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Dilma Rousseff.
©Reuters

Le Nettoyeur

Dilma Rousseff, la providence et la parabole de la coupe du monde

La présidente du Brésil a fait une erreur que beaucoup de politiques font : dépenser des sommes folles dans un grand projet génial, dans l'espoir qu'il créera leur popularité et règlera leurs problèmes au lieu de prendre les décisions difficiles et impopulaires.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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7-1

Tous les mots ont été utilisés.

La claque. La fessée. L'humiliation.

La déroute sportive du Brésil, écrasée par une autre équipe en coupe du monde, sur son terrain, a ses raisons sportives et aussi ses raisons psychologiques.

Mais c'est aussi un symbole frappant pour une nation dont l'implication dans la coupe du monde a été controversée dès le départ.

Jacques Attali a parfaitement résumé les enjeux : “Je plains cette nation qui a gaspillé une fortune pour organiser le spectacle de son humiliation.”

Le gouvernement du Brésil aura dépensé 14 milliards de dollars pour l'organisation du tournoi, sans réelle logique économique.

La logique était autre : politique. Le Brésil, malgré sa croissance forte, reste un pays relativement pauvre. Non seulement pauvre, mais avec de fortes inégalités sociales et des trappes à pauvreté très fortes, qu'il s'agisse de la pauvreté rurale ou des favelas. Et, depuis la crise mondiale, la croissance du Brésil a sérieusement ralenti.

Les manifestants contre le gouvernement avaient raison sur un point : le Brésil a un fort besoin d'améliorer ses infrastructures, qu'il s'agisse du logement ou d'autres services sociaux, et il est vrai qu'il semble intenable qu'un gouvernement soit plus prêt à dépenser 14 milliards pour construire des stades plutôt que pour construire des hôpitaux.

Le problème du Brésil est, à de nombreux points de vues, le problème de la France : une économie non seulement socialisée mais corporatiste, c'est-à-dire une économie qui crée des “insiders” qui s'enrichissent au dépit des “outsiders,” des gens comme le milliardaire brésilien Eike Batista ou nos Bouygues et autres, qui deviennent milliardaires au moins autant grâce à leurs liens avec l'Etat que grâce à leur génie entrepreneurial. Cette situation fut améliorée par les réformes des années 1990, mais jamais jusqu'au bout.

Sous la présidence de Lula, dans les années 2000, qui n'est pas revenu sur les réformes des années 1990, mais ne les a pas non plus approfondies, la hausse mondiale des prix des matières premières, beaucoup exportées par le Brésil et l'engouement financier général pour les pays émergent, a été comme un vent arrière qui a propulsé l'économie brésilienne et a renforcé la popularité personnelle de Lula et créé un sens général d'éxubérance.

Il est prudent de dire que cette éxubérance est partie.

Alors, que faire ?

Hé bien, ne pas faire ce qu'a fait Dilma Rousseff, c'est-à-dire dépenser une folle somme d'argent pour construire des stades qui ne servent à rien, pour un événement dont aucune analyse coût-avantage ne peut prétendre qu'il aura un bénéfice économique pour les brésiliens, dans l'espoir qu'une victoire brésilienne dans la coupe du monde à domicile sauve ses fortunes politiques.

Vanité des vanités, tout n'est que vanité : nos dirigeants politiques ont toujours l'espoir secret et vain qu'un quelconque grand projet génial créera leur popularité et règlera leurs problèmes au lieu de prendre les décisions difficiles et impopulaires. La providence, qui a souvent un grand sens de l'humour, a montré à Mme Rousseff de la manière la plus cinglante la vanité de cette attitude.

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