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Des mojitos moléculaires.
©Reuters

Chronique du pot aux roses

Le cocktail (explosif) de Hollande : un zeste de réforme sociétale, une bonne louche d’enfumage et une grosse cuillère d’auto-satisfaction

Mou-Président ne mène rien de sérieux en matière économique ou financière si ce n’est espérer que la conjoncture astrale, dite alignement des planètes, lui soit favorable, et s’emploie à distraire l’opinion avec des réformes "sociétales" censées ne rien coûter ou presque, le tout en se parant des réussites d'autrui.

Google et Yahoo, internet

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.

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1 - Pagnolade à l’Elysée

On se souvient de la recette du "Picon-citron-curaçao", donnée par César à Marius : un petit tiers de curaçao, un gros tiers de citron, un bon tiers de Picon et un grand tiers d’eau. 

"Marius : Mais ça fait quatre tiers ? César : Exactement. J'espère que cette fois, tu as compris. Marius : Dans un verre, il n'y a que trois tiers ! César : Mais, imbécile, ça dépend de la grosseur des tiers ! Marius : Eh non, ça ne dépend pas. Même dans un arrosoir, on ne peut mettre que trois tiers. César (triomphant) : Alors, explique-moi comment j'en ai mis quatre dans ce verre !"

Mou-Président s’est directement inspiré de ces pages immortelles de la littérature française dans le bilan qu’il a tiré hier à Carcassonne de ses trois années de mandat. Ce fut un vrai festival de cynisme et de mensonge débridé. Il s’est d’abord gargarisé des réformes de structure et d’urgence qu’il n’a pas faites pour annoncer que, désormais, il pourrait commencer à redistribuer de l’argent ! La preuve, dit-il ? Il a annoncé des baisses d’impôts. La réalité des quatre vingt milliards de hausses soigneusement ciblées sur ceux qui ne votent pas pour lui, c’est-à-dire les cadres à moyens et hauts revenus ayant famille nombreuse, est occultée. Ne reste que la vague promesse de micro-baisses pour le noyau dur de son électorat. Mais peu importe puisque personne ne relèvera l’enfumage auto-satisfait. Cela nous fait déjà un bon tiers.

Autre méthode éprouvée et très gros tiers lui aussi : se parer des plumes d’autrui. Si les taux d’intérêt baissent, c’est qu’il a effrayé la finance depuis son discours du Bourget, dit-il en substance. Et bien non, c’est parce que, dans le monde entier, les banquiers centraux apeurés émettent à qui mieux-mieux de la monnaie pour porter le système à bout de bras. Ce recul est du reste la source principale des rares économies budgétaires faites par Hollande. Mais les taux commencent déjà à remonter car la planète financière est sourdement inquiète. Il faut des doses sans cesse plus grandes de câlinothérapie de Draghi et Yellen pour calmer son angoisse.

Troisième tiers (pas provisionnel celui-là) : Hollande a réorienté l’Europe et permis la baisse de l’euro ! Ledit tiers est tout aussi frelaté que les deux précédents. Ce recul est dû essentiellement à la croissance pâlichonne de l’Euroland qui finit par triompher de tous les efforts faits par les Américains et les Chinois pour sous-évaluer leur devise face à la nôtre. De toute façon, aujourd’hui encore, l’euro est surévalué au regard des piètres performances de l’économie française.

Dernier et quatrième tiers : la restauration de nos finances publiques puisque, nous dit notre lider minimo de retour de Cuba : "les 3 % de déficit budgétaire, nous les aurons mais à notre rythme". Hollande oublie simplement que ledit rythme se traduit déjà par un retard de trois ans sur ses engagements initiaux et que ces fameux 3 % restent toujours des promesses.

"Cela permettra de ne pas s’endetter au-delà de nos capacités", conclut-il sans rougir tout en crevant bientôt le plafond d’une dette supérieure à la richesse produite en un an. On se demande bien où il va placer la limite de nos capacités.

Moralité de cette recette élyséenne revue et corrigée par notre Pagnolo national : "il faut garder l’esprit de réformes, rien n’est pire que le statu quo". Mais il est chante "marchons, marchons" comme les choeurs d’opéra, en faisant du surplace, fermement décidé à ne plus rien faire que jeter de la poudre aux yeux et préparer les élections de 2017.

Dire le contraire de ce que l’on fait et faire le contraire de ce que l’on dit pour en venir à ne plus rien faire du tout : voilà le vrai bilan de trois années d’enfumage. Mais cela ne saurait suffire car ...

2 - Le sociétal est fatal aux Socialos

Puisque Mou-Président ne peut plus rien mener de sérieux en matière économique ou financière si ce n’est espérer que la conjoncture astrale, dite alignement des planètes, lui soit favorable, il s’emploie à distraire l’opinion avec des réformes "sociétales" censées ne rien coûter ou presque.

L’inconvénient est qu’elles sont d’un usage malaisé et à double-tranchant. Nous en avons la démonstration avec la énième réforme du collège, qui consiste essentiellement à déshabiller Peter et Remus pour habiller Paulus et Romulus selon le principe des vaseux communicants qui désormais triomphe en politique.

Personne ne comprend plus grand-chose à cette transformation de l’enseignement du latin, du grec et de l’allemand en modules novlangués de baratin pédagogiste. Mais tout le monde, dans les collèges, ressent que cela ne peut conduire qu’à la confusion. Prétendre combattre l’élitisme sans moyens nouveaux dans un environnement bureaucratique figé ne mènera qu’au nivellement par le bas. Même les enseignants, clientèle chérie du parti socialiste, finissent par s’émouvoir de cette piètre tactique qui consiste à faire du mouvement pour le mouvement en brouillant les pistes.  

Le seul véritable atout de Hollande et de ses suppôts est qu’il est difficile pour leurs nombreux opposants de droite et de gauche d’opérer une jonction. Le "Jour de colère" de 2013 fut sans lendemain, miné par quelques groupuscules extrémistes que les médias se firent un plaisir de monter en épingle. La "réforme" des collèges pourrait être un thème trans-partisan et anti-hollandais parfait. Le ciment des révoltes prend toujours de manière inattendue. Mais Hollande le sait. Aussi sera-t-elle discrètement et rapidement vidée de son contenu par un pouvoir qui ne peut plus prendre aucun risque, même sociétal.

"Errare humanum est, perseverare hollandum". Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Il n’y a plus personne en salle de prof pour le traduire ...

3 - Passoire made in Europa

Incapables d’empêcher l’afflux d’immigrés économiques sur des barcasses de fortune, les Etats européens se voient suggérer l’adoption de quotas par la Commission. Flairant le danger politique qui pourrait alimenter les Rumpublicains ® et le Front Jeune-Lepéniste ®, les Vallseurs ® proclament qu’ils ne veulent pas de ces quotas.

Mais ils n’ont rien à proposer pour couper la pompe aspirante. Dès que l’Allemagne et l’Angleterre se décideront à refouler les clandestins, France et Italie se retrouveront avec des dizaines de milliers d’individus supplémentaires à prendre en charge chaque année, pour ne pas parler de centaines de milliers. Le climat de concorde communautaire qui règne dans notre pays va s’en trouver prodigieusement conforté ...

4 - Visiblement minoritaires

Autre recette du pastis de Hollande bientôt suggérée par le barman Cambadélis : ne nommer que des ministres issus de minorités visibles, faire des procès à ceux qui critiquent leurs politiques en invoquant le racisme, déclarer fous et faire interner ceux qui persisteraient, tels de vulgaires maires dits suicidaires, secouer le tout ... et voilà les élections de 2017 gagnées d’avance ! Enfin presque.

A lire, du même auteur : "La marche des lemmings… ou la 2e mort de Charlie - Le pouvoir de la manipulation et la manipulation au pouvoir", publié chez Ixelles Editions, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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