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Cocorico progressiste

Drapeaux français aux fenêtres et FN : le bleu blanc rouge, nouveau domaine du "pas d'amalgame" !

Les terroristes s'attaquent à "ce que nous sommes", paraît-il. Mais nous sommes quoi, exactement ? Et si eux le savent, pourquoi ne le savons nous pas nous-mêmes ?

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Je voulais accrocher un petit drapeau français à mon balcon pendant la cérémonie de vendredi mais, n'étant pas un Américain je n'en avais pas sous la main (OK, les Américains n'ont pas non plus de drapeaux français mais vous voyez ce que je veux dire). Ça s'achète où, d'ailleurs, un drapeau français ? Pas loin de chez moi, il y a un magasin de farces et attrapes qui en a, mais j'ai le sens des convenances et je sentais bien qu'il ne serait pas très digne de me fournir chez un type qui vend surtout du poil à gratter et des coussins péteurs vu les circonstances...

 

Heureusement, la France étant un pays d'assistés, l’État pense aux gens comme moi et en proposait un à télécharger sur gouvernement.fr. Je l'ai imprimé, scotché sur ma fenêtre et communié en direct sur BFM TV avec Nolwen, Yaël, Camélia, François et le reste de mes compatriotes en hommage à mes voisins du onzième arrondissement fauchés par les balles des crétins nihilistes qui prétendent nous empêcher d'écouter du métal en terrasse.

 

Hum, j'ai l'air de ricaner comme ça, mais il faut le prendre avec des pincettes. C'est juste une affectation. C'est juste mon style.

 

N'empêche, la cérémonie terminée, les petites larmes au coin des yeux essuyées avec un morceau de Sopalin, j'ai viré mon petit tricolore fissa de peur d'être pris pour un candidat FN aux régionales par les passants. Puis je me suis énervé contre moi-même, parce que je passe mon temps, entre deux attentats terroristes, à me dire qu'il est grand temps de récupérer les symboles du pays des Lumières et du camembert hijackés par l'extrême droite, Marseillaise et drapeau en tête.

 

Du guerrier celte au métèque

 

Bon, je ne vais pas vous refaire la démonstration laborieuse de la différence entre nationalisme et patriotisme. Il y a des statuts Facebook et des tribunes sérieuses dans Le Monde pour ça. Mais tout de même, comment peut-on passer son temps à expliquer que les barbus coupeurs de tête ont déclaré la guerre à ce que nous sommes sans le proclamer, ce que nous sommes ? Le drapeau, la Marseillaise, c'est juste un bout de tissu (enfin, dans mon cas, une feuille A4 imprimée en qualité brouillon pour ne pas niquer toute ma cartouche couleur) et une chanson, mais c'est tout le principe du symbole : un truc anodin qui représente quelque chose de plus vaste.

 

L'extrême droite, pendant qu'on y est, n'a d'ailleurs pas seulement fait main basse sur les symboles. Aux dernières nouvelles, c'est carrément mille ans d'histoire qui sont devenus louches. Mille ans d'une histoire de (dans le désordre) croisés, esclavagistes, impérialistes, colonialistes, inquisitoriaux, sexistes et pétainistes. Ce qui serait formidable, si on se débrouille pour récupérer le bout de tissu et la chanson, serait de revamper aussi le fameux « roman national ». Toutes ces dates, toutes ces figures du Lagarde et Michard passées par profits et pertes mais pourtant indispensables à la compréhension de la filiation (symbolique on vous dit) entre un farouche guerrier celte comme Vercingétorix et un métèque cosmopolito-européiste comme moi. Le chaînon manquant entre l'homo rudolfensis et l'homo sapiens, si on veut.

 

Pour autant, je suis là à vous baratiner sur l'importance d'étendre le fameux « pas d'amalgame » mais je l'ai tout de même viré de ma fenêtre, mon petit drapeau. Hypocrite ! Notez tout de même que j'ai été bien puni par Toutatis, l'Allah de nos ancêtres les Gaulois : j'avais utilisé du scotch double-face surpuissant que je n'arrive plus à décoller. Saloperie de patriotisme !

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