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Reformatage

Le djihad en recomposition à l'heure de l''après-Al-Qaïda

Publié le 27 avril 2014
Alors que la France met en place un plan de lutte "anti-djihad" pour enrayer le flux des candidats voulant rejoindre le front syrien, sur le terrain la situation est confuse entre recompositions constantes des groupuscules et instrumentalisation de l'Arabie saoudite.
Fabrice Balanche est Visiting Fellow au Washington Institute et ancien directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient.
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Alors que la France met en place un plan de lutte "anti-djihad" pour enrayer le flux des candidats voulant rejoindre le front syrien, sur le terrain la situation est confuse entre recompositions constantes des groupuscules et instrumentalisation de l'Arabie saoudite.

Atlantico : Alors que l'actualité s'interroge sur les risques liés au djihadisme, la récente démission du chef des renseignements saoudiens Bandar ben Sultan, critiqué pour son financement de groupuscules terroristes, est passé relativement inaperçue. Jusqu'à quel point cet événement pourra influer sur la pratique de la guerre sainte dans les pays du Proche-Orient ?

Fabrice Balanche : La mise à l’écart du prince Bandar ben Sultan s’est faite en deux temps. Le roi lui a tout d’abord retiré le dossier syrien en février dernier vu le manque de résultats quant à "la chute imminente" de Bachar el-Assad. Puis, la semaine dernière le prince Bandar ben Sultan a été démissionné de sa position de chef des services de renseignements saoudien qu’il occupait depuis juillet 2012. De 1983 à 2005, il fut ambassadeur d’Arabie Saoudite aux Etats-Unis, ce qui lui a permis de nouer des liens très puissants avec la famille Bush. Sa disgrâce est plus lié au manque de résultats que par ses pratiques peu orthodoxes en matière de financement des terroristes car, dans ce contexte, la fin justifie les moyens. La chute du régime de Bachar el-Assad, allié de l’Iran, est la priorité de la monarchie saoudienne et le djihadisme un instrument de ce combat. Bandar ben Sultan a également été victime des manœuvres pour favoriser l’accession au trône du fils aîné du roi Abdallah, au détriment du Prince héritier, son frère le prince Salman, afin que le pouvoir demeure au sein de son clan.

Bandar ben Sultan avait par ailleurs été remplacé par le prince Ben Nayef ben Abdel Aziz dans la gestion du dossier syrien alors que ce dernier affiche une ferme opposition aux formations se réclamant d'Al-Qaïda. Une telle évolution marque t-elle une nouvelle donne dans la gestion saoudienne des groupes djihadistes ?

Il ne faut perdre de vue que l’Arabie saoudite est maître dans l’art du double discours et que les chancelleries occidentales s’en accommodent très bien. Le prince Ben Bayef qui a succédé à Bandar ben Sultan a certes combattu des groupes liés à Al-Qaïda au Yémen, mais simplement parce que cela menaçait les intérêts directs de l’Arabie saoudite. Il ne faut pas s’attendre à la même croisade contre le Front Al-Nosra en Syrie, branche officielle d’Al-Qaïda, car il sert les intérêts de l’Arabie saoudite, tout comme l’Etat islamique d’Irak et du Levant sert ses intérêts en Irak, (même s’il les dessert en Syrie). L’Arabie saoudite instrumentalise les groupes djihadistes en fonction de ses intérêts. En février dernier, le roi a publié un décret mettant sur la liste des organisations terroristes le Front Al-Nosra, l’Etat Islamique d’Irak et du Levant et les Frères musulmans. Cependant dans l’attaque du village arménien de Kessab à la frontière syro-turque le 21 mars dernier, le Front Al-Nosra et Ahrar Es Sham, financé par l’Arabie Saoudite, combattaient ensemble. La monarchie saoudienne veut simplement éviter que des djihadistes saoudiens ou étrangers ne se retournent contre elle.

Le radicalisme et l'indiscipline de brigades liées à Al-Qaïda (Front Al-Nosra notamment) aurait par ailleurs fortement agacé le régime de Riyad. Ces combattants, un temps considérés comme un gros atout géopolitique, ont-ils perdu grâce aux yeux de la famille Saoud ?

Les groupes djihadistes ne sont pas à vendre mais à louer. Leur gestion est compliquée car ils ignorent la fidélité et considèrent l’aristocratie saoudienne comme des mécréants. Ils se divisent rapidement pour des querelles d’égo et le partage du butin. Aucun chef ne parvient à s’imposer sur cette myriade de groupuscules. En Syrie, le Front Al-Nosra est d’ailleurs une sission de l’Etat islamique d’Irak et du Levant fin 2012. Les frères ennemis se sont disputés les fatwas d’Ayman Al-Zawairi, l’idéologue d’Al-Qaïda, car ce label est gage de financements internationaux et de combattants. Le fait d’avoir perdu le label Al-Qaîda au profit du Front Al-Nosra en novembre 2013, n’empêche pas l’EIIL de prospérer. Ses troupes ne l’ont pas abandonné et son chef, Al-Baghdadi, défie Ayman Al-Zawairi sans crainte.

La destitution du Prince Bandar résulte notamment, selon des sources saoudiennes, d'un agacement de plus en plus prononcé de Washington qui avait déjà bloqué un armement massif des rebelles syriens. Jusqu'a quel point l'administration Obama a pu peser dans cette affaire ?

Les Etats Unis n’ont guère d’influence sur les affaires intérieures saoudiennes. Néanmoins la monarchie souadienne est soucieuse de ne pas être associée au terrorisme international. Depuis le 11 septembre 2001, elle se sait sous surveillance américaine et donne régulièrement des gages de bonne volonté, mais sans les mettre en application réellement. A titre d’exemple, l’enseignement scolaire saoudien, qui est une machine à produire des islamistes, n’a jamais été réformé malgré les demandes répétées des Etats-Unis.

Sur le plan international, les Saoudiens ont besoin des Etats-Unis pour leur protection, mais ils possèdent leur propre agenda, comme ils l’ont prouvé en soutenant le coup d’Etat en Egypte, contre la volonté des Etats-Unis. Il en est de même dans le dossier syrien. Je doute que l’attaque du village arménien de Kessab par des djihadistes pro-saoudiens ait eu l’aval des Etats Unis. Le département d’Etat est d’ailleurs très embarrassé par cette affaire qui mobilise la puissante communauté arménienne aux Etats-Unis. Les Etats-Unis se méfient des Saoudiens et refusent de fournir du matériel sophistiqué aux rebelles syriens, car il finira rapidement dans les mains des djihadistes. Les armes légères fournies aux rebelles syriens de l’Armée Syrienne Libre en décembre 2012, à partir de la Jordanie, sont rapidement passées au Front Al-Nosra. Il n’est donc pas question de leur donner des missiles anti-aériens (Manpads) pour abattre un Mig syrien ou un avion civil au départ de l’aéroport de Tel-Aviv. Si les Etats Unis continuent d’entretenir une Armée Syrienne Libre au sud de la Syrie c’est pour protéger le Golan des djihadistes et non pour lancer une offensive sur Damas.

Loin des points de fixation comme Al-Qaïda, de nombreux groupes de petite taille semble avoir proliféré depuis quelques années. Peut-on finalement parler d'un "djihadisme d'un nouveau genre" ? Quels enjeux en découlent ?

Al-Qaïda est devenu depuis l’invasion américaine de l’Afghanistan une nébuleuse. De nombreux groupuscules terroristes s’en réclament, d’autres prospèrent avec d’autres labels. La multiplication de ces groupes est liée à la multiplication des zones grises dans le monde : des territoires qui échappent à toute autorité étatique. Auparavant ses zones se limitaient à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. Désormais, nous avons le nord-ouest de l’Irak, l’est du Yémen, la Somalie, la bande sahélienne, le nord de la Syrie, le sud de la Libye, etc. où peuvent prospérer les djihadistes. La remise en question des frontières et les remontées identitaires déstabilisent de nombreux Etats et favorisent la création de groupuscules terroristes et de gangs de brigands qui vont s’inscrire dans un courant islamiste afin de gagner une reconnaissance internationale, recevoir des fonds et drainer des combattants. L’ampleur du phénomène dépasse ce que nous avons pu connaître en Afghanistan dans les années 1980 ou en Bosnie dans les années 1990. Le phénomène se banalise et se "démocratise" grâce aux réseaux sociaux qui permettent des recrutements online, et finalement la relative impunité dont les djihadistes bénéficient.

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oh reure
- 28/04/2014 - 18:08
Criminels religieux
Non pas des combattants comme ils souhaiteraient qu'on les désigne mais des criminels religieux; il suffit d'assister à leurs mises en scènes sordides de cadavres de "mécréants" accrochés à l'arrière de leur voiture et qu'ils sont fiers de "traîner" parce que justement c'étaient des mécréants, avec force sourires et fierté.
Il suffit aussi de penser aux crucifixions pratiquées sur les chrétiens qui refusent de se convertir....
C'est un engagement moyenâgeux barbare et d'une rare cruauté.
jacomino-babady
- 28/04/2014 - 15:53
et les croisés?
mais que font donc les occidentaux? à part se faire tatouer se faire vaseliner, se faire papaouter papa oû tes? rien ils assistent à leur déchéance, ils sont spectateurs de leur propre déclin, ils acceptent le grand chambardement le grand remplacement,la fin d'un sicle, le leur Ils vont disparaître et ne le savent pas encore, et c'est tant mieux .Ils ne méritent pas de survivre à des De gaulle, à des Churchile,à st Louis, à Napoléon,à louis XIV, à toutes ces senti nelles magnifiques, à ces visionnaires. et puisqu'il faut crever, hé bien, crevez donc misérables mécréants
Marie-E
- 27/04/2014 - 14:00
à papa-deddine
vos commentaires sont très intéressants; une seule petite remarque le vocabulaire employé de "junte sioniste" gâche tout le contenu ! Parlez normalement d'Israël, pays reconnu par la Communauté internationale à l'exception de pays dirons-nous "peu démocratiques" ce sera tout à votre honneur !