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Dans une interview accordée à l'Obs, Michel Houellebecq évoque la question d'un vote des musulmans pris entre deux feux.
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Pourquoi le vote musulman n’existe pas

Dans une interview accordée à l'Obs, Michel Houellebecq évoque la question d'un vote des musulmans pris entre deux feux : une droite qui ne serait pas prête à les accueillir, malgré une entente possible sur les questions sociétales, et une gauche trop moderne, en référence à la légalisation du mariage homosexuel. Aux élections de 2012 pourtant, 86% d'entre-eux auraient voté pour François Hollande (Ifop). Une diversité qui illustre l'hétérogénéité de cet électorat beaucoup plus complexe qu'imaginé par l'auteur de Soumission.

Haoues Seniguer

Haoues Seniguer

Haoues Seniguer est maître de conférences en science politique à l'Institut d'Études Politiques de Lyon (IEP)

Il est aussi chercheur au Triangle, UMR 5206, Action, Discours, Pensée politique et économique à Lyon et chercheur associé à l'Observatoire des Radicalismes et des Conflits Religieux en Afrique (ORCRA), Centre d'Études des Religions (CER), UFR des Civilisations,Religions, Arts et Communication (CRAC), Université Gaston-Berger, Saint-Louis du Sénégal.

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Atlantico : A l’occasion de la présidentielle de 2012, 86 % des musulmans ont voté pour François Hollande au second tour selon une enquête de l’Ifop (voir ici), et même 93 % selon OpinionWay (voir ici). Peut-on pour autant parler de vote musulman ? Quelles sont les différences de comportement électoral que l’on peut constater chez cette catégorie d’électeurs ?

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Haoues Seniguer : Il m'est avis qu'il faut être très prudent quand on parle, du moins sans y adjoindre de cruciales précisions, de "vote musulman". On peut comprendre l'expression essentiellement de deux manières: d'une part, si l'on entend par là que des électeurs de confession musulmane votent majoritairement plutôt pour tel candidat et/ou tel parti, alors oui, des tendances se dégagent manifestement, à l'instar des 86% lors de l'élection présidentielle de 2012 que vous mentionnez dans votre question; d'autre part, si l'on entend par là que des électeurs votent ou s'abstiennent en fonction de leur islamité, en d'autres termes à raison de leur vision du monde sur la base d'une certaine compréhension de l'islam, alors de nouveau oui, il y a "un vote musulman"; mais ce n'est pas du tout une spécificité musulmane. Enfin, rappelons tout de même qu'il n'y a pas de vote musulman uniforme ou homogène, car la variable religieuse n'est, très généralement, qu'un paramètre parmi d'autres dans la détermination du choix ultime. Les musulmans sont tout simplement différents.

Comment expliquer que les musulmans de France votent traditionnellement plus à gauche que le reste de la population, au moins lors de chaque élection présidentielle selon les enquêtes de l’Ifop ?

Cela confirme quelque peu ce que je vous disais précédemment. Les musulmans, ou des musulmans plus précisément, voteraient donc moins en raison de convictions religieuses définitivement arrêtées qu'en fonction de leurs positions ou trajectoires socioéconomiques. Je m'explique rapidement à ce sujet: le candidat à la présidentielle 2012, François Hollande en l'occurrence, est celui qui promettait la légalisation du mariage pour les couples homosexuels. Or, chacun sait qu'une majorité de croyants conservateurs s'y oppose ouvertement. Ce sont par conséquent certainement d'autres mobiles et/ou motivations qui ont présidé au choix des électeurs de religion musulmane.

Selon une note Fondation Jean Jaurès (voir ici) publiée juste avant les dernières municipales, "les musulmans de gauche" se singularisent idéologiquement par des valeurs conservatrices sur les questions de société et par une plus forte proportion à l’abstention. Ce constat vous parait-il toujours d’actualité alors que des villes populaires notamment en banlieue parisienne sont tombées dans l’escarcelle de la droite et du centre-droit lors des municipales ? La droite peut-elle récupérer les musulmans déçus de la gauche grâce aux questions sociétales ?

Votre question montre apparemment une forme de volatilité du vote dit musulman. Mais, assurément, chez certains musulmans, notamment parmi les plus engagés d'entre eux, prédomine effectivement une adhésion aux "valeurs conservatrices" portées par les formations de droite. Mais le type de vote peut varier d'une élection à une autre. À ce propos, il est tout à fait possible que la droite, notamment au niveau national, puisse à terme "récupérer les musulmans déçus de la gauche", non pas seulement "grâce aux questions sociétales", mais également selon les positions relatives à la Palestine. La gauche est perçue, en particulier chez l'électorat musulman conservateur, comme trop favorable à Israël contre les intérêts palestiniens. 

Quel est le poids politique des électeurs musulmans, qui constitue selon le CEVIPOF (voir ici) et une enquête de l’Ifop 5 % des inscrits ? Peuvent-ils peser dans les débats ?

Il est difficile, et à mon avis totalement infondé, de parler de "poids politique des électeurs musulmans", eu égard même aux indications du CEVIPOF; ils ne représenteraient que 5% des inscrits, ce qui est très peu. Par ailleurs, cela supposerait, de surcroît, que ces 5% aient une intention et des projets unifiés en se portant sur tel ou tel candidat ou tel ou tel parti. On n'en est absolument pas là, car je l'ai dit, il n'y a pas plus d'homogénéité de l'ethos musulman que, partant, de l'électorat musulman !

Peut-on finalement parler de vote immigré plus que de vote musulman ? Quelles sont les différences que l’on constate à ce sujet selon les origines des immigrés ?

Si par "vote immigré" on désigne le vote des électeurs issus de l'immigration, la position sociale est sans aucun doute, une fois de plus, déterminante. Mais rien, en la matière, n'est univoque et définitif. On le voit avec le vote ouvrier qui a progressivement glissé de l'extrême gauche à l'extrême droite et, désormais, un individu peut être issu de l'immigration, y compris nord-africaine et musulmane, et voter Front national !

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