fukuyama sous forme de «  nirvana de la mondialisation heureuse » dans son essai « La Fin de l’Histoire » s’est avérée incroyablement naïve. Le rêve d’un univers pacifié et irénique et l’aspiration à une gouvernance mondiale consensuelle  ont éclipsé, pendant quelques années d’une euphorie généralisée, toute la complexité des nouvelles réalités du monde d’après la guerre froide. Cette immense complexité a resurgi, sous une forme monstrueuse, le 11 septembre 2001, en jetant une lumière crue sur les nouveaux clivages globaux qui étaient d’ordre identitaire, religieux, confessionnel ou, d’une manière encore plus générale, civilisationnel.

Ce fut, en effet, une brusque et traumatisante prise de conscience de nouveaux dangers du monde du XXIe siècle. Si l’économie de marché est vite devenue globale, pratiquée par l’ensemble des acteurs du changement, à l’échelle universelle, la démocratie, elle, est restée l’apanage des pays occidentaux, en perte de vitesse dans le XXIe siècle.

Mais si le 11 septembre 2001 fut, en effet, le premier marqueur de cette nouvelle prise de conscience, en ce début du juin 2014, l’Humanité a déjà bien avancé dans sa difficile et douloureuse recherche d’un nouveau mode de fonctionnement…

La Chine, malgré sa puissance économique et militaire indéniable, ne fait toujours pas partie d'un éventuel "G9". Son intégration dans ce club fermé est-elle une des clés d'une meilleure collaboration internationale, ou bien n'a-t-elle tout simplement pas envie de faire partie du "club" ?

Votre question inclut deux aspects.

D’abord, la Chine, tout en étant déjà, aujourd’hui, le leader de la globalisation économique, n’est pas pressée de s’engager dans la globalisation politique (à savoir, la recherche d’un nouveau modèle de gouvernance mondiale), ce qui supposerait de sa part une implication permanente dans les conflits mondiaux. Or Pékin préfère, pour le moment, fuir les responsabilités qui en découlent, car son gouvernement redoute qu’elles puissent être contreproductives pour sa nouvelle puissance économique. La Chine temporise, s’adapte, réagit avec pondération, s’abrite derrière les autres à la recherche d’un juste milieu, en privilégiant ses intérêts purement économiques et mercantiles,  à la différence de la Russie qui agit et suragit, en permanence, de façon irrationnelle, en quête d’une certaine « vérité historique » (ce que les Russes appellent la « pravda », une vérité suprême, indicible, d’origine quasi-divine, au-delà de la loi, jugée « formelle »).

Par ailleurs, pour répondre au deuxième aspect de votre question, je pense que le G8, devenu le G7, n’a aucun avenir, car cette institution a déjà épuisé sa ressource historique. En revanche, l’actuel G20, le seul organisme transnational qui surfe sur la vague des nouvelles réalités du monde contemporain – global, multipolaire, fluide, protéiforme -  a toutes les chances de devenir un véritable laboratoire, une réelle base de travail pour l’innovation géostratégique, que j’ai déjà évoquée, à l’intersection de l’économie et de la politique. La Chine y a déjà toute sa place, et son rôle, dans ce cadre, ne peut aller que crescendo. De toute façon, les institutions transnationales qui seront opérationnelles et qui fonctionneront ne seront jamais fermées, comme des « clubs » élitistes ; elles seront ouvertes, décloisonnées et modulables.

La reconnaissance par les pays occident du caractère plus "éclaté" du monde d'aujourd'hui est-elle la clé pour mieux appréhender les enjeux du XXIe siècle ? L'occident doit-il se faire plus pragmatique ?

Comprendre le monde actuel, tel qu’il est en réalité, et non à travers les grilles de lecture qui relèvent du passé, et ce, pour adopter une démarche adéquate qui correspond à ses nouveaux enjeux,  c’est, incontestablement la clé de la réussite de chaque pays au XXIe siècle, comme je le détaille dans mon livre numérique « Reconnecter la France au monde. Globalisation, mode d’emploi », sorti le mois dernier chez Atlantico – Eyrolles.

Comprendre que le monde d’aujourd’hui et demain est, à la fois, global et « éclaté ». Que la globalisation (au sens que je lui donne comme « nexus de people, places and ideas ») n’efface pas les différences nationales, identitaires, culturelles, etc. Au contraire, elle a tendance à les exacerber.

L’appropriation de cette thèse pourrait servir de plateforme et de point de départ pour toute interaction entre pays et individus dans un nouvel univers où l’Occident doit accepter sa perte du « monopole de l’Histoire » dans les décennies à venir, assumer son nouveau rôle et réinitialiser son logiciel mental. Renaître sur le socle de ses fondamentaux. A l’instar de la Renaissance du XVe siècle. Se réinventer. C’est là que réside l’impératif du nouveau pragmatisme de l’Occident auquel vous faites référence. C’est aussi la condition sine qua non de sa survie dans le monde du XXIe siècle.

 

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