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Une analyse historique de la fonte des glaces en Antarctique montre qu’au rythme actuel, le niveau des mers pourrait monter de 6 à 9 mètres

En étudiant des couches de sédiments, les scientifiques ont constaté qu'une grande partie de la calotte antarctique orientale pourrait fondre avec des températures un peu plus élevées sur Terre.

Gerhard Krinner

Gerhard Krinner

Spécialiste du climat des régions polairesnotamment du bilan de masse des calottes de glace et des processus de surface, Gerhard Krinner est directeur de recherche au CNRS, directeur adjoint du Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement (LGGE) et membre du bureau de la section "Système Terre : enveloppes superficielles" du comité national de la recherche scientifique. 

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Atlantico : En étudiant des couches de sédiments, les scientifiques ont constaté qu'une grande partie de la calotte antarctique orientale pourrait fondre avec des températures un peu plus élevées sur Terre. Cela pourrait causer une augmentation des niveaux des océans supérieure d'environ trois mètres à ce qui était jusque là prévu. A quoi est dû ce phénomène que les scientifiques anticipent ?

Gerhard Krinner : Les régions sensibles des calottes de glace sont celles où le lit est rétrograde - c'est à dire, les régions où le socle rocheux sur lequel repose la calotte s'abaisse vers l'intérieur de la calotte; et les régions où la calotte repose sur un socle qui est en-dessous du niveau des mers (souvent les deux conditions reviennent un peu au même, voir la figure 1 de l'article de Wilson, jointe ici). Depuis longtemps, on parle de l'Antarctique de l'Ouest (la partie à gauche dans le haut de la figure 1, celle qui se trouve essentiellement au sud de l'Amérique du sud). Cette partie de la calotte repose sur un socle en-dessous du niveau de la mer est est donc très sensible. Elle montre aussi des signaux de faible à l'heure actuelle (accélération de l'écoulement, amincissement clairement mesurable). La bassin de Wilkes (et celui d'Aurora), en Antarctique de l'Est, sont dans le même cas mais elles ne montrent pas, à l'heure actuelle, des signes de déstabilisation. Les données marines analysées dans cet article de Nature suggèrent que cette partie de la calotte a aussi pu être déstabilisée à plusieurs reprises lors de périodes chaudes passées, ce qui suggère qu'elles pourraient aussi être déstabilisées dans un climat pas très différent de l'actuel. Comme on sait que ces parties (notamment le Bassin de Wilkes) sont sur un socle en-dessous du niveau de la mer, c'est plausible. Jusqu'à maintenant, je me répète, il manquait juste l'indication que ceci a été dans le cas dans un passé "récent" (plusieurs 100.000 ans tout de même), et, je répète, pour l'instant, on ne voit pas de signal de déstabilisation en cours.

Comme il n'y avait jusqu'ici pas de signaux passés et présents suggérant une déstabilisation passée ou présente de la calotte, les auteurs du GIEC (j'en étais et j'en suis un) ne pouvaient pas inclure la déstabilisation potentielle de cette partie de la calotte dans leurs projections. D'ailleurs plusieurs modèles numériques récents (Golledge et al., Ritz et al., cités dans cet article) ne projettent pas de déstabilisation évidente de cette partie de la calotte dans le futur non plus.

Êtes-vous d'accord avec le chiffre avancé par les auteurs de l'étude, qui évaluent cette élévation supplémentaire du niveau des mers à 3 mètres ? Au-delà d'une montée des eaux plus rapides et plus importante, quelles seraient les conséquences d'une fonte de cette partie de l'Antarctique ? L'étude vient de découvrir cette épée de Damoclès qui pèse sur l'espace humaine, en existe-il d'autres, potentiellement ?

C'et de la pure géométrie : On sait combien de glace il y a dans cette région de la calotte, et donc à combien de mètres de niveau des mers elle correspond.

Mais cette déstabilisation, si elle est montrée pour le passé, n'est pas forcément rapide : les données marines montrent que dans le cas d'une période un peu plus chaude que l'actuel ça peut arriver SI cette période est prolongée. Elle ne montrent pas que cette déstabilisation peut arriver rapidement, dès que la température se réchauffe. C'est peut-être le cas mais les données ne le prouvent pas. Ce qu'elles suggèrent, c'est que dans un période chaude de plusieurs milliers d'années, ça peut arriver.

Ce n'est donc pas forcément une raison de paniquer ! Il faut du temps pour faire fondre une calotte de glace. Ceci dit, si une telle calotte de glace commence à fondre, c'est très difficile de l'arrêter, même si on revient à un climat plus froid.

L'Antarctique de l'Ouest est une autre partie de la calotte dans le même cas, et elle correspond à 6 m de niveau des mers.

Le Groenland (6 m de niveau de mers en tout) est un cas similaire, mais les processus physiques impliqués sont différents.

Au regard des promesses consenties par la communauté internationale, qui s'est engagée à limiter le réchauffement climatique, les politiques et les actions mises en place sont-elles suffisantes, à priori, pour éviter cette catastrophe supplémentaire ? Que faudrait-il faire ?

A priori, les politiques ne sont probablement pas suffisantes ; les engagements actuels nous mènent vers un réchauffement de 3° dans 100 ans, ce qui serait au-delà du seuil que semble suggérer cette étude. Mais les incertitudes sur ce seuil sont grandes et, encore une fois, l'article dit qu'il faudra sans doute que le réchauffement dure longtemps; on parle ici de plusieurs milliers d'années.

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