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Le dollar est à la hausse et l'euro à la baisse.

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Euro - dollar, parité en vue : quelles valeurs privilégier ?

Après avoir touché 1.30 il y a un an, l’euro / dollar est maintenant sous 1.08 (l’euro baisse donc le dollar monte). Voici les valeurs qu'il faut privilégier dans ce cas.

Alain Pitous

Alain Pitous

Alain Pitous, Directeur Général Adjoint Associé de Talence Gestion (@alainpitous).

Talence Gestion est une société de gestion de portefeuille indépendante spécialisée dans la gestion sous mandat pour les particuliers et la gestion de fonds commun de placement en actions.

Précédemment, il a été pendant 5 ans (2009-2014) Deputy CIO d’Amundi (850 Milliards d’Euro sous gestion) et gérant du fonds Amundi Patrimoine de 2012 à juillet 2014.

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La saison des résultats vient de s’achever aux Etats-Unis. Le bilan global masque des disparités très profondes entre secteurs et même entre valeurs au sein d’un même secteur. Les analystes étaient  prudents ces dernières semaines mais finalement ¾ des entreprises ont annoncé des résultats meilleurs qu’attendus. Comme de coutume aux Etats-Unis, le fameux "retour aux actionnaires" reste la priorité : le chiffre d’affaires ne progressant pas beaucoup, les chefs d’entreprises américains taillent dans les coûts et les investissements pour maintenir le résultat par action. Certaines entreprises, dans la techno par exemple, n’ont pas ces problèmes…mais des pans entiers de l’économie américaine sont sous pression. Dans leurs prévisions pour 2016, les "guidances" dans le jargon financier, les chefs d’entreprises américains évoquent souvent la vigueur du $ comme un des principaux facteurs risquant de peser sur leurs CA et leurs résultats.

De notre côté, nous avons tout aussi souvent argumenté sur la faiblesse de l’euro, pour justifier, parmi d’autres raisons, notre préférence actuelle pour les actions de la zone euro…La situation est en effet symétriquement opposée pour les entreprises exportatrices américaines !

Ces dernières ont raison de craindre une poursuite du mouvement de hausse du $ ?

Selon nous la réponse est clairement "oui".

Après avoir touché 1.30 il y a un an, l’euro / dollar est maintenant sous 1.08 (l’euro baisse donc le dollar monte).

Peut-il aller plus haut ? Pourquoi ? Quelles conséquences ? Quelles valeurs américaines privilégier ?

Les facteurs poussant le $ à la hausse sont connues.

La BCE va poursuivre les injections de liquidités et augmenter la taille de son bilan. M.Draghi l’a dit et répété. Des euros en plus grand nombre pousse l’euro vers le bas… Surtout que dans le même temps la FED de son côté n’augmente plus son bilan et provoque une (relative) raréfaction du dollar.

La BCE va laisser ses taux courts inchangés pendant que la FED va, très probablement, augmenter les siens. Il va donc être plus intéressant de placer ses avoirs en $ qu’en euro pour être mieux rémunéré.

Le différentiel de croissance est encore en faveur des Etats-Unis en 2016 : 2.5% estimé contre 1.7% pour la zone euro. Cela favorise également une demande supérieure de dollar.

Enfin la "spéculation" joue massivement une hausse du $. Ce n’est pas un argument suffisant, mais il faut le prendre en compte : les moyens financiers des spéculateurs sont colossaux et ils influencent fortement le marché.

A contrario, 2 éléments militent pour freiner la hausse du $ : d’une part la balance des paiements reste très positive dans la zone euro et donc provoque une demande d’euros ; d’autre part, le "corporateamerica" souffrant du niveau du dollar sur ses résultats, une amicale pression politique pourrait inciter la FED à différer ses taux et donc enlever un moteur de hausse du $...mais…dans ce cas il est probable que M. Draghi prenne des mesures additionnelles pour affaiblir l’euro. A quel moment risque-t-on d’entrer dans une guerre des changes qui serait dévastatrice ?

Au-delà des risques pour les résultats des entreprises américaines d’un $ trop fort, la conséquence principale de la poursuite du mouvement serait de pénaliser lourdement certains pays émergents et leurs entreprises. En effet, beaucoup d’acteurs émergents se sont endettés en dollars et perçoivent des revenus en devise locale. Quand il faudra rembourser, si le $ reste sur ses niveaux actuels ou progresse encore, l’effet "ciseau" pourrait être fatal à certains. D’ailleurs, le taux de défaillance des entreprises augmente dans les pays émergents depuis plusieurs essentiellement à cause de la hausse du dollar.

Dans ce contexte de dollar fort, il faut éviter les grandes multinationales exportatrices américaines ainsi que celles liées au tourisme international (venant aux Etats-Unis). Dans une optique longue, les valeurs liées au pétrole, en étant très mesuré et très progressif peuvent être un bon support. Enfin, les valeurs liées à la techno, connaissent des taux de croissance tels que le sujet "devise" passe au second plan. Pas de précipitation cependant ces valeurs ont bien monté récemment.

En conclusion les arguments qui devraient conduire à une parité 1 €  pour 1 $ nous semblent crédibles.

Attention néanmoins, cela ne se fera pas de manière linéaire et promet, du fait des conséquences pour de nombreux acteurs économiques et financiers, une volatilité marquée dans les prochains mois sur de nombreux actifs financiers.

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