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François Hollande a perdu 31 points chez les professions libérales et cadres supérieurs, 38 points chez les professions intermédiaires, 34 chez les employés moins 34, 35 chez les ouvriers, et 25 points parmi les retraités et inactifs.

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Huit partielles perdues par le PS quelle que soit la sociologie des circonscriptions : que reste-t-il de l'électorat de François Hollande ?

Ce dimanche à Villeneuve-sur-Lot, Bernard Barral, le candidat socialiste, a été éliminé dès le premier tour lors du scrutin pour désigner un successeur à Jérôme Cahuzac. Depuis l'arrivée au pouvoir de François Hollande, la droite et le centre ont remporté presque toutes les élections législatives partielles.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Indices de popularité Mai 2012 - Baromètre Ifop-JDD *

 

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Un an plus tard...

Indices de popularité mai 2013 - Baromètre Ifop-JDD **

Atlantico : Hauts-de-seine, Oise, Val-de-Marne : depuis l'arrivée au pouvoir de François Hollande, la droite et le centre ont remporté presque toutes les élections partielles. Ce dimanche à Villeneuve-sur-Lot, Bernard Barral, le candidat socialiste, a été éliminé dès le premier tour lors du scrutin pour désigner un successeur à Jérôme Cahuzac. François Hollande a estimé que ce piètre score (23%) était une "séquelle" du scandale financier touchant l'ancien ministre. Mais quelle que soit la sociologie des circonscriptions, le PS semble voué à l'échec. Où est passée la base électorale de François Hollande ?

Jérôme Fourquet : La base électorale s'est considérablement effritée. Selon le baromètre Ifop-JDD, en mai 2012, 61% des Français étaient satisfaits de François Hollande, contre seulement 29% au même mois de l'année 2013. François Hollande a donc perdu 32 points en un an.

 

Chez les hommes, François Hollande est passé de 63% à 28%, ce qui donne une baisse de 35 points, et chez les femmes de 59% à 30%, soit une baisse de 29 points. Une baisse donc un peu plus forte chez les hommes. On constate aussi une baisse de popularité sur toutes les tranches d'âge. Cette baisse est quasi identique quelle que soit la tranche d'âge, elle se situe toujours entre 33 et 36 points, assez proche de la moyenne nationale, hormis dans la tranche d'âge des 65 ans et plus. François Hollande a mieux résisté chez les retraités, où il n'a baisé « que » de 19 points. Mais il faut noter qu'il partait de plus bas en termes de popularité sur cette tranche d'âge (52% seulement étaient satisfaits, déjà en mai 2012).

 

Cependant, cette baisse moindre chez les retraités explique peut-être une certaine prudence du gouvernement sur la réforme des retraites, afin de ne pas trop heurter cette catégorie qui a moins décroché que les autres.

 

Que peut-on dire de l'évolution de sa popularité par catégorie socioprofessionnelle ?

 

En ce qui concerne les catégories socioprofessionnelles, la baisse la plus sévère est constatée chez les commerçants, artisans et chefs d'entreprise, qui étaient 52% à être satisfaits en mai 2012 contre seulement 9% en mai 2013 : c'est une baisse très sévère de 43 points. Ce sont ceux chez qui le désaveux est le plus criant, ce sont eux qui ont été particulièrement affectés par les mesures fiscales au début du quinquennat.

 

Mais François Hollande a également perdu 31 points chez les professions libérales et cadres supérieurs, 38 points chez les professions intermédiaires, 34 chez les employés moins 34, 35 chez les ouvriers, et 25 points parmi les retraités et inactifs.

 

Le président a chuté de 36 points parmi les salariés du privé, de 35 parmi ceux du public. La baisse est donc très massive et quasi généralisée, suggérant des causes profondes de mécontentement et un constat qui doit être partagé par toutes les catégories socioprofessionnelles.

 

La popularité du président a également chuté dans son propre bord politique, sur son aile droite comme sur son aile gauche. Les sympathisants du Front de gauche, qui étaient 93% à se dire satisfaits ne sont plus que 43%, la baisse est donc de 50 points. François Hollande a aussi perdu 20 points chez les Verts.

 

Mais il n'a pas gagné au centre ce qu'il a perdu à sa gauche, bien au contraire. Les sympathisants du Modem, qui lui apportaient leur soutien à 73% en mai 2012, n'étaient plus que 32% en 2013.

 

Dans son propre parti enfin, François Hollande est en situation de faiblesse, ayant perdu 20 points en passant de 97% de satisfaits à 77%.

 

Sans surprise, il a perdu 31 points de popularité chez les sympathisants FN et 18 chez les sympathisants UMP. Au PS comme à l'UMP, une même baisse de l'ordre de 20 points est constatée, alors qu'on ne partait pas du tout du même niveau puisque François Hollande était dès le départ massivement impopulaire à droite. Seuls 20% des électeurs UMP étaient satisfaits en 2012, mais il a perdu presque totalement le peu de crédit qu'il avait parmi eux : il est à 3% c'est-à-dire rien.

 

Une polarisation rapide s'est faite, et il n'a presque plus aucun soutien à droite et à l’extrême droite. A cela s'ajoute une baisse de 20 points dans sa base électorale PS. Il reste une base de 77% de satisfaction au PS. Il est intéressant de noter la baisse de 5 points chez les Verts, qui se comportent un peu comme les sympathisants PS. En revanche, la baisse est beaucoup plus forte aux deux ailes de cette « majorité étendue » qui avait fait l'élection de Hollande, avec une baisse de 50 points au Front de gauche et 41 au Modem. Le président à donc perdu sur ses deux ailes.

 

Une majorité de sympathisants front de gauche, censés être du même bord politique que François Hollande, sont maintenant insatisfaits. Les sympathisants d'Europe Écologie / Les Verts, qui fait pourtant partie du gouvernement, ne sont que 50% à être satisfaits en mai 2013.

 

Tant en termes de niveau qu'en termes d’évolution, les baisses ont été assez similaires parmi toutes les catégories. 73% des ouvriers sont mécontents, mais c'est aussi le cas de 66% des professions libérales et cadres supérieurs, qui sont ceux qui avaient le plus massivement voté Hollande. La différence n'est pas très grande sur de telles volumes. Le mécontentement est donc généralisé, a des causes profondes et n'est pas lié au fait que certaines annonces, certaines lois, certaines mesures auraient aliéné à François Hollande telle ou telle catégorie en particulier. La lassitude et l'interrogation sur sa capacité à obtenir des résultats sur le fond du chômage et des déficits et du redressement du pays produit un décrochage généralisé.

 

Chez les commerçants, artisans et chefs d'entreprise il partait déjà d'assez bas, et finit très très bas. Cette catégorie s'est comportée comme les électeurs de droite. Il n'a plus aucun crédit dans ces milieux là. Il n'est manifestement pas entendu lorsqu'il dit qu'il faut un choc de confiance, revaloriser le rôle des entrepreneurs, que c'est grâce à eux que la France peut repartir car ce sont eux qui embauchent. A 91% de mécontents, c'est presque l'intégralité de cette catégorie qui lui est hostile.

 

 

Tableau de bord politique Ifop-Paris Match Juin 2013 ***

Question : Pour chacune des appréciations suivantes, dites si elle correspond bien ou mal à l’idée que vous vous faites de François Hollande comme P résident de la République ?

 

L'opinion semble particulièrement peu convaincue par son action économique, en particulier face à la dette, selon le tableau de bord politique Ifop pour Maris Match. Cet échec est-il la cause de la déception de l'électorat y compris au PS ?

 

Le tableau de bord politique pour Maris Match montre d'ailleurs que les Français sont particulièrement sceptiques face à l'action politique que François Hollande, et son efficacité dans la lutte contre la dette est mise en doute.

Il est connu que la courbe de popularité d'un président est inversement indexée sur celle du chômage. Plus il y a de chômeurs, moins il y a de popularité.

 

Hormis quelques petites divergences, on constate globalement une chute de 30 points quel que soit le milieu professionnel et quelle que soit la génération, ce qui montre bien un décrochage massif et généralisé.

 

La synthèse de tout cela transparaît dans le tableau de bord Paris Match. L'absence de résultats perçus sur le front économique, et notamment celui du chômage, génère et nourrit une très forte impopularité. Tant qu'il n'y aura pas de résultats probants en matière économique et sociale, il y a fort peu de chances pour que la cote de popularité du président remonte durablement, malgré un petit rebond de popularité en mai. Face à ce rebond, certains ont affirmé que c'était l'hirondelle qui faisait le printemps, mais à l'Ifop nous avons été bien plus prudents. En effet, nous considérons que le fond du fond a été atteint il y a quelques moins, lorsque l'affaire Cahuzac est venue s'ajouter au contexte économique et social très dégradé, faisant planer sur le gouvernement un soupçon moral. C'était la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

 

L'élection partielle de dimanche a rappelé cette affaire. Mais hormis cette partielle, cette affaire était un peu oubliée, ce qui explique que François Hollande ait repris un peu de terrain de termes de popularité, mais cela reste très timide et ce n'est pas pour autant le signe d'une reconquête rapide et durable.

 

Aujourd'hui presque 100% des électeurs UMP sont mécontents, et ce au bout seulement d'un an de mandat, ce qui est très court. Il n'y a donc rien a attendre de ce coté là.

Mais 77% des sympathisants PS restent satisfaits, donc trois quarts des socialistes tiennent bon. 50% s'accrochent aussi chez les verts, mais cela va peut être commencer à ce tendre après les noms d'oiseaux qu'ils ne sont échangés ce week-end.

 

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Méthodologie

Indices de popularité Mai 2012 - Baromètre Ifop-JDD *

Indices de popularité mai 2013 - Baromètre Ifop-JDD **

Tableau de bord politique Ifop-Paris Match Juin 2013 ***

 

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