En direct
Best of
Best of du 18 au 24 mai 2019
En direct
Adieu, ferme royale
Rambouillet : les moutons-modèles en danger
Publié le 11 juillet 2011
Un projet de Pôle technique universitaire à Saint-Quentin-en-Yvelines, près de Versailles devrait bientôt s’implanter sur le domaine de la Bergerie nationale, la ferme installée par Louis XVI, à deux pas du château de Rambouillet. Comment se résigner à voir menacée pareille institution ?
Jacques Charles-Gaffiot est l'auteur de Trônes en majesté, l’Autorité et son symbole (Édition du Cerf), et commissaire de l'exposition Trésors du Saint-Sépulcre. Présents des cours royales européennes qui fut présentée au château de Versailles...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jacques Charles-Gaffiot
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jacques Charles-Gaffiot est l'auteur de Trônes en majesté, l’Autorité et son symbole (Édition du Cerf), et commissaire de l'exposition Trésors du Saint-Sépulcre. Présents des cours royales européennes qui fut présentée au château de Versailles...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Un projet de Pôle technique universitaire à Saint-Quentin-en-Yvelines, près de Versailles devrait bientôt s’implanter sur le domaine de la Bergerie nationale, la ferme installée par Louis XVI, à deux pas du château de Rambouillet. Comment se résigner à voir menacée pareille institution ?

Plantée dans un paysage champêtre propre aux compositions des tableaux de Hubert Robert, telle apparaît aujourd’hui encore, à deux pas du château de Rambouillet, la ferme royale voulue par Louis XVI, en 1783, pour y mettre en pratique les théories chères aux physiocrates du temps et, en l’espèce, améliorer l’élevage ovin.

Pour aménager sa ferme modèle, le souverain fait tout d’abord acheter en Suisse deux taureaux, vingt vaches et une jument. Puis, il joint une paire de béliers et une brebis venus d’Afrique, un âne en provenance de Malte, et enfin 17 chèvres d’Ankara…

Mais, voulant de surcroît trouver le moyen de briser un monopole espagnol en évitant à la France de payer chaque année près de 30 millions pour l’achat de laine destinées aux filatures françaises, le roi parvient à obtenir de son cousin Charles III la permission d’acquérir un troupeau de 383 mérinos pour acclimater cette solide race sous le ciel d’Ile de France puis la faire prospérer à travers tout le royaume.

Une rigoureuse sélection permet de prélever les meilleures têtes du cheptel hispanique et de constituer un troupeau de 383 animaux (334 brebis, 42 béliers, 7 moutons conducteurs) qui s’ébranle, le 15 juin 1786, le long des sentiers reliant le sud de l’Espagne à la France, sous la conduite de quatre bergers.

Quatre mois plus tard, le 12 octobre, après avoir franchi les Pyrénées et remonté les campagnes françaises, 366 mérinos arrivent à Rambouillet.

Grâce à l’intelligence des soigneurs et aux connaissances du naturaliste Daubenton, le troupeau prospère. Le pari de louis XVI est gagné.

En mars 1794, les révolutionnaires ayant reconnu la richesse des bienfaits apportés par cette royale initiative, transforment la ferme en une école de bergers, la première ouverte sur le territoire de la République.

Au siècle suivant, par une sévère sélection, la « race de Rambouillet » devient si prospère qu’elle supplante la race originelle espagnole appauvrie.

De nos jours, le troupeau de mérinos acheté par Louis XVI est l’unique témoin d’une race exceptionnelle remontant à la nuit des temps. Les activités de l’Ecole nationale d’élevage ovin et celles du Centre d’apprentissage d’élevage perdurent toujours malgré les profondes mutations subies par les industries lainières à partir de 1950. A présent, la Bergerie nationale se dirige essentiellement ses objectifs vers l’amélioration de la qualité de la viande ovine et de la production de lait.

Mais pour combien de temps encore ?

Un projet de Pôle technique universitaire (université de Versailles, Saint-Quentin-en-Yvelines) devrait bientôt s’implanter sur le domaine et emménager dans les anciens bâtiments du XVIIIe siècle pour permettre à des enseignants, à des chercheurs, à des étudiants en master ou à des doctorants de suivre une formation dédiée à « l’Agriculture Durable et du Développement Territorial Soutenable » (sic).

Le projet aurait pour conséquence immédiate d’affecter au pôle universitaire la partie sud de la Cour d’honneur (quatre bâtiments inscrits à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques) pour y aménager des amphithéâtres et une zone de restauration !

Ainsi, à  plus ou moins brève échéance, le dernier grand ensemble agricole imaginé par les physiocrates du siècle des Lumières, après avoir réussi à échapper aux affres de la Terreur, des révolutions et des guerres, risque de disparaître.

Certes, ces savants projets ne portent aujourd’hui que sur une petite moitié des bâtiments et n’altèrent qu’une partie des activités séculaires de l’institution, mais il en va toujours ainsi lorsque les Pouvoirs publics envisagent la  suppression pure et simple d’un établissement. Par ailleurs, même amoindrie, la Bergerie nationale pourrait-elle à brève échéance survivre à une cohabitation si antinomique ?

L’initiative menée sans grande concertation avec le personnel intéressé relavant du ministère de l’Agriculture apparaît de surcroît d’autant plus surprenant que la mairie de Rambouillet, qui soutient sans doute avec raison l’arrivée du pôle universitaire sur le territoire de sa commune, dispose de nombreux autres emplacements susceptibles de recevoir tout aussi dignement les infrastructures nécessaires à la mise en œuvre de ce projet.

En fait, la véritable question se situe ailleurs.

Aménagés symétriquement de part et d’autre d’un imposant pigeonnier, granges, bâtiments, et logements des anciens fermiers forment un majestueux quadrilatère. Cet ensemble représente l’un des plus beaux fleurons architectural du ministère de l’Agriculture en proie, lui aussi, à bien des restrictions financières.

Aussi regrettable puisse-t-elle être, la disparition de la Bergerie nationale pourrait donc apparaître comme une mesure justifiable.

Mais comment approuver en toute sérénité le démantèlement de ce patrimoine historique incomparable faisant, dans toute l’Europe, l’admiration des chercheurs, de la communauté scientifique et même du grand public ?

Au même titre que le haras national du Pin en Normandie, l’avenir de la Bergerie nationale ne concerne pas seulement la seule ville de Rambouillet, ni même la région Ile-de-France. Elle se présente comme un symbole d’excellence et comme l’héritière d’un savoir faire envié. A l’instar du château et du domaine de Versailles au regard de la direction du Patrimoine ou des opéras Bastille et Garnier pour la Direction de la Musique et celle de la Danse, la dimension acquise par cet établissement s’étend bien au delà de nos frontières et de cadres administratifs souvent trop rigides.

Aussi, comment se résigner à voir menacée pareille institution ?

Au sein du ministère de l’Agriculture, n’existe-t-il aucun responsable pour mesurer les enjeux encourus par la programmation de ce démantellement ?

D’autres projets respectueux à la fois de l’état existant du monument et de sa vocation ont-ils vraiment été étudiés ?

 Pour l’heure, ces questions restent sans réponse.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Il agresse un agriculteur pendant que son épouse filme
02.
Mais pourquoi les Français épargnent-ils une part non négligeable du pouvoir d’achat gagné ces derniers mois ?
03.
Rihanna éconduit Neymar, Charlotte Casiraghi & Gad Elmaleh s’ignorent, Anthony & Alain-Fabien Delon se vengent de leur père; Karine Ferri investit lourdement pour son mariage (et invite utile); Johnny Depp : c’est Amber qui l’aurait battu
04.
Automobile : des centaines de milliers de moteurs Renault suspectés de malfaçon
05.
Forte hausse des cleantechs. Bulle financière ou investissement d’or et déjà productif ?
06.
Petits scénarios alternatifs pour la fin du quinquennat Macron
07.
Tensions grandissantes en Algérie : Bouteflika n’est plus là, mais les généraux, si
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Burkini à la pisicine municipale : les périlleuses relations de la mairie de Grenoble avec les intégristes musulmans
03.
Cancer : cette découverte sur le cerveau qui ouvre de prometteuses voies de traitement
04.
Il agresse un agriculteur pendant que son épouse filme
05.
Rihanna éconduit Neymar, Charlotte Casiraghi & Gad Elmaleh s’ignorent, Anthony & Alain-Fabien Delon se vengent de leur père; Karine Ferri investit lourdement pour son mariage (et invite utile); Johnny Depp : c’est Amber qui l’aurait battu
06.
Mais que ferait l’UE face à une répétition de la grande crise 2008 ? Le sujet étrangement absent de la campagne des Européennes
01.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
02.
La bombe juridique qui se cache derrière la décision de la Cour d’appel de Paris de sauver Vincent Lambert
03.
Des experts estiment dans un nouveau scénario que la hausse du niveau des océans pourrait dépasser deux mètres d'ici 2100
04.
LREM, UDI, LR ou abstention ? Petit guide pour ceux qui voudraient (vraiment) voter libéral aux Européennes…
05.
Vidéo de Vincent Lambert : son épouse va porter plainte
06.
L'arrêt des soins de Vincent Lambert a débuté
Commentaires (2)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
Martin OConnor
- 10/07/2011 - 22:53
Projets respecteux et procès d'intention?
L'avenir de la Bergerie (et des merinos) est incertain, d'accord. Cependant, étant membre du CA de la BN depuis plus de 6 ans, je suis bien placé pour savoir la volonté de l'UVSQ pour collaborer avec la BN et consolider son avenir. Que l'Université soit (malgré elle?) une menace aux merinos, est une hypothèse à explorer avec l'esprit ouvert car, elle est peut-être erronée sur le fond...
porticcio
- 10/07/2011 - 17:00
Une seule explication possible ?
Au sein du ministère de l'Agriculture, il y aurait des chèvres !