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Chroniques du pot aux roses

Supplique au Parquet national financier pour qu’il ouvre une enquête préliminaire sur Emmanuel Macron

Les analystes ont beau faire chauffer leurs calculettes et s’arracher les cheveux, ils ne comprennent toujours pas comment Macron a pu gagner autant d’argent entre 2009 et 2014 et déclarer si peu d’actifs.

Google et Yahoo, internet

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.

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Le merveilleux Parquet national financier que l’affaire Cahuzac a donné à la France s’est illustré par une impressionnante célérité dans l’affaire Fillon. Je ne fais pas partie, et je l’ai souvent écrit, de ceux qui le lui reprochent. Il est bon, il est sain, qu’un individu prétendant devenir président de la République soit examiné sous toutes les coutures. Il vaut mieux découvrir sa face cachée avant qu’après l’élection. Il me paraît donc naturel que ledit Parquet se soit quasi immédiatement saisi des « faits » révélés par le Canard enchaîné et ait fort rapidement transmis le dossier au doyen des juges pour qu’il désigne des magistrats chargés d’instruire une information judiciaire.

Reste que cette méthode ne vaut que si elle est la même pour tous.
 
Les griefs articulés à l’endroit de François Fillon sont connus : détournement de fonds publics, trafic d’influence, recel d’abus de bien social et fraude à la déclaration de patrimoine à la Haute autorité sur la transparence de la vie publique (HATVP).
Etrangement, la presse - y compris le Canard enchaîné - et d’autres médias se sont faits l’écho de comportements d’Emmanuel Macron qui pourraient tout autant justifier l’ouverture d’une enquête préliminaire. Mais rien à ce jour …
 
Détournement de fonds publics ? N’étant pas parlementaire mais collaborateur de cabinet ministériel puis ministre, l’argent utilisé par Emmanuel Macron dans ses fonctions rentre sans conteste dans la catégorie des fonds publics. Et il est bel et bien question d’un éventuel détournement.
Dans leur livre récemment paru « Dans l'enfer de Bercy : Enquête sur les secrets du ministère des Finances », les journalistes Frédéric Says et Marion L'Hour affirment en effet qu'en 2016 le ministre de l'économie aurait utilisé «à lui seul» 80% de la totalité de l'enveloppe des frais de représentation accordée à son ministère pour toute une année soit 120 000 euros du 1er janvier au 30 août.
Philippe Vigier, député UDI indique avoir alerté Jean-Louis Nadal, président de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique : «Les députés sont passés à la moulinette et doivent expliquer comment ils dépensent chaque centime de leurs indemnités. Il n'y a pas de raison que Macron soit traité différemment ».  
 
En outre, selon le même ouvrage, Emmanuel Macron n'aurait pas été pleinement dévolu à sa fonction de ministre lors de son passage à Bercy. Il aurait reçu sur son temps professionnel, dans l'enceinte du ministère et sur ses crédits, des écrivains, journalistes, philosophes, politologues, notamment au cours de dîners, «parfois deux par soir» ! Et ce sans rapport direct avec ses activités ministérielles. 
 
120 000 euros pour préparer les bons esprits à sa candidature ? Est-ce vraiment moins grave que d’avoir affecté un collaborateur de cabinet à un travail d’assistant parlementaire pendant que Pénélope faisait autre chose ? C’est pourtant le seul grief solide qui puisse être reproché à Fillon en matière de détournement de fonds publics. 
 

En effet, le plus gros des accusations qui sont portées contre le candidat des Républicains, à savoir l’inanité du travail de son épouse, est peu démontrable car rien ne définit les tâches réelles d’un assistant parlementaire qui peut se contenter de murmurer de temps à autre à l’oreille de son député. Au surplus, il est douteux qu’il s’agisse de crédits publics stricto sensu, au contraire des fonds de Matignon ou de ceux de Bercy. Dans ces conditions, on ne conçoit pas que l’urgence qu’il y avait à enquêter contre Fillon ne soit pas semblable à celle qu’il y a à en faire de même avec Macron.

Poursuivons par le trafic d’influence.

D’après ce qui filtre du dossier, le grief concernerait principalement l’élévation à la dignité de Grand-croix de la Légion d’honneur de Marc Ladreit de Lacharrière. Cette magnifique autant que vaine distinction n’offre aucun avantage réel à son récipiendaire si ce n’est de pouvoir envoyer ses filles dans un pensionnat tout ce qu’il y a de plus recommandable.

Fillon était Premier ministre quand Lacharrière a été promu. Et sa femme a été employée par Lacharrière à rédiger des notes réelles ou supposées pour la Revue des deux mondes. C’est fort gênant mais, au vu de la générosité du magnat qui finance à grands frais des fondations pour les jeunes de banlieue ou donne des œuvres d’art en pagaille aux musées nationaux, cela peut s’expliquer aussi bien par un hasard de calendrier.

Admettons même que cette décoration ait été conférée en échange d’un mauvais procédé. Est-ce plus grave que l’affaire de l’attribution de SFR à Numéricâble à Patrick Drahi du temps où Macron oeuvrait à l’Elysée, chargé des dossiers économique et financiers et deuxième collaborateur de Hollande par ordre d’importance en tant que secrétaire général adjoint?

Rappelons que, contre l’avis fulminant de Montebourg, alors ministre de l’économie, l’Elysée ne s’était pas opposé à la vente de SFR à Numéricâble plutôt qu’à Bouygues. Le rôle de Macron dans cette affaire avait été souligné par la presse, notamment par un article des Echos.

Restait alors à Drahi à financer son acquisition de SFR. Il fit appel à la banque Morgan Stanley où officiait un dénommé Bernard Mourad qui fut ensuite nommé directeur d'Altice Media Group, rebaptisé SFR Presse.

Mais l’histoire ne se termine pas là. En octobre 2016, le magazine Challenges révèle que «Bernard Mourad quitte Altice [Media Group] pour rejoindre l'équipe d'Emmanuel Macron». Le Monde reprend l'information et titre : «Bernard Mourad, ancien banquier de Patrick Drahi, rejoint Emmanuel Macron».

Enfin, examinons l’insuffisante déclaration de patrimoine à la Haute autorité pour la transparence de la vie politique. Certes, François Fillon a gagné beaucoup d’argent, et sa famille avec lui, y compris par son activité de conseil. Sa déclaration de patrimoine mérite d’être scrutée à la loupe.

Mais quid en ce qui concerne Macron ? Les analystes ont beau faire chauffer leurs calculettes et s’arracher les cheveux, ils ne comprennent toujours pas comment Macron a pu gagner autant d’argent entre 2009 et 2014 et déclarer si peu d’actifs. Un bloggeur méritant, Olivier Berruyer, a refait tous les calculs.

Il arrive à la conclusion que Macron a disposé d’environ 3,6 millions d’euros de revenus en 13 ans, (soit 23 000 € par mois) dont 2,5 M€ en 2011 et 2012 chez Rothschild (105 000 euros par mois), avant impôts bien entendu.

Tout cela aboutit pourtant à un patrimoine quasiment … négatif !

Citons-ce site, que Macron s’est bien gardé d’attaquer en justice, in extenso : « Macron, c’est plus de 3,3 millions de revenus en 6 ans, aucun achat immobilier dans l’intervalle, et à la fin, 266 000 € de liquidités… Je vous passe différentes hypothèses, mais, par rapport au niveau de revenus de 2009, ceci doit correspondre à environ 1 200 000 € d’excédents de revenus nets d’impôts sur la période. À consommation inchangée, et compte tenu de la hausse des liquidités (qui ne partaient pas de zéro) et du remboursement des emprunts, ce sont donc environ 1 000 000 € nets en 4 ans qui manquent à l’appel. Bien entendu, cela a pu être consommé. Mais enfin, cela fait quand même la bagatelle d’une consommation (en plus des crédits, et en plus du niveau de vie précédent Rothschild) d’environ 700 € nets en plus claqués chaque jour pendant 4 ans ... »

Bref, le Parquet financier aurait largement de quoi se demander si, là aussi, la Haute autorité pour la transparence de tout un tas de choses n’aurait pas été un peu grugée.

Il est vrai que Macron est habile et persuasif ; il a ainsi réussi à attendre d’être ministre des finances pour régulariser son ISF sans que personne ne s’émeuve de ce réveil tardif, sauf un sempiternel article dans le Canard enchaîné qui n’a provoqué aucune procédure du Parquet national financier depuis.

En un mot comme en cent, il est grand temps que le Parquet national financier, ce superbe garant de la probité de nos élus et futurs élus fasse preuve de la même sévérité avec Macron qu’avec Fillon. Il s’agit d’affaires complexes à fort retentissement national, sa compétence est donc incritiquable.

2 – Le mois des dupes ... et plus longtemps encore si affinités

Beaucoup mieux que la journée des dupes sous Richelieu et Louis XIII ! Tous les jours ou presque coups de théâtre et renversements d’alliance égaient la scène « républicaine ».

Juppé s’étant comme d’habitude défilé, ses partisans se sont trouvé bien seuls pour organiser la fronde anti-Fillon, ceux de Sarkozy étant au contraire nombreux au Trocadéro autour du candidat contesté. Bref, Fillon a su jouer des bisbilles et arrière-pensées entre Juppéistes et Sarkozystes et entre Quadras et Quinquas pour rester en selle.

Le feuilleton va se calmer quelques jours mais il reprendra ad nauseam car ni le Canard enchaîné ni la justice n’en resteront là. Peu importe : Fillon sera candidat quoi qu’il arrive et il se trouvera face à des juges ulcérés par ses accusations de complot. D’ici à ce que ces magistrats se laissent aller à réclamer à sa famille le paiement de lourdes cautions pénales histoire de plomber l’ambiance, rien n’est plus impossible !

Pour autant, il suffirait que Macron dise quelques sottises et dévissent pour que Fillon soit malgré tout au second tour, devant affronter Le Pen. On s’amuse à l’avance du visage des leaders de la gauche appelant à voter pour lui. Pas sûr que cela convainque 50 % des électeurs au total...

3 – En pire au Pirée

Malgré tout ce que les européistes nous serinent, la cure d’austérité imposée à la Grèce dans le cadre d’un taux de change de l’euro que son économie ne peut supporter continue de ruiner le pays. Loin de la reprise annoncée, le PIB a reculé de 1,2 % au quatrième trimestre 2016. Le recul du PIB sur l'année devrait atteindre 0,1 %, contre une croissance poussive de 0,3 % en 2015. Du coup, tous les calculs et promesses de redressement tombent à l’eau et il va falloir renforcer la perfusion.

Tout va très bien, tout va très bien …

 

 

 

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