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Tour d'Europe des campagnes pour les Européennes : direction la Hongrie

Publié le 17 mai 2014
Treizième étape de notre tour d'Europe des campagnes pour les élections européennes : la Hongrie, où deux partis anti-européens, le Jobbik et le Fidesz du Premier ministre Viktor Orban, devraient sortir en tête d'un scrutin qui sera marqué par une très forte abstention.
Spécialiste de l'Europe centrale et orientale vivant à Budapest, en Hongrie, il co-anime entre autres une émission de radio.
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Pierre Waline
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Treizième étape de notre tour d'Europe des campagnes pour les élections européennes : la Hongrie, où deux partis anti-européens, le Jobbik et le Fidesz du Premier ministre Viktor Orban, devraient sortir en tête d'un scrutin qui sera marqué par une très forte abstention.

Atlantico : A l'approche des élections européennes, quels sont les principaux thèmes qui occupent les débats en Hongrie ? Par quels partis sont-ils portés, et sont-ils focalisés sur l'Europe en elle-même, ou bien les préoccupations d'ordre national prévalent-elles ?

Pierre Waline : Les préoccupations d’ordre national prévalent (problème des crédits en devises, politique des prix, fiscalité, prises de position vis-à-vis des Roms, etc.). Vis-à-vis de l’Europe, les esprits sont plutôt amers, déçus ou, disons plutôt désabusés 10 ans après l’adhésion. Tout d’abord, au-delà du débat politique, par un complexe général (un peu une spécialité de ce peuple isolé par sa langue et enclin par nature à se considérer systématiquement comme victime incomprise et mal aimée), de se voir ou de se croire traité, en pays "de seconde zone". Il est vrai que les différences de niveau de vie Est-Ouest qui ne font que s’amplifier ne contribuent pas à combattre ce complexe: pour un niveau de prix estimé à 80 %-90 % par rapport à l’Ouest (excepté l’immobilier), niveau de salaires atteignant à peine les 30%, et ce pour une main d’oeuvre reconnue tout aussi qualifiée. Mais ces différences existent aussi dans les pays voisins.

La campagne du gouvernement ne fait que renforcer et exacerber cette rancoeur. En témoigne le slogan choisi par le Fidesz: "Notre message à Bruxelles: respectez les Hongrois !" Une campagne anti-Bruxelles face à laquelle les partis d'opposition ont beau jeu de rappeler que 97 % d'investissements réalisés en Hongrie sont financés par Bruxelles. Cet argument de l'apport des fonds européens ne prend pas : beaucoup de Hongrois trouvent cela tout-à-fait normal, comme une dette de l’Ouest envers eux car ils ont subi le communisme et ont suffisamment souffert.

A cette rancoeur s’ajoute la décision récente de Bruxelles de suspendre les versements, exigeant du gouvernement hongrois des comptes plus clairs quant à leur utilisation jugée très douteuse.

Autre argument populiste porteur : "La Hongrie n'est pas à vendre", face aux multinationales, et pour le non accès des terres agricoles aux spéculateurs étrangers (ce dernier, plus compréhensible).

La campagne est portée par le Fidesz, mais aussi, évidemment, par le Jobbik, de façon plus tranchée. Côté Fidesz, la position n’est en fait pas très franche : Viktor Orbán, selon son habitude, pratiquant ce qu’il appelle la danse du paon, un pas à gauche, un pas à droite, tirant à boulets rouges sur Bruxelles, mais déclarant tout en même temps que la Hongrie fait partie de l'Europe. Double langage auquel il nous a habitués.

Un responsable de l’association CÖF Forum de la Solidarité Civile (émanation du Fidesz, organisatrice des fameuses Marches pour la Paix en soutien à Viktor Orbán) a récemment déclaré que l’on devrait carrément supprimer le Parlement européen. Assez cocasse quand on voit le Fidesz faire précisément campagne pour les élections au Parlement...

Un autre fait éloquent : réélu président du Parlement, le député du Fidesz László Kövér, un proche ami de Viktor Orbán, vient de rejeter froidement une proposition d’un groupe de l’opposition pour qu'à côté du drapeau hongrois, un drapeau de l’Europe figure enfin sur la façade du Parlement, alors qu'y figure le drapeau sicule, province de Roumanie à majorité hongroise qui réclame son autonomie.

Quelles sont les forces en présence, et à quels résultats s'attend-on ?

Face au Fidesz (associé aux Chrétiens du KDNP) et au Jobbik, les partis dits de l’opposition démocratique se présentent cette fois-ci en ordre dispersé. Le parti socialiste MSZP, la Coalition démocratique DK de l’ancien Premier ministre Ferenc Gyurcsány et le parti Együtt PM de l’ancien Premier ministre Gordon Bajnai et les Verts du LMP.  Les partis libéraux, quant à eux n’ont pu être retenus, n’ayant pas obtenu les 20 000 signatures nécessaires.

On s’attend, comme aux législatives, à une "victoire" du Fidesz, voire plus prononcée (face aux 44,5 % des suffrages exprimés aux législatives, on prévoit plus de 50 % aux européennes). D’autant que les partis de l’opposition ont des positions différentes face à l’Europe : Ferenc Gyurcsány (DK) s’étant clairement prononcé pour une véritable fédération supranationale (des "Etats-Unis" d’Europe), les deux autres étant plus modérés.

A quel niveau de mobilisation s'attend-on ? Qu'est-ce qui incite (ou au contraire décourage) les électeurs hongrois à se mobiliser ?

Le taux de participation sera extrêmement faible. Au-delà de la faible motivation que suscite traditionnellement ce type d’élection, la récente tenue des législatives (6 avril) et la longue campagne – au ton particulièrement envenimé - qui les a précédées a littéralement usé, lassé l’électeur hongrois moyen, enclin à tourner le dos au débat politique. Ce qui ne fera que renforcer, face aux nombreux abstentionnistes,  le noyau dur des "fidèles" indéfectibles, donc en faveur du Fidesz.     

Qu'en est-il des partis dits eurosceptiques ? Pourraient-ils, comme cela devrait-être le cas en France, effectuer une percée ?

Il est difficile en l'état d'établir une prévision quant aux chances du Fidesz et du Jobbik. Ce scrutin ne mobilisant guère les foules, je ne vois pas venir de sondages en chaîne comme cela avait été le cas pour les législatives. Mais je verrais bien le Jobbik en deuxième position devant les socialistes. Le terme d'eurosceptique habituellement utilisé ailleurs ne me semble toutefois pas adéquat dans le cas de la Hongrie, et il est trop faible. En Hongrie il y a plutôt deux camps opposés : l'un franchement europhile et l'autre très fermement anti-Europe, ce qui va bien plus loin que le "scepticisme".

Entre eux, il y a une grande masse, plutôt relativement indifférente, peut-être un peu méfiante, mais aussi se réclamant culturellement de l'Ouest, donc au moins "européenne" de coeur.

Le Jobbik a le vent en poupe. Est ce que ce parti d'extrême droite influence et impose ses thèmes de campagne aux européennes ? Le Fidesz, le parti du Premier ministre Viktor Orban qui s'est droitisé au point de devenir nationaliste et populiste, est-il contraint de s'aligner sur le Jobbik pendant cette campagne ?

L’actualité récente laisse deviner une petite guerre entre les deux partis. Le Fidesz vient de dénoncer (pour le traîner en justice) les prétendus agissements d’un député du Jobbik, numéro 3 sur la liste des européennes, pour activité d’espionnage au profit de la Russie. Il ’agit d’un certain Béla Kovács. Assez surprenant....

Il faut savoir que le Jobbik, carrément anti-européen, n’en demeure pas moins très présent et actif à Strasbourg et Bruxelles. Démarche somme toute normale : s’intégrer à l’adversaire pour mieux le combattre et défendre ses intérêts nationaux.

Jobbik, Fidesz, Aube hongroise... la Hongrie peut-elle être le pays où les partis eurosceptiques vont récolter le plus de suffrages ?

La Hongrie figurera sans nul doute en tête des eurosceptiques : non sur l’ensemble de l’opinion, mais - paradoxalement - sur la participation. Car, malgré tout, je ne crois pas l’opinion dans son ensemble si remontée en définitive. Vendredi matin, un sondage a donné un peu plus de 40 % d'opinions favorables à l'Europe, ce qui n’est finalement pas si mal.

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vangog
- 17/05/2014 - 17:03
Le numéro trois du JOBBIK serait
un espion pro-russe?
Ah Ben alors! Où sont donc nos valeureux défenseurs du KGBiste Poutine, pour dénoncer avec force cette collusion de l'extrême-droite et des ex-fascistes rouges?...
On attend!