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Crédits Photo: ALAIN JOCARD / AFP
manifestation place de la république migrants sans-papiers

Mauvaises postures

Migrants de la place de la République : "damned if you do, damned if you don't"

Evacuer à coups de matraques des malheureux plantant leurs tentes sur une grande place parisienne est insupportable. Mais les y installer pour servir son agenda politique l'est tout autant. Bien malin qui saura nous sortir de ce sordide "en même temps"...

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Difficile de dire un truc intelligent, ou du moins un truc qui ne soit pas dans la simple posture, à propos de ce qui s’est passé hier soir place de la République à Paris. Sur ces sujets, on a tendance à se mettre en pilote automatique et à se cacher derrière ses évidences de « bon sens », que l’on soit un no-borders de salon (« Il faut accueillir le monde entier, l’intendance suivra ») ou un pilier de bistrot amateur de murs d'enceinte (« Ces parasites viennent bouffer le pain des Français, foutez-les dehors ! »).

La question des migrants, c’est pourtant la question la plus « en même temps » qui soit. Il n’y a même que ça, dans cette question : du « en même temps » en rafale. 

Oui, c’est horrible de voir les flics démolir des tentes et virer ces pauvres hères avec leurs couvertures sur les épaules et leurs godasses de récup. Non, on ne sait pas comment on pourrait déloger courtoisement 450 types qui s’installent au beau milieu de l’une des principales places parisiennes et la transforment en camp de réfugiés.

Oui, il y a bel et bien une stratégie marketing proche du cynisme de la part des assoces ayant monté l’opération, au sens où l’on se sert de ces fameux pauvres hères pour une sorte de happening destiné à être partagé en vidéo sur Facebook. Mais non, trois fois non, on ne peut pas leur en vouloir non plus de chercher à rendre visibles cette misère et cette détresse en utilisant les moyens de la société du spectacle 2.0.

Membre d’une association d’aide aux migrants moi-même, j’avais d’ailleurs pensé à organiser un truc similaire à Marseille il y a deux ans, avec justement l’idée que ça ferait venir de la presse et qu’on parlerait enfin de ces jeunes Africains zonant près de la gare Saint-Charles, dormant dans des terrains vagues au milieu des rats, se faisant dépouiller par les cailleras, harceler par les vigiles et insulter par les gens comme il faut. Ça ne s’était pas fait finalement. Je ne sais plus pourquoi.

Un type qui quitte son pays pour aller ailleurs, quelles que soient ses raisons de le faire, la guerre, la faim, ou même la simple envie de voir le monde, est parfaitement légitime. Mes arrière grands-parents l’ont fait poussés par la nécessité ; moi, pratiquement un siècle plus tard, j’ai vadrouillé un peu partout sur la planète par simple curiosité.

Et « en même temps », non, l’intendance ne suit pas. On peut toujours se la raconter, imaginer qu’il suffira de confisquer la fortune des Bettencourt ou des Bolloré pour fournir à quiconque traverse une frontière ou une mer et en fait la demande un logement, un boulot, la sécu, tout ce qu’on voudra : si l’on n’a pas les moyens de ses ambitions, on ajoute juste de la merde à la merde

J’ai du pot. Je ne suis pas un élu, je n’ai pas de responsabilités en matière de budgets sociaux ou de gestion des relations entre gens d’ici et gens venus d’ailleurs. Je suis littéralement « irresponsable ». Ça n’est pas le cas de ceux qui, aux manettes, et même avec la meilleure volonté du monde, tentent d’arbitrer entre ce qu’il « faudrait faire » et ce qu’il est réellement « possible de faire ». 

Alors, comme militant, comme bénévole, j’aide les gens que je peux aider ici et maintenant, je pousse les politiques à aller au maximum de ce que qui peut être fait — voire même un peu plus. Mais je ne fais pas semblant de croire que si les gentils remplaçaient les méchants aux postes qui comptent, on reconvertirait les CRS en secouristes de la Croix Rouge et l’on organiserait des ponts aériens entre l’Afrique et l’Europe pour que tout un chacun ait enfin droit aux 35 heures et aux tickets restaurant aux frais d’une espèce de princesse de contes de fées à laquelle personne ne croit.

Mais « en même temps »...

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