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L'interview Atlantico Business
Jean-Manuel Rozan - Qwant : "Concurrencer Google, ce n’est pas du tout un objectif"
Publié le 25 juin 2014
Lauréat du Concours Mondial d'innovation 2030, Qwant est un moteur de recherche français qui protège la navigation de la collecte de données personnelles. Lancé au printemps 2013, le service connait déjà un certain succès et vient d’être lancé en Allemagne. Pour Jean-Manuel Rozan, il ne s’agit pas "de concurrencer Google", mais de proposer "une logique de recherche différente".
Jean-Manuel Rozan a passé l'essentiel de sa carrière sur les marchés financiers en tant qu'investisseur. Il est aujourd'hui le co-fondateur du moteur de recherche Qwant et président de Quartz Investissements.
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Jean-Manuel Rozan a passé l'essentiel de sa carrière sur les marchés financiers en tant qu'investisseur. Il est aujourd'hui le co-fondateur du moteur de recherche Qwant et président de Quartz Investissements.
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Lauréat du Concours Mondial d'innovation 2030, Qwant est un moteur de recherche français qui protège la navigation de la collecte de données personnelles. Lancé au printemps 2013, le service connait déjà un certain succès et vient d’être lancé en Allemagne. Pour Jean-Manuel Rozan, il ne s’agit pas "de concurrencer Google", mais de proposer "une logique de recherche différente".

Atlantico Business : Comment définiriez-vous Qwant et quels sont les éléments qui vous différencient des autres acteurs du marché ? 

Jean-Manuel Rozan : Qwant est un moteur de recherche. On indexe des contenus d’Internet, à savoir le web et le web social. C’est quelque chose que l’ont fait de mieux en mieux et de plus en plus progressivement. Deux éléments nous différencient des autres acteurs. Le premier c’est que l’on ne trace pas notre utilisateur. Quand on est chez Qwant, on ne copie aucune trace de son activité de recherche. On ne la restitue pas quand il revient. Il peut rester aussi longtemps qu’il veut sur Qwant, ça ne nous apprend rien de plus sur lui. La conséquence directe de cela, c’est de faire quelque chose encore absent des moteurs de recherche : donner accès de façon transverse à presque tous les contenus d’Internet. Nous n’avons pas à faire de choix dans ce que nous montrons à l’utilisateur compte-tenu de ce que celui-ci à déjà regardé. Nous pensons que cette offre qui est nouvelle, qui offre une logique de recherche différente, correspond aux attentes d’un monde croissant d’internautes dans le monde qui s’intéressent à deux choses. Premièrement, bien sûr qu’ils sont tracés et que ça a des conséquences sur ce qu’ils voient .Deuxièmement effectivement ils sont enfermés dans des bulles filtrantes et ils ne voient pas des choses qu’ils pourraient voir.
 
 

Puisque vous revendiquez ne pas avoir cet aspect commercial comme vos concurrents, comment gagnez-vous de l’argent ?

Il y a énormément de façons de faire dans le B to C, et comme chacun le sait, toutes les grandes entreprises de B to C ont inventé leur modèle après avoir inventé leur audience. Rien d’anormal, Qwant fait la même chose. Sur Qwant il y a plein d’activité, notamment celle qui consiste à trouver des objets à acheter, des voyages à acheter. Nous avons établit des partenariats avec des sociétés comme par exemple TripAdvisor, qui sont générateurs de revenus. Par ailleurs, on a un autre modèle de restitution de datas à des clients qui en ont besoin. En gros, avec un outil technologique propre et éthique, récupérer ce que les gens ont dit publiquement et volontairement sur les réseaux sociaux. Ça on le restitue à des marques pour les rapprocher de leurs clients, à des villes, à des régions, à des pays, pour leur donner accès à leurs données. A des gens qui ont des écosystèmes de millions de fans pour proposer une application mobile où ils peuvent trouver uniquement ce qui est pertinent pour ces fans. On peut créer des univers de recherche pertinents pour à peu près tout le monde en fonction des besoins, et on restitue cette data qui est transverse, globale, sociale, et complète. Les gens se sont tellement habitués à l’hégémonie d’un acteur que tout le monde croit qu’il n’y a qu’une seule façon de faire, y compris une seule façon de gagner de l’argent.
 
 

Sur ce marché, Google a depuis bien longtemps pris une place de quasi monopole. Comment comptez-vous le concurrencer ?

 
L’idée de concurrencer ou de battre Google c’est quelque chose qui ne nous a jamais traversé l’esprit et dont nous n’avons jamais parlé. Google a 400 milliards de dollars de CA. Avec ExxonMobil, ils sont tous les deux plus gros que tous les acteurs du CAC40 rassemblés. Nous faire dire qu’on veut battre Google c’est nous faire dire qu’on est des crétins. Ce n’est pas du tout un objectif. Par contre, proposer un service qui obéit à une logique différente et pertinente, et le laisser grandir à sa taille – on verra qu’elle sera cette taille – et bien ça c’est notre objectif. Dans ce monde qui est si grand il y a à peu près 1,5 milliard de personnes qui se servent d’un réseau social chaque jour, il n’y a nullement besoin de battre qui que ce soit pour exister. En termes d’audiences, on a quelques millions de personnes qui un jour se servent de Qwant, c’est déjà pas mal. On cherche à répondre à au moins une partie des internautes, et ça fait déjà beaucoup de monde ! A partir de là, le business model est extrêmement élaboré et donne une part croissance au B to C avec le temps et démarre assez vite avec le B to B c’est-à-dire avec l’abonnement et la vente de possibilités pour les marques de se rapprocher de leurs clients. Et toujours centré sur ce que les internautes ont dire publiquement et volontairement. Nous avons une stratégie technologique différente dans notre business-plan très pertinent et très détaillé. Je peux vous dire qu’en 2018 nous aurons à peu près 200 employés contre une vingtaine aujourd’hui, et un chiffre d’affaires très conséquent qui se chiffre en millions d’euros.
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