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L’Italie inquiète les marchés

Le taux 10 ans des emprunts italiens a encore progressé la semaine dernière et atteint 3,75% en hausse de près de 1% en quelques semaines.

Alain Pitous

Alain Pitous

Alain Pitous, Directeur Général Adjoint Associé de Talence Gestion (@alainpitous).

Talence Gestion est une société de gestion de portefeuille indépendante spécialisée dans la gestion sous mandat pour les particuliers et la gestion de fonds commun de placement en actions.

Précédemment, il a été pendant 5 ans (2009-2014) Deputy CIO d’Amundi (850 Milliards d’Euro sous gestion) et gérant du fonds Amundi Patrimoine de 2012 à juillet 2014.

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Le niveau des taux longs est un indicateur clé pour évaluer le degré de confiance des investisseursenvers un état. Dans le cas présent, la sanction est sévère pour le nouveau gouvernement italien. La dégradation est aisée à dater : elle correspond au moment où l’Italie a adressé son projet de budget à Bruxelles. Le déficit projeté à 2,4% du produit intérieur brut inquiète les investisseurs du monde entier.

Pendant quelques temps certains ont été rassurés par la nomination d’un ministre des finances « conservateur » ; la situation a changé : les déclarations de M. Salvini, leader du principal parti de la coalition, ont de nouveau instillé le doute. En effet, le gouvernement italien a manifesté son intention d’en découdre avec les institutions européennes pour faire passer son budget. Une telle tension est inédite ces dernières années.

A ce stade il est difficile d’imaginer que le pire soit derrière nous concernant l’Italie. En effet les conséquences en cascade des événements récents n’ont pas encore été totalement évaluées par les investisseurs.

  • Le ministre des finances, M. Tria, a beaucoup perdu en crédibilité avec ce budget qui ne correspond pas à sa volonté initiale. Son départ créerait un stress supplémentaire sur les marchés.
  • Les agences de notation pourraient suivre Moody’s qui a dégradé l’Italie vendredi dernier et, à leur tour, baisser la note de l’Italie. Ceci  obligerait certains investisseurs institutionnels à procéder à des liquidations de positions : de nombreux mandats de gestion interdisent de détenir des obligations mal notées.
  • Bruxelles a d’ores et déjà prévenu que le budget proposé par l’Italie ne correspondait pas aux règles européennes. Le combat s’annonce rude.
  • La coalition entre la ligue et le mouvement 5 étoiles pourrait être fragilisée si les concessions à faire pour satisfaire Bruxelles amenaient l’une ou l’autre des parties à renoncer à certains aspects de leur programme.
  • Les banques italiennes résisteront-elles à de nouvelles tensions sur le 10 ans ? Compte tenu du poids des obligations italiennes dans leur bilan (environ 10%), une tension vers 4% entrainerait les banques italiennes dans une spirale très dangereuse.

Les efforts budgétaires entrepris par les précédents gouvernements sont largement remis en cause par la volonté affichée par la nouvelle coalition d’aller au conflit avec Bruxelles et laisser filer le déficit. Deux effets peuvent se cumuler : le déficit budgétaire pourrait se creuser et la hausse des taux en cours va immanquablement augmenter les coûts de financement de l’état italien et, à terme,  dégrader encore le déficit budgétaire.

Le cocktail : augmentation du déficit, hausse des taux, tensions politiques avec l’Europe et potentiellement au sein même de la coalition, doutes sur la solvabilité des banques italiennes n’est clairement pas une bonne nouvelle à court-terme pour les marchés. Pour le moment la BCE ne communique pas sur les décisions qu’elle pourrait prendre au sujet de la situation italienne.

La prudence doit donc être de mise à court-terme sur les marchés en attendant que la situation se décante.

 

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