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Revue de presse des hebdos

Sarkozy (et ses "coups tordus") vu par Jean-Louis Debré ; Bruno Le Maire ("moi c’est maintenant") vu par Christine Angot ; et le djihadisme vu par Boris Cyrulnik : "C'est dans le chaos que poussent les héros"

En Une de « Charlie hebdo », ils manifestent. Ils ont un slogan : « On lâche rien ! ». Tout seul, un des manifestants rétorque : « ça tombe bien, on n’a rien ! » Si Coco dans ce dessin fait remarquer qu’il n’y a rien à perdre, « L’Obs », s’interroge de son côté sur ce qu’il y aurait à gagner avec « Nuit Debout ».

Sandra Freeman

Sandra Freeman

Sandra Freeman est journaliste et productrice.

 

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Révélations de Jean-Louis Debré : « les coups tordus de Sarkozy »

« Pendant neuf ans, il a tout vu, tout entendu, tout noté ». En silence. Après neuf ans d’abstinence, Jean-Louis Debré révèle (et publie) « ce que je ne pouvais pas dire » chez Robert Laffont. « Le Point » saisit la balle au bond et se fait écho en « exclusivité » du contenu des « carnets secrets du pouvoir » après sa Présidence du Conseil Constitutionnel. Ce qu’il en ressort ? « La tendresse pour l'ami Chirac », « les caprices de Giscard, ou ceux de Rachida Dati, « les confidences de Juppé », mais surtout, « les coups tordus de Sarkozy ».

Nicolas Sarkozy ? « Un président de la République en exercice qui a fait de l'intimidation et de l'insulte un mode de gouvernance » rapporte « Le Point » qui ajoute que « l'auteur ne se contente pas d'étaler son mépris–connu–pour l'ancien chef de l'état, il associe le commentaire à des faits, des dialogues et des anecdotes, donnant au récit une force particulière ».

Par exemple, Jean-Louis Debré revient sur la gestion de crise lors des manifestations du CPE. Réunion à l'Élysée : Chirac, Villepin, Sarkozy et Debré sont autour de la table face au représentant de l’UNEF, mais l’UNEF semble déjà connaître tous des plans du gouvernement. « Plus tard, Bruno Julliard, le dirigeant de l’UNEF et meneur des étudiants en grève, confirmera le double jeu de Sarkozy dans cette affaire. Il lui avait dit militer lui aussi pour le retrait du CPE et comprendre son combat. ». Pour Jean-Louis Debré, la manœuvre est « inacceptable ». Il répète à plusieurs reprises dans le papier de « l’Express » que « l'ancien Président n’a « aucun sens de l'État » et qu’il peut être « dangereux pour la République ».

Autre exemple en février 2008, extrait de son livre : « Peu avant la décision du Conseil concernant la loi sur la rétention de sûreté (NDLR : qui permet de ne pas laisser sortir un détenu à l'issue de sa peine si l'on considère qu'il représente un danger pour la société), Nicolas Sarkozy m’appelle pour me redire qu'il faut à tout prix que le Conseil la valide. « C'est moi qui l'ai voulue, s’exclame-t-il, je me suis engagé. Tu ne dois pas y toucher » (…) « il me fait comprendre sans ambiguïté qu'il me le fera « payer » si nous nous risquons à annuler cette loi. »

Les extraits publiés par le journal sont croustillants, mais le magazine tente de saisir la posture de fond de Jean-Louis Debré aujourd’hui : « heureusement que j'ai quitté la politique ! Ce n'est plus mon monde : le personnel a totalement changé. Après la guerre, les politiques étaient issus de la Résistance. Puis leurs enfants ont repris le flambeau et ils avaient encore une culture de se qu’était la France. Aujourd'hui le personnel politique n'a plus aucune culture historique ni littéraire. Ce ne sont que des petits clans qui chassent plus ou moins en meute ».

 

Christine Angot, sur la route avec « Bruno » (Le Maire) vers 2017 : « si ça marche pas maintenant, ce sera mort » 

« Il a pris sa voiture, il y a une grève des trains, la sortie de Paris est fluide, Bruno Lemaire a rendez-vous avec la maire de Calais, pour visiter un centre de migrants, puis une usine de câbles sous-marin, elle y tient, il n'y a pas que des migrants à Calais, il y a aussi des industries de pointe ».

« L’Obs » a demandé à la romancière Christine Angot d'aller à la rencontre des hommes et des femmes de pouvoir, jusqu'à la présidentielle de 2017. Ainsi, pour ce premier portrait, on monte en auto avec elle en passager et Bruno Le Maire au volant. Elle attaque son interview dans la voiture en citant Heiner Müller,  qui dit : « Le problème de notre civilisation est d’élaborer une alternative à Auschwitz. Et il n'en existe aucune (…) La sélection est globalement le principe même de la politique. On ne peut faire que des variations, atténuer, nuancer ».

Réaction de Bruno Le Maire, qui semble bien tenir le manche : « Il y a une sélection, oui. Soit elle se fait de manière brutale (…) soit elle se fait à partir du mérite de chacun (…) La société française met tout en haut le talent intellectuel, que vous avez et que j'ai à ma mesure. Et tout en bas, le talent manuel. Ça, je pense que c'est douloureux pour des millions de français. Il faut changer l'équilibre ».

L’intérêt du portrait est moins de l’entendre exprimer ses positions que de lire comment il les livre, aux yeux de Christine Angot : « Son rythme de parole est calme, le temps est dénué d'agressivité, la voix est douce, les mots ne sont pas agressifs, il n'emploie pas des mots « assisté », « salafiste », « identité », il dit « pas un euro n’ira à celui qui n'en a pas besoin », « islam politique », « culture ». Le ton est paisible, les mots ne blessent pas. Il y a une sorte de paix dans la voiture » commente l’écrivain.

Un Le Maire plutôt posé, donc. Un Le Maire plutôt très sûr de lui, aussi (ceci allant peut être avec cela). Sur l'aire d'autoroute, Christine Angot raconte la pause déjeuner, le sandwich, la salade sous cellophane, le paquet de Granola, et l’échange autour de Ségolène Royal, qu’il « trouve formidable ». Mais pour qui, en 2012, « et il lui avait dit », « son moment était passé ! L'élection présidentielle, c'est la rencontre d'un peuple et d’une personne » rationalise-t-il. Et à Christine de relancer le dialogue :

« - Votre moment à vous c’est maintenant ?

- Oui. Moi, c'est maintenant. »

- Et si ça marche pas maintenant, c'est mort !? 

- Oui, si ça marche pas maintenant ce sera mort. Après les gens diront : « Oh Le Maire il nous ennuie, ça va, on l’a assez vu ! »

L’information est donc donnée aux Français, pour Bruno Le Maire, c’est 2017, sinon rien.

La France des villages : 15 % de la population pour près de 70 % du territoire

« Sos villages » titre Télérama qui se concentre cette semaine sur la France et ses territoires. « En France, dès que l'on s’éloigne des métropoles, des pôles touristique, c’est dans les bourgs et dans les villages la même désolation de volets fermés, de panneaux « à vendre », de petits commerces et services publics à bout de souffle. La DATAR avait même inventé dans les années 80 une expression « la diagonale du vide » pour désigner cette vaste zone de faible densité qui, de la Meuse aux Landes, en passant par le Massif Central, voit sa population inexorablement s'étioler. » Le magazine fait le tour de quelques villages, qui sont - en réalité - majoritaires en France.  « Sur les quelques 36 000 communes que compte notre pays, les trois quarts ont moins de 1000 habitants. Soit 15 % de la population sur près de 70 % du territoire » détaille « Télérama » qui invite ces 15% à se faire entendre : « Debout les bourgs » !

D'autant que, chaque année, l’Etat distribue 7 milliards d’Euros pour la dotation globale de fonctionnement, « selon des clés de répartition qui favorisent les villes au détriment des campagnes. Pour un citadin, la collectivité reçoit 128 euros ; pour un rural, 68 euros… »

Avec la Loi Notre, explique le magazine, ça « oblige désormais les communes à se regrouper d’ici 2020 en intercommunalités d’au moins 15 000 habitants ». « La mayonnaise prend mal » écrit le « Télérama » qui préfère mettre en avant les « moyens qui existent pour revitaliser les villages », comme « rassembler, dans un bâtiment unique, épicerie et centre médical. Ouvrir un restaurant et l’approvisionner avec des produits du terroir. Ou, bannir les grandes surfaces ».

La France des mécontents : de l'agora athénienne à Nuit Debout, « le partage démocratique de la mort »

En Une de « Charlie hebdo », ils manifestent. Ils ont un slogan : « On lâche rien ! ». Tout seul, un des manifestants rétorque : « ça tombe bien, on n’a rien ! » Si Coco dans ce dessin fait remarquer qu’il n’y a rien à perdre, « L’Obs », s’interroge de son côté sur ce qu’il y aurait à gagner avec « Nuit Debout ». « Que veut vraiment ce mouvement ? » qui vit doucettement depuis le 31 mars. « La Place de la République ne désemplit pas, mais ne déborde pas non plus. Assez homogène socialement, le mouvement cherche à s'étendre et a changé de nature. » écrit l’hebdomadaire avant de dresser via Arnaud Macé, qui est philosophe et spécialiste de l'histoire de la pensée politique en Grèce ancienne, un parallèle entre l'agora athénienne et Nuit Debout à République. « Il y a de troublantes similitudes », écrit-il. Il évoque par exemple celle-ci : « Le partage démocratique de la mort. Jadis c’était la guerre. Aujourd'hui ce sont les attentats ». Pour être un peu plus claire en rapportant son propos, allons plus loin : « À Athènes où le citoyen est soldat, seuls ceux qui sont susceptibles de mourir pour la cité peuvent parler et décider pour elle (…) Or la Place de la République a acquis, au fil des deuils de l'année 2015, le statut d’un lieu de mémoire. La statue qui se trouve en son centre est devenue « le mémorial » des victimes des attentats ». Et à Arnaud Macé de conclure, qu’ « à la communauté en deuil, Nuit Debout offre de devenir une communauté délibérative, c'est-à-dire au sens ancien, une communauté démocratique ».

La France et la prostitution : 37 000 prostituées, 1,6 milliard d'euros par an dont la moitié en évasion fiscale

Autre portrait de France, en infographie dans « L’Obs » aujourd’hui. Le magazine publie de nombreux chiffres sur le « coût de la prostitution ». Il y aurait, selon le mouvement du NID, « 37 000 prostituées » en France. Outre la souffrance infligée aux victimes, on revient ici sur les dégâts aussi pour la société. Le chiffre d’affaire global de ce trafic s’élèverait à 1,6 milliards d'euros par an : Un « double fardeau économique et social » écrit le journal. De fait, sur ce 1,6 milliard, plus de la moitié, soit « 853 Millions d’euros », serait sujet à évasion fiscale.

« Panama Papers » : le cabinet Mossack-Fonseca a créé et domicilié 214 488 sociétés, dont 113 000 dans les îles vierges britanniques

Et pour faire écho au scandale mondial d’évasion fiscale qui a éclaté, il y a une dizaine de jours, « L’Express » traite du sujet dans ces pages cette semaine (alors que, rappelons-le, le nom de Patrick Drahi, son patron, apparaît dans le listing). « Les scandaleux du Panama » titre le magazine qui dresse ici un portrait fort intéressant des deux fondateurs du cabinet d'avocats, Jürgen Mossack et Ramon Fonseca Mora, deux « experts en création de sociétés écrans », passés, du jour au lendemain, « de l'anonymat quasi complet à la renommée mondiale ».

Il faut dire, que la notoriété du cabinet Mossack-Fonseca peut être « méritée » écrit « l’Express » qui recadre que « dans son domaine, le cabinet est l'un des cinq plus importants au monde. Fort d'une quarantaine de bureaux à travers la planète, dont trois en Suisse et huit en Chine, il emploie 500 personnes ». On n’a évidemment pas affaire ici à des débutants : « au long de quatre décennies d'expérience, ils ont créé et domicilié 214 488 sociétés, dont 113 000 dans les îles vierges britanniques. Une fabuleuse machine à cash (37 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2013) » constate le magazine.

Les portraits des deux hommes sont dignes d’un film à l’américaine. Et d’ailleurs, le magazine s’amuse à les comparer aux deux figures d’ « Amicalement vôtre ».

Pour l’exemple, Jürgen Mossack semble devoir porter « un certain poids de la filiation ». Et pour cause écrit « L’Express », « Sous le troisième Reich, son père fut un Nazi dévoué, membre des Waffen SS. Arrêté par les alliés en 1946, il propose ses services à la CIA afin d'éviter toute complication judiciaire. Jürgen, né en 48 en Bavière, est encore enfant lorsque la famille déménage au Panama, où le père effectue quelques missions d'espionnage contre Cuba devenu communiste ».

Bien différente est la trajectoire de son comparse, Ramon Fonseca Mora.

« À l'instar de Tony Curtis dans la série télé, on devine un personnage naturellement doué, à la répartie facile ». Lui voulait avant tout «  sauver le monde ». Il a « envisagé de devenir prêtre » avant de « travailler pendant six ans aux Nations unies ». Finalement, avec Jürgen Mossack, ce père de quatre enfants va créer cette société. « Nous avons créé un monstre » déclarera-t-il 2012.

Boris Cyrulnik sur le djihadisme : « C'est dans le chaos que poussent les héros »

« Michelet a raison : quand l'État flanche, les sorcières surgissent et les sectes accourent » déclare le neuropsychiatre Boris Cyrulnik à « L’Obs ». Le magazine lui offre sa couverture cette semaine pour la sortie de son livre « Ivre paradis, bonheurs héroïques », chez Odile Jacob. Il y parle de terrorisme, du mal, des héros, des victimes. Son entretien est passionnant. En voici quelques extraits :

« Au Proche-Orient, là où les Etats sont défaillants, les gens trouvent refuge dans des sectes et donnent le pouvoir à des théories totalitaires. Hélas, à chaque fois, il y a un sauveur qui apparaît. Ce sauveur dit : je suis prêt à mourir pour vous sauver, vous allez m'aimer encore plus quand je serai mort, vous allez me glorifier. (…) Se dessine une compétition de martyrs potentiels. Au Proche-Orient, il y a 14 millions d'enfants traumatisés, orphelins, mutilés, non éduqués ou survivants dans des familles misérables. (…) C'est dans le chaos que poussent les héros (…) Dans des conditions dramatiques, un grand nombre de jeunes deviennent ainsi des armes consentantes ».

Et pour ce qui concerne les occidentaux devenus djihadistes, Boris Cyrulnik poursuit la vitesse de leurs radicalisations : « J'ai fait un groupe de recherche avec (…) le psycho-sociologue Bernard Rimé (…) : Une « Épidémie de croyances » peut se déclencher en quelques jours. Comme on l'observe dans les périodes de guerre, ou, tout à coup, on voit des rumeurs se propager avec une conviction folle et sans aucune preuve. C'est pour ça que j'emploie l'expression de « délire logique ». C'est parce que ce ne sont pas des délires psychotiques, ce sont des délires au sens étymologique ("sortir du sillon"). (…) En période de guerre ou en période de destruction sociale, on voit que des rumeurs se déclenchent, intenses, et avec une vitesse stupéfiante. Comme avec Hitler autrefois, on est en plein « théâtre émotionnel ». Les djihadistes font des mises en scène de Grand Guignol pour terrifier ».

Syrie : armée loyaliste : 120 000 soldats. État islamique : 30 000. L’armée syrienne libre : 10 000. Al Qaïda : 7500

Quant à la couverture de « L’Express », elle est consacrée à la Syrie et « la revanche de Bachar El-Assad », suivie d’un long dossier qui recadre le sort de la Syrie aujourd’hui. Entre « l’Iran qui l’a sauvée du naufrage, la Russie qui lui offre une ébauche de reconquête. Mais pas une assurance vie. Le sort de la Syrie reste plus incertain que jamais »… même si « le régime crie aujourd'hui victoire ».

Le magazine propose une analyse géo-politico-stratégique de la situation en Syrie : De la chimère de l'État fédéral (« scénario aussi séduisant qu'illusoire »), ou de sa « Russo-dépendance » qui « lui interdit de mépriser les oukases du clan Poutine » mais contre lesquels Bachar détiendrait « encore une arme : le chantage ». A l’aide de papiers et de cartes, « L’Express » apporte les éléments nécessaires à la bonne compréhension de « qui contrôle quoi ? », des « territoires perdus depuis le 1er janvier 2015 par l’état islamique », ou des effectifs estimés des principales forces en présence dont l'armée loyaliste est largement majoritaire. Pour avoir un ordre d’idée, l'armée loyaliste compte 120 000 soldats, face aux opposants : État islamique, 30 000, l’armée syrienne libre, 10 000, et  Al Qaïda, 7500 combattants.

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