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Coupes en vue dans le budget de la Défense ? Jean-Yves le Drian s'alarme et il a raison

Publié le 23 mai 2014
Jean-Yves Le Drian et l'état-major des armées mettent la pression sur Matignon et l'Élysée pour préserver les crédits de la Défense de nouvelles coupes, dont les conséquences seraient selon le ministre de la Défense "très lourdes" sur les plans militaire, social et industriel.
François Géré est historien.Spécialiste en géostratégie, il est président fondateur de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chargé de mission auprès de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN) et directeur de recherches à...
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Etienne de Durand est directeur depuis 2006 du Centre des études de sécurité de l'IFRI.Il traite régulièrement des questions liées aux politiques de défense française et américaine, ainsi qu’aux interventions militaires récentes.Il écrit par ailleurs...
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Jean-Yves Le Drian et l'état-major des armées mettent la pression sur Matignon et l'Élysée pour préserver les crédits de la Défense de nouvelles coupes, dont les conséquences seraient selon le ministre de la Défense "très lourdes" sur les plans militaire, social et industriel.

Atlantico : Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a écrit à Manuel Valls pour le mettre en garde contre les conséquences de nouvelles restrictions budgétaires sur l'armée. Mi-mai la presse relayait déjà l'information selon laquelle Bercy était prêt à engager jusqu'à 2,3 milliards d'euros d'économies supplémentaires d'ici 2017 sur le budget de la Défense. Si cette option était confirmée, dans quelles proportions notre potentiel d'intervention en serait diminué ?

François Géré : On connaît aujourd'hui les difficultés rencontrées à tous les niveaux (logistique et humains…) par l'armée française dans le déploiement d'opérations extérieures, et bien que ces réductions n'auront pas d'impact sur 2014, il est évident que la planification des opérations futures devra prendre en compte ces réductions dès la fin de l'année. Le niveau de disponibilité de nos forces en serait ainsi considérablement réduit, ce qui remettrait directement en cause les activités de stabilisation et d'anti-terrorisme en Afrique souhaitées par l'Elysée depuis quelques mois, en particulier dans le Sud de la Libye. En conséquence, notre capacité de réaction et d'anticipation de nos forces armées en seront grandement réduits.

Ces coupes peuvent-elles aller jusqu'à remettre en cause le déroulement d'opérations en cours, notamment en Centrafrique ?

François Géré : Comme chacun sait, l'évolution de la situation en Centrafrique est loin d'être idéale, et il n'est actuellement pas question d'y augmenter les effectifs. Dans ces cas précis, l'envoi de renforts ne réglerait du reste en rien le cœur du problème qui repose dans l'absence d'objectifs concrets, l'enjeu étant pour l'instant de "limiter la casse au maximum". Si l'on peut saluer d'une certaine manière le fait que les forces françaises ont pu empêcher des débordements génocidaires, il est évident que nous n'apportons pas de solutions directes à travers notre présence actuellement. Plus largement, on voit bien aujourd'hui que si l'on souhaite conserver notre capacité d'intervention et d'influence, il faudra désormais passer par des accords bilatéraux ou trilatéraux avec d'autres pays, ce qui dans le cas africain nécessiterait de renouer des relations devenues difficiles avec certains états, notamment le Tchad. 

Quelles sont les branches, les missions de l’armée qui doivent absolument être préservées pour éviter un décrochage stratégique ? 

Etienne de Durand : Equipement, infrastructures militaires, nombre de régiments et autres, tout doit être conservé. Nous ne serons pas forcément en danger demain, ni l’année prochaine ou dans deux ans, mais il faut bien comprendre que ce que nous achetons maintenant est ce que nous utiliserons dans cinq, dix et vingt ans. Or, nous serons à un moment ou à un autre menacés. La question est donc de savoir si les Français pensent que leur armée doit rester capable, à l’avenir, de réaliser une intervention comme celle du Mali ou d’une ampleur similaire. Voulons-nous continuer à être capables d’aller chercher nos ressortissants quelque part ou d’aller détruire des groupes terroristes ?

Les Américains, à travers la voix de leur secrétaire d'Etat à la Défense Chuck Hagel, se sont récemment inquiétés du désarmement européen face à l'évolution de la situation en Ukraine. Notre armée serait-elle toujours en état de défendre l’Hexagone actuellement ?

François Géré : Il faut tout d'abord rappeler l'essentiel : les intérêts vitaux de la France ainsi que sa population sont aujourd'hui protégés, sanctuarisés même, par notre capacité de dissuasion nucléaire. Lorsque l'on voit que la Russie augmente ses capacités de frappe nucléaire stratégique, il est cependant très préoccupant de voir que nos parlementaires s'interrogent dans le même temps sur la possibilité de maintenir, ou non, le niveau actuel de veille stratégique de nos sous-marins nucléaires. Cette assurance est pourtant plus nécessaire que jamais, comme le démontre la crise actuelle en Europe Centrale. Lors de la publication du livre blanc de la Défense de 2008, on avait évoqué la notion de "surprise stratégique", une surprise qui commence à sérieusement prendre forme aujourd'hui : qui aurait pu penser que l'on verrait l'armée russe se masser en force aux frontières de l'Ukraine il y a seulement 5 ans… D'ici à 10 ans, si les tendances actuelles se poursuivent, l'armée allemande sera fantomatique et les effectifs britanniques se seront réduits comme peau de chagrin, et dans un tel contexte la France aurait tout intérêt à reprendre le contrôle complet de ses capacités réelles sur le plan militaire. Nous avons pour l'instant la garantie de nos forces nucléaires, à condition bien sûr qu'elles soient maintenus à un niveau opérationnel qui est déjà minimal et qui ne saurait être réduit.

Dans un second temps se pose la question de la capacité de notre présence conventionnelle, même s'il est évident que nos fantassins n'iront pas combattre l'armée russe d'ici demain : les bêtises et les scénarios catastrophes sont à éviter en la matière. Cependant, Moscou constate bien aujourd'hui que la défense des différents pays d'Europe ne cesse de diminuer sur le plan budgétaire, nos capacités opérationnelles étant amenées à diminuer sur les 5 à 20 prochaines années. De leurs côtés, les Russes misent sur une modernisation ambitieuse de leur armée, modernisation qui sera d'ailleurs permise en partie par l'achat de technologie auprès des Allemands… et des Français (on pense notamment à l'actuelle polémique sur la vente de Mistral). La France se situe aujourd'hui dans une situation d'incohérence stratégique d'où nous allons devoir sortir rapidement. Sauf à nous mettre dans une position dangereuse, il est évident que nous devrons à l'avenir réviser nos investissements en matière de défense. On ne peut pas continuer de réduire les budgets, les capacités et les compétences face à des puissances qui font exactement l'inverse.

Les Français saisissent-ils réellement ce que signifierait une France sans armée ?

Etienne de Durand : L’évolution des sondages montrent que les gens ne sont pas vraiment favorables aux coupes dans le budget de la Défense, alors qu’ils l’ont été pendant longtemps. Il est important que chacun comprenne que nous avons déjà tellement coupé que chaque coupe complémentaire entraîne une baisse de capacité drastique. Une fois encore, construire une armée est quelque chose qui se planifie sur la durée. C’est un peu comme un particulier qui achète un appartement en empruntant auprès d’une banque, qui va considérer que les remboursements ne peuvent dépasser à peu près à un tiers de vos revenus ; si ce particulier voit ses revenus fondre brutalement et que ses traites représentent désormais 60% de ses revenus, il n’aura d’autre choix que de vendre l’appartement. Nous avons déjà tellement reporté de dépenses, nous avons déjà tellement réduit les effectifs – la RATP a autant de personnel que l’Armée de l’air et l’Armée de terre tient dans le stade de France – que porter un nouveau coup fera s’effondrer le système. Je ne sais pas si les Français sont conscients des risques qu’il y a à voir ainsi leur armée mis une nouvelle fis à la diète, mais si ce n’est pas le cas ils doivent rapidement s’en rendre compte. Les décisions qui sont prises aujourd’hui vont conditionner la politique de défense du pays comme la sécurité de nos concitoyens et de notre territoire pour les quinze années à venir. La Défense est la première mission de l’Etat.

Quel rôle sur la scène internationale peut espérer une France sans armée souveraine voire sans armée ?

Etienne de Durand : Nous n’aurons plus de rôle car c’est l’un des derniers avantages comparatifs que nous possédons. Nous pouvons aujourd’hui considérer que nous avons la première armée de l’Union européenne, à peu près à égalité avec le Royaume-Uni que nous dépassons de pas grand-chose bien que nous dépensions un peu moins que lui. Il est évident qu’en perdant cela nous ne pèserons plus rien du tout face à la Chine ou aux Etats-Unis mais aussi face à l’Allemagne au sein de l’Union. Il est également évident que nous serions amenés à terme à perdre notre siège permanent au sein du Conseil de sécurité de l’ONU puisque nous ne serons plus capables d’assurer la moindre mission militaire. Ce ne sera donc ni plus ni moins que le déclin de la France sur la scène internationale.

L’économie est-elle finalement en train d’avoir raison de notre histoire et de notre prestige militaire ?

Etienne de Durand : Ce n’est pas l’économie qui est en train d’en avoir raison, c’est la politique. Nous ne résoudrons pas le problème budgétaire de la France en tapant sur le budget de la Défense et ce n’est donc pas une question économique. Ce budget n’est pas assez important pour cela, nous ne sommes pas les Etats-Unis. Il y a en France des pistes bien plus sérieuses pour réaliser des économies budgétaires : réduire les dépenses de fonctionnement des administrations locales, aligner  les régimes spéciaux de retraites sur le régime général, revoir le montant des allocations familiales et bien d’autres encore, sans pour autant remettre en cause la sécurité du territoire et des Français. C’est plus difficile à assumer politiquement mais toutes les dépenses ne se valent pas et il faut être capable de les hiérarchiser. C’est l’intérêt général qui est en jeu et celui-ci passe par la conservation de notre indépendance militaire plus que par l’assurance chômage des intermittents du spectacle. Nous sommes en crise, tout le monde doit faire des efforts mais certains plus que d’autres et la Défense en a déjà fait assez. Elle en a fait au sortir de la Guerre Froide, puis en 1995 quand il a fallu remplir les critères de Maastricht, en 1998 sous Lionel Jospin, à nouveau en 2008. Au sortir de la Guerre Froide, l’Armée de l’air comptait 600 appareils de combat contre 300 aujourd’hui. La question est maintenant de savoir si nous pourrons en garder 200. Or, cette division par deux et plus ne peut être entièrement compensée par le progrès technologique. Toujours au sortir de la Guerre Froide, la Défense représentait 3% du budget, presque 6% sous le Général de Gaulle contre 1,5% aujourd’hui. Le ministre du Budget espère faire passer ce chiffre à 1%. La sécurité de la France sera donc trois fois moins importante en 2013 qu’en 1990 et six fois moins que dans les années 1960. Evidemment, les enjeux géopolitiques ne sont plus les mêmes, les Soviétiques ne sont plus à nos portes, mais nous avons pu constater  le danger que représente l’implantation de djihadistes dans des zones et des pays fragiles, situés pas bien loin de la France.

Quels seraient par ailleurs les conséquences d’une telle réduction sur notre économie ?

Etienne de Durand : Le secteur de l’aéronautique et de la défense est le troisième secteur industriel du pays et il représente à lui seul 4 000 entreprises et 165 000 emplois directs. Compte tenu de l’état du BTP et de l’automobile, si nous coupons dans ce secteur, il ne nous restera rien d’autre que l’industrie pharmaceutique et l’agroalimentaire. En plus du désastre militaire, ce sera un désastre industriel. C’est en effet un secteur très national, donc l’essentiel de l’argent public qui y est affecté reste dans le pays plutôt que de s’évaporer en importation. Enfin, c’est un des rares secteurs qui exporte et donc contribue positivement à notre balance commerciale. Cela est notamment dû à un cercle vertueux entre l’Armée française, qui fait la démonstration de notre excellence technologique, et notre industrie de défense qui nous permet d’avoir une armée efficace. Faut-il alors sacrifier tout cela, et en plus pour des gains minimes, sachant que le déficit annuel de la France équivaut à plus de deux fois le budget militaire ? Si nous faisons aujourd’hui ce choix, il sera trop tard pour pleurer dans dix ans, trop tard à la fois pour les emplois industriels qui auront été détruits et pour les menaces comme celle qui s’est manifestée au Mali.

Propos recueillis par Théophile Sourdille

Version mise à jour d'un article publié le 16 mai 2014

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vangog
- 24/05/2014 - 01:09
Désolé, car j'ai fait un doublé..,
Ça doit être le Wuhm!...wom...
vangog
- 24/05/2014 - 01:06
Nos sous-marins, nos missiles, les Russkofs...
Le Drian n'a qu'à démissionner, ou fermer sa gueule...de socialiste!
vangog
- 24/05/2014 - 00:32
Moi, personellement, je démissionnerais
et rendrais mon tablier...
Mais il est vrai que je ne suis pas gauchiste!....